Chronologie
Les protagonistes : Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN), en tête de toutes les enquêtes ; Jean-Luc Mélenchon, fondateur et candidat de La France insoumise (LFI, gauche radicale) ; Édouard Philippe, ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, maire du Havre et candidat d’Horizons (centre droit) ; Gabriel Attal, ancien Premier ministre, secrétaire général et candidat de Renaissance, le parti d’Emmanuel Macron ; Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur, sénateur de Vendée et candidat des Républicains (LR) ; David Lisnard, maire de Cannes, candidat de son mouvement Nouvelle Énergie (droite libérale) après avoir quitté LR ; Raphaël Glucksmann, député européen, candidat de Place publique et du Parti socialiste (PS) ; Fabien Roussel, secrétaire national et candidat du Parti communiste français (PCF) ; Marine Tondelier, secrétaire nationale et candidate des Écologistes ; Gérard Larcher, président du Sénat (LR).
Échéances annoncées après la clôture : programme de LFI publié le 6 novembre et présenté au Bourget le 7 ; réforme des retraites du RN le 17 novembre ; vote des adhérents écologistes du 10 au 13 décembre ; examen par la Cour de cassation, le 16 décembre, des questions de constitutionnalité soulevées par la défense de Marine Le Pen ; décision sur une primaire « en janvier » selon Gérard Larcher ; « février » selon Édouard Philippe ; clôture des parrainages le 12 mars ; premier tour le 18 avril.
De la candidature de Philippe à la bataille de la primaire
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Centre et droite3 septembre 2024Philippe candidat
Édouard Philippe annonce sa candidature dans Le Point.
Public Sénat
Centre et droite31 mars 2026Lisnard quitte LR
David Lisnard quitte LR, se déclare candidat et réclame une primaire de la droite.
Public Sénat
Centre et droite19 avril 2026Retailleau désigné
Les adhérents LR désignent Bruno Retailleau sans primaire.
Public Sénat
Gauche3 mai 2026Mélenchon candidat
Jean-Luc Mélenchon annonce sa quatrième candidature.
Public Sénat
Centre et droite22 mai 2026Attal candidat
Gabriel Attal officialise sa candidature.
Public Sénat
Calendrier et justice1er juillet 2026Dates annoncées
Le Conseil des ministres retient les 18 avril et 2 mai 2027.
Service-Public
Calendrier et justice7 juillet 2026Le Pen condamnée en appel
Marine Le Pen est condamnée en appel pour détournement de fonds publics, sans inéligibilité immédiate ; elle se déclare candidate et forme un pourvoi en cassation.
Public Sénat, LCP
Gauche6 septembre 2026Roussel désigné
Les militants communistes valident la candidature de Fabien Roussel (72 %).
Public Sénat
Gauche11 octobre 2026Glucksmann gagne la primaire
Raphaël Glucksmann remporte la primaire du PS, de Place publique et de la Gauche républicaine et socialiste.
Public Sénat
Sondages14-15 octobre 2026Un candidat unique fait moins
Selon Cluster17, Philippe, Lisnard et Retailleau réunissent 31 % quand ils sont candidats ensemble ; Philippe seul obtient 20 %.
Notice Cluster17
Contexte17 octobre 2026Violences et pillages
Journée contre la vie chère marquée par des violences et des pillages ; 2 397 interpellations selon le ministère de l’Intérieur.
CNews
Sondages17-19 octobre 2026Dernier Ifop avant Trappes
Ifop pour LCI : Le Pen 36 %, Mélenchon 16,5 %, Philippe 15 %, Glucksmann 14 % (Philippe seul au centre).
Notice Ifop
Centre et droiteVers le 21 octobre 2026Déjeuner chez Ménard
Lors d’un déjeuner organisé par Robert Ménard, maire de Béziers, Retailleau et Lisnard se disent ouverts à une primaire de la droite et du centre.
21News
Contexte23 octobre 2026Attentat de Trappes
Un tireur tue un homme et blesse sept personnes à Trappes et La Verrière (Yvelines) ; le parquet national antiterroriste est saisi.
franceinfo
Centre et droite27 octobre 2026Philippe et l’immigration
Dans Le Point, Philippe juge « patente » la « surreprésentation » de « jeunes issus de l’immigration » parmi les auteurs des pillages du 17 octobre.
L’Express, franceinfo
Sondages27-29 octobre 2026Premier sondage après Trappes
Terrain de l’enquête Ifop pour LCI, publiée le 3 novembre.
Notice Ifop
Centre et droite28 octobre 2026Condition de Retailleau
Retailleau : « Si Édouard Philippe n’est pas dans la primaire, ça sert à quoi ? »
Europe 1
Centre et droite28 octobre 2026 (soir)Attal réclame une primaire
Sur TF1, Attal réclame une « grande primaire des démocrates ».
LCP
NouveauCentre et droite29 octobre 2026Accueil froid
Horizons et l’entourage de Retailleau rejettent la proposition ; Lisnard l’approuve.
LCP
NouveauCentre et droite1er novembre 2026Philippe dit non
Sur TF1, Philippe refuse une « primaire de la division » et « de la confusion » et renvoie les choix à février.
AFP (Sud Radio)
NouveauCentre et droite3 novembre 2026Retailleau se rallie
Le jour de la publication de l’Ifop, Retailleau juge sur BFMTV qu’« il faudra une primaire sans doute en début d’année ».
franceinfo
NouveauCentre et droite4 novembre 2026Philippe maintient
À Zuydcoote (Nord), Philippe défend ses propos et dénonce une « police de la pensée ».
21News, L’Express
NouveauSondages5 novembre 2026Primaire plébiscitée
Selon Odoxa, 74 % des sympathisants de droite et du centre veulent une primaire.
Odoxa
NouveauCentre et droite5 novembre 2026Macron pour une « coalition »
Selon un proche cité par l’AFP, Emmanuel Macron souhaite une coalition « de Lisnard à Glucksmann ».
CNews (AFP)
NouveauGauche5 novembre 2026Ralliements à Mélenchon
Neuf députés du groupe Gauche démocrate et républicaine, dont son président, soutiennent Mélenchon plutôt que Roussel.
LCP
01 Ce qui a changé depuis le 28 octobre
Le 28 octobre, Facta décrivait une campagne dominée par Marine Le Pen, trois poursuivants serrés, Mélenchon, Philippe et Glucksmann, et des camps divisés. Trois faits nouveaux précisent ce tableau.
La primaire est devenue la question centrale du centre et de la droite. Le 28 octobre, Retailleau et Lisnard s’y disaient ouverts, Retailleau à condition que Philippe y participe. Depuis, Attal l’a réclamée publiquement et Retailleau s’y est rallié malgré le refus de Philippe. Trois candidats sur quatre la demandent ; celui qui mène dans les sondages la refuse.
Une première enquête réalisée après Trappes. Toutes les enquêtes publiées au 28 octobre avaient été réalisées avant l’attentat du 23 octobre. L’Ifop a interrogé un panel en ligne du 27 au 29 octobre : c’est la seule enquête d’intentions de vote postérieure déposée à la Commission des sondages, l’autorité qui contrôle les sondages électoraux. Le rapport de force d’octobre n’y change pas de façon mesurable.
Mélenchon gagne un renfort au détriment du PCF. Neuf des dix-sept députés du groupe Gauche démocrate et républicaine, qui réunit communistes et élus d’outre-mer, soutiennent désormais Mélenchon contre le candidat du Parti communiste ; quatre d’entre eux sont communistes.
02 Le premier sondage après Trappes
Ce qu’il mesure. L’Ifop a interrogé 1 650 personnes, dont 1 501 inscrites sur les listes électorales. Les pourcentages portent sur les inscrits certains d’aller voter qui expriment un choix, soit environ 950 personnes. L’institut a testé quatre listes de candidats, qui ne diffèrent que par le centre et la droite.
| Candidat | Les quatre candidats du centre et de la droite | Sans Philippe | Philippe et Retailleau | Philippe et Lisnard |
|---|---|---|---|---|
| Marine Le Pen | 35 % | 36 % | 37 % | 36 % |
| Jean-Luc Mélenchon | 18 % | 17,5 % | 17,5 % | 17,5 % |
| Édouard Philippe | 9,5 % | — | 15 % | 15 % |
| Raphaël Glucksmann | 10 % | 13 % | 11,5 % | 11 % |
| Gabriel Attal | 5 % | 9 % | — | — |
| David Lisnard | 7 % | 7,5 % | — | 9 % |
| Bruno Retailleau | 4 % | 5 % | 7 % | — |
| Éric Zemmour | 4,5 % | 4,5 % | 4 % | 4 % |
| Marine Tondelier | 3 % | 3 % | 3,5 % | 3 % |
| Fabien Roussel | 2 % | 2 % | 1,5 % | 2 % |
| Nicolas Dupont-Aignan | 1,5 % | 2 % | 2 % | 2 % |
| Nathalie Arthaud | 0,5 % | 0,5 % | 1 % | 0,5 % |
Source : notice Ifop pour LCI, enquête en ligne du 27 au 29 octobre 2026, déposée à la Commission des sondages. Aucun second tour n’a été testé.
À liste identique, rien de significatif. Une seule liste figure à la fois dans cette vague et dans la précédente de l’Ifop (17-19 octobre) : Philippe seul candidat du centre, Retailleau seul à droite. D’une vague à l’autre, Marine Le Pen passe de 36 à 37 %, Mélenchon de 16,5 à 17,5 %, Philippe reste à 15 %, Retailleau passe de 7,5 à 7 % et Glucksmann de 14 à 11,5 %. Aucune de ces évolutions ne dépasse la marge d’erreur entre deux enquêtes de cette taille (calcul de Facta) : environ 3 points pour Glucksmann et 4 pour Marine Le Pen, la marge étant plus large pour un score élevé. La baisse de Glucksmann est la plus forte, mais elle reste dans cette marge. Les autres listes testées ont changé d’une vague à l’autre : on ne peut pas les comparer une à une.
Ce que l’on ne peut pas en tirer. L’enquête ne permet pas de mesurer l’effet de l’attentat de Trappes. Aucune question n’y porte, et son terrain a coïncidé avec d’autres événements, dont la publication le 27 octobre de l’entretien de Philippe au Point sur l’immigration et l’appel d’Attal à une primaire le 28 au soir. Une enquête seule, sans autre institut pour la confirmer, ne fait pas une tendance.
Mélenchon deuxième, sans certitude sur l’écart. Dans les quatre listes, Mélenchon est deuxième. Son avance sur Philippe dépend de l’offre au centre : 8,5 points quand les quatre candidats du centre et de la droite sont présents (18 contre 9,5 %), 2,5 points quand Philippe est seul au centre (17,5 contre 15 %). Ce dernier écart reste dans la marge, d’environ 3,6 points pour deux candidats d’un même échantillon d’environ 950 personnes. Il va toutefois dans le même sens que les enquêtes d’octobre : sur onze enquêtes publiées ce mois-là, Philippe ne devançait Mélenchon que dans deux.
Lisnard confirme son avance sur Retailleau. Déjà devant dans l’enquête Cluster17 pour Politico réalisée du 19 au 22 octobre (8 contre 7 %), Lisnard devance Retailleau de 2,5 à 3 points dans les deux listes où ils sont testés ensemble, et atteint 9 % quand il est le seul candidat de droite face à Philippe. Frédéric Dabi, directeur à l’Ifop, parle d’« une percée » due à sa campagne sur les réseaux sociaux (Public Sénat).
03 La primaire : la proposition et les positions
Ce que propose Gabriel Attal
Le 28 octobre au soir, sur TF1, Gabriel Attal a appelé à « une grande primaire des démocrates » pour « empêcher un deuxième tour dont notre pays ne se relèverait pas entre La France insoumise et le Rassemblement national » (LCP). Il disait jusque-là ne pas y être opposé, sans l’avoir jamais demandée.
- Qui peut y participer : les candidats « très clairs sur leur refus de toute alliance avec l’extrême gauche ou avec l’extrême droite », qui partagent des valeurs qu’il énumère : « l’autorité, la laïcité, la lutte contre les discriminations, la construction européenne, la compétitivité de notre économie, le progrès social et écologique ». Son entourage précise qu’un candidat « qui souhaiterait s’allier avec Marine Le Pen, Sarah Knafo ou Jean-Luc Mélenchon » (Sarah Knafo est, avec Éric Zemmour, une figure de Reconquête, parti d’extrême droite) n’y a pas sa place.
- Qui est sollicité : Édouard Philippe, Bruno Retailleau et David Lisnard. Raphaël Glucksmann n’est pas exclu, mais l’entourage d’Attal ne pense pas qu’il « s’engage sur ce chemin-là », puisqu’il « sort d’une primaire ».
- Ce qui n’est pas fixé : l’organisateur, les règles, le calendrier, le corps électoral. Le camp Attal veut « briser le tabou » et parle d’un « exercice à décantation assez lente ».
Les positions, candidat par candidat
| Candidat | Au 28 octobre | Au 5 novembre | Ce qu’il a dit |
|---|---|---|---|
| Gabriel Attal (Renaissance) | Pas opposé, sans la demander | Pour, à l’origine de l’appel ; Glucksmann non exclu | La primaire « est inéluctable » (LCP) ; ceux qui resteront à l’écart « porteront quelque part la responsabilité de la division » |
| David Lisnard (Nouvelle Énergie) | Pour, depuis mars | Pour | L’idée « progresse » ; « il faut se dépêcher car bientôt il sera trop tard » (AFP, d’après LCP). Sur Philippe : voir plus bas l’engagement des perdants. |
| Bruno Retailleau (LR) | Ouvert, si Philippe y participe | Pour, « sans doute en début d’année », entre les quatre candidats du centre et de la droite, Glucksmann exclu | Philippe « sera contraint à un moment ou un autre de l’accepter » ; « Ou bien on est départagés par un vote démocratique, ou bien moi j’irai jusqu’au bout » (BFMTV, 3 novembre) |
| Édouard Philippe (Horizons) | Contre | Contre | « Primaire de la division » et « de la confusion » ; « cette primaire n’aura pas lieu » ; « Au mois de février, chacun prendra ses responsabilités » (TF1, 1er novembre) |
Sources : LCP (28 et 29 octobre, 5 novembre), dépêche AFP reprise par Sud Radio (1er novembre), franceinfo (3 novembre).
Le revirement de Retailleau. Le 29 octobre, son entourage jugeait la proposition d’Attal « mort-née » parce qu’elle n’excluait pas Glucksmann : « C’est la stratégie d’Emmanuel Macron sans la finesse d’Emmanuel Macron » (AFP, d’après LCP). Le 3 novembre, il réclame lui-même une primaire entre Attal, Philippe, Lisnard et lui, et propose d’ici là trois débats télévisés, sur le pouvoir d’achat, la sécurité et la justice, et l’écologie. Sa raison : « J’imaginais que les sondages pouvaient nous départager. Ce n’est pas parti pour ça » ; dans l’enquête Ifop où les quatre sont candidats, « on est tous en dessous de 10 % » (franceinfo).
Le 28 octobre, Facta se demandait pourquoi il exigeait la présence de Philippe : pour élargir la primaire au centre, ou pour éviter un duel avec Lisnard en laissant à Philippe la responsabilité du refus ? La réponse est partielle. Retailleau maintient sa demande malgré le refus de Philippe, ce qui affaiblit la seconde explication. Il n’a pas dit s’il accepterait une primaire sans Philippe.
Trois désaccords non réglés.
- Les participants. Attal n’exclut pas Glucksmann ; Retailleau l’exclut ; Glucksmann refuse une seconde primaire (AFP). Marc Fesneau, président des députés du MoDem, le parti centriste de François Bayrou allié d’Emmanuel Macron, s’oppose à la présence de Lisnard, qu’il accuse de travailler à « l’union des droites » avec le RN ; Lisnard répond qu’il ne gouvernera « ni avec les "macronistes", ni avec le RN » (AFP, 1er novembre). C’est ce que dénonce Philippe : une primaire qui mêlerait « des continuateurs du macronisme » et d’autres « qui tendent la main à l’union des droites ».
- L’engagement des perdants. Une primaire n’a de sens que si les battus se retirent. Laurent Marcangeli, président du groupe Horizons à l’Assemblée, a posé la question dès le 29 octobre : « Est-on assuré que les perdants accepteraient de soutenir le vainqueur ? » Lisnard et Retailleau s’en tiennent à une règle minimale : le perdant ne se présente pas, sans être tenu de soutenir le vainqueur. « Je ne soutiendrai pas Edouard Philippe s’il gagne la primaire, mais je respecterai s’il la gagnait », a prévenu Lisnard ; pour Retailleau, « la règle d’une primaire, c’est au moins que quand on la perd, on ne se présente pas » (LCP).
- Le calendrier. Gérard Larcher, président du Sénat, « à la manœuvre » selon L’Opinion, estime que « c’est au début de l’année que ça se décidera. En janvier. Le plus tôt sera le mieux » (LCP). La contrainte est connue : pour se présenter, un candidat doit réunir 500 parrainages, des signatures d’élus déposées jusqu’au 12 mars ; un élu ne peut parrainer qu’un candidat, sans pouvoir se rétracter. Une primaire en février laisserait quelques semaines au vainqueur pour les réunir.
Ce qu’en pensent les électeurs concernés. Selon Odoxa pour Le Figaro (1 005 personnes interrogées les 4 et 5 novembre), 60 % des Français et 74 % des sympathisants de droite et du centre souhaitent une primaire, dont 81 % chez ceux d’Horizons, le parti de Philippe. Parmi ces sympathisants, une seule configuration recueille une majorité (62 %) : une primaire entre Attal, Philippe, Lisnard et Retailleau. Toutes les autres sont rejetées, qu’elles se limitent à Attal et Philippe ou s’élargissent à Glucksmann ou à Éric Zemmour.
04 Ce que chacun gagne ou perd à une primaire
Chaque position s’explique d’abord par ce qu’une primaire changerait pour celui qui la prend. Pour chacun, ses propres raisons, puis l’intérêt qu’y voit Facta, avec ce qui l’appuie et ce qui le limite.
Gabriel Attal : une issue que les sondages ne lui offrent pas. Il est le plus faible des quatre quand tous sont candidats (5 %), et n’obtient que 9 % quand Philippe est absent (Ifop, 27-29 octobre). Son entourage justifie son appel par « l’effondrement du bloc central dans les sondages ». Une primaire lui offre une chance de l’emporter dans un vote, ou une sortie honorable s’il la perd, en reportant sur Philippe, s’il refuse, « la responsabilité de la division ». Un conseiller cité par l’AFP le dit sans détour : « Gabriel a compris qu’une primaire était sa seule porte de sortie. » Ce qui limite cette lecture : l’idée d’un rassemblement n’est pas née de ses mauvais sondages ; il défendait déjà début octobre, dans Le Parisien, une « grande coalition » allant des sociaux-démocrates à la droite (Sud Radio).
Bruno Retailleau : des électeurs de primaire plus favorables que l’électorat entier. Il explique son ralliement par les sondages, qui ne départagent personne. Dans l’électorat entier, il est désormais derrière Lisnard (Ifop). Chez les sympathisants de droite et du centre, ceux qui voteraient dans une primaire, il fait au contraire jeu égal avec ses rivaux : selon Odoxa, 62 % d’entre eux le jugent « bon candidat » pour cette primaire, contre 59 % pour Philippe, 58 % pour Lisnard et 42 % pour Attal. Une primaire lui serait donc plus favorable que les intentions de vote ; son ralliement, le jour même de la publication de l’Ifop, va dans ce sens. Ce qui limite cette lecture : il s’était dit ouvert au principe dès le déjeuner chez Robert Ménard, vers le 21 octobre ; et ces écarts de trois ou quatre points ne font pas un classement. Odoxa ne publie pas le nombre de sympathisants interrogés : même s’ils étaient 500, soit la moitié de l’échantillon, la marge serait d’environ 4 points. Une cote de « bon candidat » n’est pas non plus une intention de vote. Les règles qu’il défendra en diront plus : une primaire ouverte à tous les électeurs favorise moins le candidat d’un parti qu’un vote réservé aux sympathisants.
David Lisnard : une scène pour un candidat sans parti. Il réclame une primaire depuis qu’il a quitté LR, en mars. Sans grande formation derrière lui, il y trouverait une scène et une égalité de traitement avec les candidats des partis. Sa cote de « bon candidat » chez les sympathisants a gagné 17 points depuis septembre, selon Odoxa. Mais il refuse de s’engager à soutenir Philippe s’il gagnait : il n’accepte pas toutes les conséquences d’une primaire.
Édouard Philippe : une avance à protéger. Selon lui, une primaire « appuie sur les différences entre les candidats », alors qu’il faut « créer du commun », et elle mêlerait partisans de la continuité avec Emmanuel Macron et candidats ouverts à « l’union des droites ». Il n’appelle pas ses concurrents à se retirer : « S’agissant du premier tour, que ceux qui ont des choses à proposer aux Français le fassent, ils sont tous légitimes. » Il promet d’en tirer « les conséquences » en février si les Français veulent « passer à autre chose » (TF1, d’après l’AFP). Son intérêt est clair : il est, dans toutes les enquêtes d’intentions de vote, le premier candidat du centre et de la droite, et une primaire remettrait cette avance en jeu devant des sympathisants chez qui il n’est plus devant. Un proche l’a dit à LCP : « On ne veut pas nourrir ni la campagne médiatique, ni celle de ceux qui sont en position de challenger. » Son camp parie qu’il reprendra des points d’ici février ; un concurrent le décrit au contraire « dans une espèce de toboggan » (LCP).
05 Une candidature unique suffirait-elle ?
L’argument de la primaire est arithmétique : quatre candidats sous les 10 % ne se qualifient pas, un seul le pourrait. Les chiffres disponibles permettent une conclusion nette : une candidature unique rendrait la qualification possible, sans qu’aucune enquête montre qu’elle la garantit.
Ce que gagne un candidat unique. Dans l’enquête Ifop, Philippe passe de 9,5 % avec trois concurrents à 15 % avec un seul. L’enquête Cluster17 pour Le Point (14-15 octobre), rapportée par l’édition précédente, a testé de vrais candidats uniques : Philippe seul à 20 %, Retailleau seul (sans Philippe) à 17,5 %, Lisnard seul à 17 %. Mélenchon y obtenait 20 à 20,5 %. Un candidat unique du centre et de la droite serait donc au niveau de Mélenchon ou juste en dessous, dans la marge.
Ce qu’il ne récupère pas. Les voix ne s’additionnent pas. Dans la même enquête Cluster17, Philippe, Lisnard et Retailleau réunissaient 31 % lorsqu’ils étaient candidats ensemble, mais un seul d’entre eux n’en retrouvait que 17 à 20 %. Dans l’Ifop, les quatre réunissent 25,5 % ensemble ; Philippe et un seul concurrent, 22 à 24 %. Une partie des électeurs d’un candidat retiré se reporte ailleurs, vers Marine Le Pen, Mélenchon ou Glucksmann.
La même arithmétique à gauche. La deuxième place ne se joue pas seulement entre Mélenchon et le candidat du centre. Glucksmann monte quand l’offre au centre se resserre : dans l’Ifop, il passe de 10 % avec quatre candidats du centre et de la droite à 13 % quand Philippe est absent ; chez Cluster17, il atteint 16 % face à un candidat unique de droite sans Philippe. Une primaire qui écarterait Philippe ouvrirait ainsi une partie de son électorat à Glucksmann. La course à la deuxième place, celle qui qualifie pour le second tour face à Marine Le Pen, pourrait alors se jouer à trois, entre Mélenchon, Glucksmann et le vainqueur d’une primaire.
Le centre et la droite selon la liste des candidats
Les quatre candidats : Philippe 9,5 %, Lisnard 7 %, Attal 5 %, Retailleau 4 % ; Mélenchon 18 %, Glucksmann 10 %; Sans Philippe : Lisnard 7,5 %, Attal 9 %, Retailleau 5 % ; Mélenchon 17,5 %, Glucksmann 13 %; Philippe et Retailleau : Philippe 15 %, Retailleau 7 % ; Mélenchon 17,5 %, Glucksmann 11,5 %; Philippe et Lisnard : Philippe 15 %, Lisnard 9 % ; Mélenchon 17,5 %, Glucksmann 11 %; Philippe seul : Philippe 20 % ; Mélenchon 20 %, Glucksmann 12 %; Retailleau seul : Retailleau 17,5 % ; Mélenchon 20 %, Glucksmann 16 %; Lisnard seul : Lisnard 17 % ; Mélenchon 20,5 %, Glucksmann 16 %.
Ce que disent les précédents. La droite et le centre ont organisé une primaire ouverte en 2016 : chaque électeur versait deux euros par tour et signait une charte d’adhésion aux « valeurs républicaines de la droite et du centre ». François Fillon l’avait emportée largement (44,2 % au premier tour) avant d’être éliminé au premier tour de 2017 (20,01 %), dans une campagne dominée par une affaire judiciaire. À gauche, le vainqueur de la primaire socialiste de 2017, Benoît Hamon, a obtenu 6,36 %. En 2021, LR a désigné Valérie Pécresse par un vote de ses adhérents ; elle a obtenu 4,78 % en 2022. Aucun de ces précédents n’a qualifié son vainqueur pour le second tour ; les causes en sont propres à chaque campagne, et ils ne prouvent pas qu’une primaire affaiblit. Les sympathisants interrogés par Odoxa pensent au contraire, à 59 %, qu’elle rassemblera leur camp.
06 Philippe et la « surreprésentation » : ce que disent les chiffres
Ce qu’il a dit. Dans un entretien au Point publié le 27 octobre, Philippe a jugé « patente » la « surreprésentation » de « jeunes issus de l’immigration » parmi les auteurs des pillages de magasins du 17 octobre, en citant Charles Péguy pour inviter à « voir ce que l’on voit » (L’Express, franceinfo). Il l’a répété sur TF1 le 1er novembre.
Ce que disent les chiffres publics. Le ministère de la Justice a communiqué à l’AFP le profil de 186 personnes écrouées du 18 au 21 octobre pour ces violences : 95 % d’hommes, 68 % de 25 ans ou moins, 52 % sans antécédent judiciaire connu, et 70 % de nationalité française, presque tous nés en France (Les Surligneurs, CNews, qui attribue le document au ministère de l’Intérieur). Selon Les Surligneurs, parmi les seuls écroués pour vols, un sous-groupe, la part des étrangers (35 %) est proche de leur part habituelle parmi les personnes mises en cause pour ce type de vols (29 % en 2024), et supérieure à leur part dans la population (9 %).
Ce que ces chiffres ne disent pas. Ils portent sur la nationalité, pas sur l’ascendance. Philippe parle de « jeunes Français […] issus de l’immigration », c’est-à-dire de personnes françaises dont les parents ou grands-parents ont immigré. Cette donnée n’est enregistrée ni dans les procédures ni dans le casier judiciaire : la binationalité elle-même n’y figure pas (Les Surligneurs). Aucune statistique publique ne permet donc ni de confirmer ni de réfuter sa phrase. Les chiffres publics contredisent en revanche un autre récit, celui d’une violence d’abord étrangère, repris par plusieurs responsables politiques après le 17 octobre : sept écroués sur dix sont français.
Les réactions. Le 2 novembre, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, qui le soutient, a estimé qu’il avait « dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas ». Jean-Luc Mélenchon l’accuse de parler ainsi « par clientélisme racialiste » ; Olivier Faure, premier secrétaire du PS, de dériver « dans les eaux noires des préjugés racistes » (franceinfo). Dominique de Villepin, ancien Premier ministre qui envisage d’être candidat, juge ces propos « une incitation au racisme » (France 2, 5 novembre). Philippe maintient : « Oui, il y a des Français issus de l’immigration. Ils sont français à part entière, ils ont les mêmes droits, les mêmes devoirs. Et on n’aurait pas le droit de le dire ? », a-t-il déclaré le 4 novembre à Zuydcoote, en dénonçant « une espèce de police de la pensée imposée par l’extrême gauche » et en proposant à Mélenchon un débat, que celui-ci a décliné (21News).
Pourquoi maintenant ? Deux lectures. La première est celle de Philippe : une conviction sur l’échec de l’intégration, et une réponse aux pillages du 17 octobre. Elle s’appuie sur la continuité de ses positions : il proposait dès le 8 octobre de « diviser par deux l’immigration légale », et l’entretien au Point, publié le 27 octobre, précède l’appel d’Attal à une primaire. La seconde, hypothèse de Facta, est tactique : en durcissant son discours, Philippe disputerait directement à Retailleau et Lisnard l’électorat de droite, au moment où ceux-ci évoquaient déjà une primaire. Elle s’appuie sur la concurrence à droite que mesuraient les sondages d’octobre : selon Cluster17, il perdait alors une partie des électeurs de Valérie Pécresse, candidate LR en 2022, au profit de Lisnard et de Retailleau. Aucune lecture n’est établie, et les deux peuvent se combiner. Son score chez ces électeurs dira si ce discours lui fait regagner du terrain à droite.
07 Emmanuel Macron et la « coalition »
Ce qui est connu. Le 5 novembre, un « interlocuteur proche » d’Emmanuel Macron a déclaré à l’AFP que le chef de l’État estime que les forces politiques « de David Lisnard à Raphaël Glucksmann » doivent « travailler ensemble », « dans une logique de coalition », pour empêcher un second tour entre LFI et le RN. « Il ne se résout pas à un duel LFI/RN et pense que sur l’Europe, l’État de droit, l’économie de marché, le rejet des extrêmes, ce qui unit de Lisnard à Glucksmann est plus fort que ce qui divise », a ajouté cette source. Le choix de qui prendrait la tête de cette coalition reviendrait aux forces politiques (CNews, d’après l’AFP).
Ce que cela n’est pas. Ce n’est pas une déclaration publique du président, qui répète ne pas vouloir « s’immiscer » dans la campagne. Il ne choisit pas entre Attal, secrétaire général de son parti, et Philippe, son premier Premier ministre. Ce rassemblement de Lisnard à Glucksmann est proche de celui que propose Attal et plus large que celui que défendent Retailleau et la majorité des sympathisants de droite et du centre. Un appui présidentiel public serait d’ailleurs à double tranchant : 13 % des Français font confiance à Emmanuel Macron pour affronter les problèmes du pays, la cote la plus basse jamais mesurée par le baromètre d’Elabe, sous les 14 % de François Hollande en novembre 2016 (Elabe pour Les Echos, 3-4 novembre).
À gauche, un refus. Les socialistes ont déjà rejeté l’offre voisine d’Attal. Boris Vallaud, chef des députés PS et soutien de Glucksmann, raillait le 29 octobre : « Chaque semaine, Gabriel Attal propose à tout le monde de s’allier avec lui. Chaque semaine, tout le monde dit non. » Glucksmann refuse de participer à une seconde primaire (AFP).
08 Neuf députés du groupe communiste et ultramarin choisissent Mélenchon
Ce qui s’est passé. Le 5 novembre, dans une déclaration transmise à l’AFP, neuf députés du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) annoncent soutenir Jean-Luc Mélenchon plutôt que Fabien Roussel (LCP). Ce groupe de l’Assemblée nationale n’est pas composé que de communistes : il réunit dix-sept députés selon le site Datan, dont huit communistes ; les autres sont notamment des élus d’outre-mer.
| Députés du groupe GDR | Nombre | Signataires |
|---|---|---|
| Communistes | 8 | 4 : Stéphane Peu, président du groupe, et Soumya Bourouaha (Seine-Saint-Denis), Elsa Faucillon (Hauts-de-Seine), Nicolas Sansu (Cher) |
| Autres membres | 9 | 5 élus d’outre-mer : Emeline K/Bidi, Karine Lebon et Frédéric Maillot (La Réunion), Marcellin Nadeau (Martinique), Emmanuel Tjibaou (Nouvelle-Calédonie) |
| Total | 17 | 9, soit la majorité du groupe |
Sources : LCP (5 novembre), d’après l’AFP ; Datan pour l’effectif du groupe.
« À l’approche d’une élection présidentielle aux enjeux immenses, nous prenons nos responsabilités, par-delà nos attaches partisanes », écrivent-ils. Stéphane Peu parle d’« un acte de désobéissance civile », d’« une objection de conscience » ; Elsa Faucillon invoque « beaucoup plus de convergences que de divergences » avec LFI.
Un retour à l’alliance de 2012 et 2017. Le ralliement n’est pas sans précédent. Le PCF a soutenu Mélenchon à deux présidentielles, en 2012, dans le Front de gauche, l’alliance du PCF et du Parti de gauche fondé par Mélenchon, puis en 2017. Il n’a retrouvé son propre candidat qu’en 2022, avec Fabien Roussel, qui a obtenu 2,28 %. Il manquait alors environ 420 000 voix à Mélenchon pour se qualifier ; on a reproché à Roussel de les lui avoir prises, ce dont son entourage se défend (Public Sénat). Les signataires communistes ne se découvrent pas non plus : dès l’été, Stéphane Peu disait « ne pas comprendre l’obstination » de Roussel, et Elsa Faucillon l’accusait de pousser « une stratégie d’isolement et d’échec » (Public Sénat, d’après Le Parisien et L’Opinion). C’est la candidature autonome du PCF qui est l’exception récente, et elle a été validée en septembre par 72 % des militants.
Ce que cela change. Roussel est mesuré entre 1,5 et 2 % par l’Ifop : le ralliement ne change pas les chiffres, mais il affaiblit une candidature que la moitié des députés communistes ne soutiennent plus. Il donne à Mélenchon l’argument de « l’union de la gauche de rupture », selon le député insoumis Paul Vannier, à la veille de la publication de son programme, le 6 novembre, et de sa présentation au Bourget le 7. Mélenchon s’est dit « très ému ».
Conscience ou sièges. Les signataires invoquent la conscience et la proximité de programme. Yannick Monnet, député communiste de l’Allier resté fidèle à Roussel, y voit « une forme d’opportunisme, en fonction du territoire où on se trouve » : « Mis à part un problème de sièges, je ne vois pas bien d’autres motivations » (LCP). Sa lecture renvoie aux élections législatives qui suivraient très probablement la présidentielle, le nouveau président pouvant dissoudre l’Assemblée. Un cadre insoumis l’a dit à LCP : « Le périmètre de l’alliance à la présidentielle sera aussi celui des élections législatives. » Les deux motivations ne s’excluent pas. L’opposition de Peu et de Faucillon à la candidature de Roussel, antérieure à toute négociation connue, plaide pour la constance ; les investitures pour d’éventuelles législatives, si LFI réserve des circonscriptions aux signataires, en diraient davantage.
Les suites. Monnet assure que ce n’est « en aucun cas une position de groupe » et affirme que, dans le cas contraire, plusieurs députés quitteraient le groupe ; selon lui, il suffirait de trois départs pour qu’il disparaisse. Il faut en effet quinze députés pour former un groupe à l’Assemblée : avec trois départs, le GDR tomberait à quatorze. Il juge que le maintien de Stéphane Peu à sa présidence « va poser quand même quelques problèmes ». L’entourage de Fabien Roussel a indiqué à LCP qu’aucune réaction n’était prévue ; aucune n’était connue à la clôture.
Le reste de la gauche. Rien de neuf pour Marine Tondelier, candidate des Écologistes, dont les adhérents décideront du 10 au 13 décembre si elle se retire au profit d’une candidature commune, ni pour l’ancien président François Hollande, qui laisse ouverte jusqu’en janvier la possibilité de se présenter. Glucksmann refuse toujours tout accord avec LFI.
09 Rappels et prochaines échéances
Marine Le Pen. Son pourvoi en cassation, qui suspend sa condamnation en appel, n’a connu aucun développement depuis le 28 octobre. La Cour de cassation examinera le 16 décembre des questions prioritaires de constitutionnalité, par lesquelles la défense conteste la conformité à la Constitution de dispositions appliquées à son cas ; la Cour décidera de les transmettre ou non au Conseil constitutionnel ; l’arrêt est attendu au plus tard début avril (Club des juristes, Le Journal des Français d’après Le Figaro). L’édition précédente détaille la controverse sur son éligibilité.
Le calendrier. Les dates annoncées, 18 avril et 2 mai 2027, n’ont pas changé. Retailleau demandait de déplacer le second tour ; le gouvernement a répondu qu’il n’y avait « pas de raison de changer » les dates (LCP). Elles seront fixées juridiquement par le décret de convocation des électeurs, au plus tard le 7 février.
Les échéances. Programme de LFI le 6 novembre et convention au Bourget le 7 ; réforme des retraites du RN le 17 novembre ; débats proposés par Retailleau d’ici la fin de l’année, sans réponse connue de Philippe ; vote des adhérents écologistes du 10 au 13 décembre sur la candidature de Marine Tondelier ; décision sur une primaire en janvier selon Larcher ; « responsabilités » de chacun en février selon Philippe ; clôture des parrainages le 12 mars.
Bilan de l’enquête
- Une primaire voulue par trois candidats sur quatre, refusée par le premier d’entre eux. Attal, Retailleau et Lisnard la demandent, chacun parce qu’elle lui offre ce que les sondages ne lui donnent pas ; Philippe, en tête du centre et de la droite dans les intentions de vote, la refuse et renvoie à février. Liste des participants, engagement des perdants et date restent ouverts ; rien n’est attendu avant janvier.
- Un premier sondage après Trappes sans mouvement mesurable. L’Ifop (27-29 octobre) ne montre aucune évolution au-delà des marges par rapport à sa vague précédente. Marine Le Pen obtient 35 à 37 % ; Mélenchon est deuxième dans toutes les listes, 2,5 points devant Philippe quand celui-ci est seul au centre, un écart que l’enquête seule n’établit pas.
- Une candidature unique possible, pas suffisante à coup sûr. Avec quatre candidats, aucun ne dépasse 10 % ; un candidat unique atteindrait 15 à 20 %, au niveau de Mélenchon ou juste en dessous, et Glucksmann progresse quand le centre se resserre. Une primaire rendrait la qualification possible ; aucune enquête ne montre qu’elle la garantirait.
- Une « surreprésentation » invérifiable. Les chiffres publics sur les écroués du 17 octobre portent sur la nationalité (70 % de Français) et ne disent rien de l’ascendance dont parle Philippe. Sa démarche se lit comme une conviction ou comme une tactique face à la droite ; aucune des deux lectures n’est établie.
- Mélenchon renforcé à gauche. Neuf des dix-sept députés du groupe GDR, quatre communistes sur huit et cinq élus d’outre-mer, le soutiennent contre Roussel ; le PCF l’avait déjà soutenu en 2012 et 2017. Les législatives qui suivraient la présidentielle pèsent dans le débat, sans qu’on puisse mesurer leur part.
Panorama médiatique
Corpus : articles publiés du 28 octobre au 5 novembre 2026 par LCP, Public Sénat, franceinfo, CNews, L’Express (repris par Orange), Sud Radio (dont des dépêches AFP), 21News (média belge en ligne), La Gazette France (reprise de dépêches) et Les Surligneurs (site de vérification juridique, article du 23 octobre, cité pour les chiffres), ainsi que les publications d’Odoxa et d’Elabe. Les articles du Monde, du Figaro, de Libération, de L’Opinion, de La Tribune Dimanche et de La Dépêche ne sont connus que par leurs titres ou par des reprises.
Le duel Le Pen-Mélenchon, d’une enquête à une certitude
Le seul sondage d’intentions de vote de la période a été présenté comme un verdict. Public Sénat titre le 4 novembre sur « un second tour Le Pen - Mélenchon assuré » ; CNews écrit le 5 que « tous les sondages prédisent actuellement un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ». LCP est plus précis : Mélenchon « crée désormais un écart d’au moins deux points avec ses poursuivants », « dans tous les cas de figure testés ». Sur LCI, Frédéric Dabi, de l’Ifop, juge que « l’écart entre Jean-Luc Mélenchon et ses poursuivants est au-delà de la marge d’erreur » (L’Express) ; c’est vrai face aux candidats d’un centre dispersé, mais pas face à Philippe seul, dont l’écart de 2,5 points reste dans la marge habituellement calculée pour deux candidats d’un même échantillon. Aucun texte ne signale qu’une seule enquête a été réalisée depuis le 22 octobre. Les candidats reprennent ce cadrage : Attal invoque un second tour LFI-RN pour justifier sa primaire, Retailleau le chiffre de « tous en dessous de 10 % » pour s’y rallier.
La primaire racontée par les entourages
La primaire est surtout traitée comme une partie d’échecs entre états-majors. LCP et la dépêche AFP reprise par Sud Radio donnent une large place aux confidences anonymes : un cadre du bloc central sur Philippe qui « a commencé à se mettre sur le toboggan », un proche de Retailleau sur la « panique à bord » si Mélenchon atteint 22 %, un conseiller selon lequel « Gabriel a compris qu’une primaire était sa seule porte de sortie ». Les arguments de fond des candidats sont rapportés plus brièvement. Sud Radio est le seul du corpus à solliciter un politologue, Brice Soccol, qui juge l’initiative d’Attal « vouée à l’échec ». Odoxa est la seule source à mesurer l’avis des électeurs concernés.
Les communistes : conscience ou sièges
LCP titre sur « la moitié des députés communistes » qui « choisit » Mélenchon, franceinfo sur des députés qui « lâchent » Roussel. Les deux titres parlent de « députés communistes » alors que cinq des neuf signataires sont des élus d’outre-mer qui ne comptent pas parmi les communistes du groupe ; le corps de l’article de LCP fait la distinction. LCP donne la parole aux deux lectures dans le même article, l’« objection de conscience » de Stéphane Peu et l’« opportunisme » dénoncé par Yannick Monnet. Aucun article du corpus ne rappelle que le PCF soutenait Mélenchon en 2012 et 2017.
Philippe et les « Français issus de l’immigration »
franceinfo présente l’affaire comme une critique venue de la gauche, en relevant que Villepin est « la seule voix extérieure à la gauche » à s’en prendre aux propos de Philippe ; 21News met en avant sa contre-attaque (« Qui pense que l’intégration fonctionne bien en France ? »). Le débat porte sur les mots plus que sur le fait invoqué : aucun article de la période ne rapproche la phrase de Philippe des chiffres sur les écroués publiés une semaine plus tôt, ni ne relève qu’aucune statistique ne mesure l’ascendance. Les Surligneurs avaient pourtant établi, dès le 23 octobre, ce que ces chiffres montrent et ce qu’ils ne permettent pas de dire.
Erreurs relevées dans le corpus
- Public Sénat (4 novembre) indique que la marge d’erreur de l’enquête Ifop « est comprise entre 1,1 et 2,5 points ». Ces valeurs correspondent, dans le tableau de la notice Ifop, à un échantillon de 1 500 personnes, proche des 1 501 inscrits interrogés. Mais les résultats publiés reposent sur environ 950 inscrits certains d’aller voter, pour lesquels la marge atteint environ 3 points autour de 35 %. L’erreur fait paraître les écarts plus significatifs qu’ils ne le sont.
Sources et méthode
Sondages
- Commission des sondages, liste des notices déposées, consultée le 6 novembre 2026 : lien.
- Ifop pour LCI, « Les intentions de vote au 1er tour de l’élection présidentielle 2027 », enquête du 27 au 29 octobre 2026, notice : lien ; présentation par Public Sénat, 4 novembre 2026 : lien.
- Ifop-Fiducial pour LCI, Le Figaro et Sud Radio, enquête du 17 au 19 octobre 2026, notice : lien.
- Cluster17 pour Le Point, « Focus droite et centre », 14-15 octobre 2026 (notice citée dans l’édition précédente).
- Odoxa-Backbone pour Le Figaro, « 74 % des sympathisants de droite et du centre veulent une primaire pour 2027 », 5 novembre 2026 : lien ; notice : lien.
- Elabe pour Les Echos, « L’Observatoire politique – Novembre 2026 » : lien.
Presse et vérification
- LCP : « Gabriel Attal veut une "grande primaire des démocrates" », 28 octobre 2026 lien ; « Chez Philippe et Retailleau, la proposition d’Attal critiquée », 29 octobre 2026 lien ; « Quels scénarios pour le bloc central et la droite ? », 5 novembre 2026 lien ; « La moitié des députés communistes choisit Jean-Luc Mélenchon », 5 novembre 2026 lien.
- Sud Radio : « Édouard Philippe refuse la primaire » (dépêche AFP), 1er novembre 2026 lien ; « Primaire des démocrates : que vaut l’idée lancée par Gabriel Attal ? » lien.
- franceinfo : Retailleau et la primaire, 3 novembre 2026 lien ; « Le camp d’Edouard Philippe critiqué par la gauche pour ses propos sur l’immigration » lien ; entretien de Dominique de Villepin, 5 novembre 2026 lien.
- L’Express (via Orange) : « Édouard Philippe défend ses propos polémiques sur l’intégration », 4 novembre 2026 lien.
- Les Surligneurs : « Mobilisation du 17 octobre : l’immigration a-t-elle été la cause des violences urbaines ? » lien ; CNews : « Violences urbaines : voici le profil des auteurs des dégradations et pillages » lien.
- CNews : Emmanuel Macron et la « coalition » (d’après l’AFP), 5 novembre 2026 lien.
- 21News : « Édouard Philippe dénonce la police de la pensée de l’extrême gauche », 4 novembre 2026 lien.
- Public Sénat : « La candidature du communiste Fabien Roussel, une épine dans le pied de Jean-Luc Mélenchon » lien.
- La Gazette France (dépêche) : « Retailleau remet la pression sur Philippe » lien.
- Datan, groupe Gauche démocrate et républicaine : lien.
- Primaire de 2016 : Tendance Ouest, « Pour la première fois, la droite organise une primaire » lien ; Paperjam, résultats du premier tour lien.
Sources de l’édition précédente reprises
Notices Cluster17 pour Le Point (14-15 octobre) et pour Politico (19-22 octobre), Ipsos bva-CESI (21-22 octobre) ; Europe 1 (condition de Retailleau, 28 octobre) ; 21News (déjeuner chez Robert Ménard) ; Public Sénat et franceinfo (candidatures, primaire socialiste) ; CNews (bilan du 17 octobre) ; Club des juristes et Le Journal des Français (calendrier de la Cour de cassation) ; LCP et Service-Public (dates du scrutin). Liens dans l’édition du 28 octobre.
Démarche et limites
- Les chiffres d’intentions de vote viennent des notices déposées à la Commission des sondages, lues en entier. À la clôture, l’enquête Ifop des 27-29 octobre est la seule enquête d’intentions de vote réalisée après le 22 octobre qui y figure. Sur les sept listes testées par l’Ifop du 17 au 19 octobre, une seule est identique à une liste de la vague suivante.
- Calculs de Facta : marge à 95 % sur la différence entre deux enquêtes indépendantes (environ ± 2,9 points pour Glucksmann, ± 4,1 pour Marine Le Pen) et sur l’écart entre deux candidats d’un même échantillon (± 3,6 points pour Mélenchon et Philippe, base de 944 personnes) ; marge indicative pour un sous-échantillon hypothétique de 500 sympathisants (± 4,3 points à 60 %) ; totaux par simple addition des scores publiés.
- L’enquête Odoxa ne publie ni le nombre de sympathisants de droite et du centre interrogés ni les chiffres de sa vague de septembre sur la page consultée.
- Les propos d’Emmanuel Macron sur une « coalition » ne sont connus que par une source anonyme citée par l’AFP et reprise par CNews ; la dépêche publiée par France 24 n’a pas été accessible. Les déclarations de Gérard Larcher (L’Opinion), de Marc Fesneau (La Tribune Dimanche) et l’entretien d’Édouard Philippe au Point ne sont connus que par des reprises (LCP, AFP, L’Express, franceinfo). La phrase de David Lisnard sur le soutien au vainqueur n’est connue que par LCP.
- Le profil des personnes écrouées après le 17 octobre est connu par Les Surligneurs et CNews, qui l’attribuent l’un au ministère de la Justice, l’autre au ministère de l’Intérieur ; les articles de France 24 et d’Europe 1 sur le même document ont refusé l’accès automatisé. Les chiffres concordent.
- Les résultats officiels des présidentielles de 2017 et 2022 cités (Fillon, Hamon, Pécresse) n’ont pas été retéléchargés.
- Le nombre de députés du groupe GDR provient de Datan, dont la page n’indique pas sa date de mise à jour ni la répartition entre membres et apparentés.
- Aucune réaction de Fabien Roussel ni de la direction du PCF n’a été trouvée à la clôture. Aucune information nouvelle n’a été trouvée sur le pourvoi de Marine Le Pen, la décision de Bruno Le Maire, les intentions de François Hollande ou la démarche de Marine Tondelier.
- Pistes écartées faute de source lue : contestation de la date du second tour par plusieurs candidats (titre de La Dépêche), candidature de Matthieu Pigasse, nombre d’adhérents de Nouvelle Énergie.
Rectifications
Aucune rectification de l’édition du 28 octobre.



