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Israël : les résultats sont validés, le soupçon d’argent étranger reste sans preuve publique, aucun camp n’a la majorité

Faits arrêtés au jeudi 5 novembre 2026, 0 h 12 (heure de Paris)Avis de Facta du 5 novembre 2026Publié le 5 novembre 2026

Suite de notre article du 29 octobre 2026 : Israël : Nétanyahou perd sa majorité, ses adversaires n’en ont une qu’avec les partis arabes

  1. L’essentiel2 minLe sujet en bref
  2. L’enquête37 minLes faits, les sources, la chronologie
  3. L’avis de Facta7 minNotre interprétation, à part

1 · L’essentiel

Ce qu’il faut retenir

7 faits établis par l’enquête. Chacun renvoie aux chapitres qui l’établissent.

  1. 1 La Commission électorale a validé les résultats des législatives israéliennes du 27 octobre.

    Sur 120 sièges, elle en donne 53 au camp du Premier ministre Benyamin Nétanyahou, 48 à celui de l’opposant Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major, et 19 aux listes arabes. Personne n’atteint la majorité absolue de 61. Ces résultats font foi, sauf décision d’un tribunal.

    Les preuves →ch. 02ch. 05

  2. 2 La Commission n’a pu vérifier que l’une des trois accusations du Likoud, la fraude dans les bureaux.

    Ce parti, celui de Nétanyahou, dit l’élection « volée » par les partis arabes et invoque aussi l’achat de voix et un financement étranger. La Commission a contrôlé les procès-verbaux de 9 069 bureaux, trois sur quatre, sans trouver d’atteinte au vote. Mais un procès-verbal compte les bulletins : il ne dit pas si un électeur a été payé ni d’où vient un financement.

    Les preuves →ch. 03ch. 05

  3. 3 L’enquête sur l’achat de voix n’a produit aucune inculpation annoncée.

    La police a arrêté sept personnes, dont trois libérées sans condition, dans une affaire de paiements présumés à des électeurs en faveur de Ra’am, l’un des deux partis arabes. Ra’am affirme qu’il n’y a « rien eu d’irrégulier ».

    Les preuves →ch. 07ch. 03

  4. 4 Le bond du vote arabe, que le Likoud invoque, vient surtout de la participation.

    Les listes arabes ont 64 % de voix de plus qu’en 2022. Dans les 122 localités où elles dominent, la participation passe de 54 % en 2022 à 80 %, selon les fichiers officiels, et monte autant là où Ra’am domine qu’ailleurs. Aucune mesure n’en établit la cause.

    Les preuves →ch. 04

  5. 5 Le soupçon d’un financement étranger de l’élection reste sans preuve publique.

    Le Shin Bet, le service de sécurité intérieure, évoque à première vue des fonds d’États étrangers touchant « des milliers de personnes ». Selon la presse, il soupçonne le député arabe sortant Ayman Odeh d’en avoir reçu, sans lien établi avec le scrutin ; ni inculpé ni interrogé, Odeh parle de « persécution politique ». La procureure générale, qui contrôle les enquêtes pénales, refuse tout interrogatoire sans preuves.

    Les preuves →ch. 08ch. 09

  6. 6 Annuler environ 7 700 voix arabes ferait changer un siège de camp, pas la majorité.

    Selon le calcul de Facta, le dernier siège attribué s’est joué de peu entre les listes arabes et les partis ultraorthodoxes du camp Nétanyahou : un juge qui annulerait ces voix le ferait basculer. Pour donner 61 sièges à ce camp, il en faudrait au moins 478 000. Les recours sont ouverts jusque vers le 18 novembre ; aucun n’est signalé.

    Les preuves →ch. 10ch. 02

  7. 7 Eisenkot a le plus de soutiens pour être chargé de former le gouvernement, mais pas de majorité.

    Chaque parti recommande un nom au président Isaac Herzog, qui désigne un député d’ici au 11 novembre. Eisenkot a au moins 56 recommandations : son camp et Ra’am. Mais ses alliés Naftali Bennett et Yaïr Lapid, anciens Premiers ministres, et Avigdor Liberman refusent de gouverner avec les listes arabes. Nétanyahou reste au pouvoir tant qu’aucun gouvernement n’est investi.

    Les preuves →ch. 12ch. 11

2 · L’enquête de Facta

Ce qui s’est passé, en détail, avec les sources

Chronologie

Chronologie

Les acteurs.

CampParti ou fonctionPersonneÀ savoir
Bloc Nétanyahou (la coalition élue en 2022)Likoud (droite)Benyamin NétanyahouPremier ministre
Force juive (extrême droite)Itamar Ben GvirMinistre de la Sécurité nationale, dont dépend la police
Sionisme religieux (extrême droite religieuse)Bezalel SmotrichMinistre des Finances
Shas ; Judaïsme unifié de la TorahAryé Deri pour ShasPartis ultraorthodoxes
Bloc Eisenkot (quatre partis coordonnés contre Nétanyahou)Yashar (centre)Gadi EisenkotAncien chef d’état-major
EnsembleNaftali Bennett, Yaïr LapidAnciens Premiers ministres
Israël Beytenou (droite laïque)Avigdor Liberman
Les Démocrates (gauche)Yaïr Golan
Listes arabesRa’am (islamiste conservateur)Mansour Abbas
Liste unifiéeYoussef JabareenAlliance de Hadash (gauche arabo-juive), de Ta’al (Ahmad Tibi) et de Balad (nationaliste palestinien)
InstitutionsPrésident de l’ÉtatIsaac HerzogDésigne qui tentera de former le gouvernement
Commission électoraleNoam SohlbergVice-président de la Cour suprême, il préside la Commission
Procureure généraleGali Baharav-MiaraContrôle les enquêtes pénales
Shin Bet (sécurité intérieure)David ZiniNommé par Nétanyahou

Les horaires sont ceux d’Israël, une heure de plus qu’à Paris.

Du scrutin aux consultations : huit jours de contestation

Le temps se lit de haut en bas, une ligne par date, sans échelle ; les périodes de deux semaines ou plus sans événement sont signalées. Une colonne par type d’événement ; les jalons sont encadrés. La pastille « Nouveau » signale ce qui s’est passé depuis notre édition du 29 octobre (9 h 51). Cliquer sur un événement pour le lire en entier avec sa source.

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Contexte
Scrutin et résultats
Accusations
Enquête
Formation du gouvernement
Temps ↓
2022
Contexte2021-2022Ra’am au gouvernement

Bennett et Lapid gouvernent avec Ra’am et Liberman, seul gouvernement à avoir écarté Nétanyahou depuis 2009.

CNN

nov. 2022
Contexte1er nov. 2022Accusation déjà lancée

La coalition de Nétanyahou gagne 64 sièges. Le jour du vote, la Commission rejette des accusations du Likoud sur les bureaux du « secteur arabe ».

Jerusalem Post, 2022

… 3 ans …
nov. 2025
Contexte30 nov. 2025Demande de grâce

Nétanyahou, dont le procès pour corruption, fraude et abus de confiance se poursuit sans verdict, demande sa grâce à Herzog. Aucune décision n’est connue.

Al Jazeera

… 10 mois …
sept. 2026
Contexte23 sept. – 2 oct. 2026Exclusion annulée

La Commission exclut Ra’am et la Liste unifiée à la demande notamment du Likoud ; la Cour suprême annule. Sami Abou Shehadeh, chef de Balad, se retire sous la pression de la Cour.

Times of Israel

… environ 3 semaines …
oct. 2026
AccusationsMi-oct. 20262 000 observateurs annoncés

Nétanyahou et Smotrich annoncent l’envoi d’environ 2 000 observateurs dans les bureaux arabes.

CNN

Scrutin et résultats27 oct.Vote et trois arrestations

Les Israéliens votent. Avant l’ouverture des bureaux, la police arrête trois militants de Ra’am soupçonnés d’achat de voix, libérés depuis.

Jerusalem Post

Accusations28 oct.« Volée par les partis arabes »

Le Likoud parle d’élection « volée » et annonce transmettre des « centaines de témoignages » aux autorités.

Jerusalem Post

Enquête28-29 oct.Lettre de Sohlberg au Shin Bet

Sohlberg demande une enquête sur de « graves soupçons » de financement étranger et précise ne pas pouvoir en attester.

JNS

Enquête29 oct.Police, puis quatre arrestations

La police dit n’avoir aucun élément à l’appui de l’accusation du Likoud. Elle arrête quatre suspects de plus dans l’affaire d’achat de voix.

Haaretz ; Ynet

NouveauScrutin et résultats30 oct.Décompte achevé

La Commission annonce le décompte complet : 53, 48, 19. Le Likoud lance une campagne coordonnée contre tout vote dépendant des élus arabes.

AP via PBS ; Ynet

nov. 2026
NouveauEnquête1er nov.Vidéo commune

Sohlberg, entouré de Zini et de Baharav-Miara : le scrutin s’est « déroulé correctement ».

Times of Israel

NouveauFormation du gouvernement3 nov.Réunion du bloc Eisenkot

Ses chefs promettent un « gouvernement sioniste » et de remplacer le président de la Knesset.

Jerusalem Post

NouveauEnquête3 nov., soirZini contre la procureure

i24NEWS : Zini veut interroger quatre responsables arabes, ce que le Shin Bet dément pour trois d’entre eux. Baharav-Miara : pas d’interrogatoire « sans preuves ».

i24NEWS ; JFeed

NouveauScrutin et résultats4 nov., matinRésultats approuvés

Bilan du contrôle publié. Présidence de la Commission : 3 pour, 2 abstentions. Assemblée plénière : 15 pour, 2 contre, 14 abstentions.

Ynet (hébreu)

NouveauScrutin et résultats4 nov., midiRemise à Herzog

Sohlberg : douter des résultats est « une vraie menace ». Herzog : « Je condamne la grossièreté et les expressions racistes. »

Ynet (hébreu)

NouveauEnquête4 nov., après-midiAyman Odeh nommé

Plusieurs médias écrivent que le Shin Bet soupçonne ce député sortant, non candidat, d’avoir reçu des fonds étrangers. Ni inculpé ni interrogé, il parle de « persécution politique ».

Times of Israel

NouveauFormation du gouvernement4 nov., 17 hConsultations ouvertes

Herzog commence par les plus petits partis. Ra’am annonce qu’il recommandera Eisenkot.

Times of Israel

NouveauAccusations4 nov., soirVidéo de Nétanyahou

Première déclaration filmée depuis le vote : « graves soupçons » d’ingérence, mise en garde contre un gouvernement dépendant de « partis islamistes ».

France 24 ; Haaretz

Légende :

Les accusations d’élection « volée » et les décisions des institutions, jusqu’aux premières rencontres chez le président.

Sources :

voir le tableau de la chronologie.

Limites :

La lettre de Sohlberg est datée du 28 octobre par JNS et a été rendue publique le 29. Les faits du 5 novembre après 1 h 12, heure d’Israël, ne sont pas pris en compte.

Contexte et explications

01 Qu’est-ce qui a changé depuis le 29 octobre ?

Le décompte est terminé et validé. Les trois camps gardent 53, 48 et 19 sièges. À l’intérieur des camps, un siège est passé de Shas au Likoud, et le partage entre listes arabes a bougé en fin de décompte : 11 sièges pour la Liste unifiée et 8 pour Ra’am, alors que Facta avait signalé 12 et 7 en cours de décompte.

Il suffirait de beaucoup moins de voix pour faire changer un siège de camp. Moins de 8 000, selon le calcul fait sur les voix officielles. Cela ne crée aucune majorité (chapitre 10).

Le vote arabe peut maintenant être examiné sur pièces. Les résultats par localité et par bureau sont publics. Ils montrent une hausse très générale de la participation (chapitre 04).

L’enquête du Shin Bet sur un financement étranger de l’élection a produit un premier texte, pas de preuves. Un résumé a été lu à la Commission le 4 novembre. Le dossier a aussi ouvert un conflit entre le chef du service et la procureure générale.

Des responsables politiques sont nommés. La presse écrit que le soupçon vise le député sortant Ayman Odeh, qui n’a été ni inculpé ni interrogé (chapitre 09).

Les premiers suspects de l’achat de voix ont été libérés. Les trois hommes arrêtés le jour du vote sont sortis sans conditions, selon le Times of Israel. Aucune inculpation n’a été annoncée.

Eisenkot a pris la tête des recommandations adressées au président. Bennett, Lapid, Golan et Liberman le recommandent, et Ra’am aussi. Au moins cinq députés ultraorthodoxes refusent de recommander Nétanyahou.

Ce qui n’a pas changé. Aucun camp n’a de majorité, Bennett, Lapid et Liberman refusent toujours de gouverner avec les partis arabes, et Nétanyahou reste au pouvoir tant qu’aucun gouvernement n’est investi.

02 Quels sont les résultats officiels ?

La Knesset, le Parlement israélien, compte 120 députés. La majorité absolue est donc de 61. Ce seuil n’est pas nécessaire pour investir un gouvernement, mais il donne à celui-ci sa solidité (chapitre 11).

Liste (chef)CampVoix%Sièges
Likoud (Nétanyahou)Nétanyahou1 167 59120,5127
Yashar (Eisenkot)Eisenkot913 62916,0521
Ensemble (Bennett, Lapid)Eisenkot532 0189,3512
Liste unifiée (Jabareen)listes arabes500 7558,8011
Les Démocrates (Golan)Eisenkot366 2786,448
Ra’am (Abbas)listes arabes337 7205,938
Israël Beytenou (Liberman)Eisenkot337 4505,937
Force juive (Ben Gvir)Nétanyahou326 7935,747
Judaïsme unifié de la TorahNétanyahou312 6325,497
Shas (Deri)Nétanyahou299 5335,266
Sionisme religieux–Zehut (Smotrich)Nétanyahou290 5495,116
Réservistes–Parti économiqueaucun155 1992,730
Amcha Yisraelaucun95 7641,680

Source : site de la Commission électorale. 5 691 426 suffrages valides sur 5 717 397 votants et 7 331 981 inscrits. Sièges : calcul de Facta selon la méthode légale, identique aux sièges annoncés par la presse. Seuil pour obtenir des sièges : 3,25 %, soit 184 971 voix.

Cela donne 53 sièges au camp de Nétanyahou (42,1 % des voix, contre 48,4 % et 64 sièges en 2022), 48 à celui d’Eisenkot (37,8 %) et 19 aux listes arabes (14,7 %), un record. La participation est de 77,98 %, contre 70,6 % en 2022.

120 sièges, et personne à 61

Trois barres sur une échelle de 120 sièges, avec un trait à 61. Camp de Nétanyahou : 53 sièges (Likoud 27, Force juive 7, Judaïsme unifié 7, Shas 6, Sionisme religieux 6). Camp d’Eisenkot : 48 sièges (Yashar 21, Ensemble 12, Les Démocrates 8, Israël Beytenou 7). Listes arabes : 19 sièges (Liste unifiée 11, Ra’am 8).

120 sièges, et personne à 61Trait : majorité absolue, 61 siègesCamp de Nétanyahou : 53 siègesLikoud 27 · Force juive 7 · Judaïsme unifié 7 · Shas 6 · Sionisme religieux 6277766Camp d’Eisenkot : 48 siègesYashar 21 · Ensemble 12 · Les Démocrates 8 · Israël Beytenou 7211287Listes arabes : 19 siègesListe unifiée 11 · Ra’am 8118
Légende :

Il manque 8 sièges au camp de Nétanyahou et 13 à celui d’Eisenkot pour atteindre la majorité absolue. Les listes arabes en détiennent 19.

Sources :

site de la Commission électorale ; calcul de Facta.

Limites :

Un gouvernement peut être investi sans atteindre 61 voix (chapitre 11).

Le siège qui se joue chez Ra’am. Ra’am et Israël Beytenou ont presque le même nombre de voix, mais pas de sièges (8 et 7). Des listes peuvent signer un accord pour se partager leurs voix excédentaires : Ra’am l’a fait avec la Liste unifiée, Israël Beytenou avec Ensemble. Le 8e siège de Ra’am vient de cet accord. C’est la répartition légale, et c’est aussi le siège le plus exposé si des voix étaient annulées (chapitre 10).

Ces résultats font foi, sauf décision d’un tribunal. La loi électorale leur donne cette valeur, sous réserve du recours présenté au chapitre 10.

03 De quoi les listes arabes sont-elles accusées ?

Trois accusations se mêlent sous le mot « volée ». Le Likoud a écrit le 28 octobre que l’élection avait été volée par les partis arabes. Ces partis représentent surtout les citoyens arabes d’Israël, Palestiniens d’origine pour la plupart, soit environ 20 % de la population (AP) et 18 % des électeurs (Bureau central des statistiques).

  • La fraude dans les bureaux : le décompte aurait été faussé.
  • L’achat de voix : selon le Likoud et la police, des électeurs auraient été payés pour voter Ra’am. L’affaire concerne surtout les Bédouins du Néguev, citoyens arabes du sud du pays, où ont eu lieu les arrestations et où Ra’am a de nombreux bastions.
  • Le financement étranger : des États auraient envoyé des fonds pour peser sur le scrutin.

Ynet et le Times of Israel rappellent que les deux dernières relèvent d’enquêtes distinctes, sans lien établi. Cette distinction commande tout le reste : un contrôle peut répondre à l’une et rester muet sur les autres.

AccusationQui l’affirmeCe qui est avancéQui vérifie, et commentÉtat
Fraude dans les bureauxLikoud (28 oct.) : « centaines de témoignages », votes sous double identité, écarts entre enveloppes et votants. Ben Gvir (4 nov.) : « résultats mensongers ». Moshe Feiglin (Zehut, allié de Smotrich) : résultats à annuler.Pièces annoncées, non publiées. Le Likoud dit les avoir transmises à la police, au Shin Bet et à la Commission.La Commission : procès-verbaux de 9 069 bureaux, contrôle approfondi dans 350.Aucune atteinte à l’intégrité du vote trouvée.
Achat de voixLikoud : « milliers d’enveloppes » avec argent et bulletins de Ra’am. Nétanyahou cite les arrestations.Sept arrestations, dont trois suivies d’une libération sans condition ; enveloppes d’argent, selon la police.La police, sous le contrôle du parquet.Aucune inculpation annoncée. Ra’am : « rien d’irrégulier ».
Financement étrangerLikoud (« prise de contrôle étrangère de la Knesset »). Nétanyahou (4 nov.) : « graves soupçons que des États étrangers aient dépensé des sommes considérables ».Résumé du Shin Bet, sans preuves ; lettre de Sohlberg, qui dit ne pas pouvoir attester du fond.Le Shin Bet et une équipe commune avec la police, sous le contrôle du parquet.En cours. Le Qatar dément : accusation « ridicule et dangereuse ».

04 La hausse du vote arabe est-elle réelle ?

Oui, et elle vient surtout de la participation. Ces chiffres ne disent rien, en revanche, de l’achat de voix. Dans tout le pays, les listes arabes passent de 511 399 voix en 2022 à 838 475, soit 64 % de plus. C’est sur ce bond que s’appuie l’accusation. Facta a donc comparé les fichiers officiels de 2022 et de 2026 dans les 122 localités où ces listes ont dépassé 50 % des voix en 2026. Ces localités concentrent 84 % de leurs voix ; les grandes villes mixtes, les localités druzes et les votes en double enveloppe (militaires, hospitalisés, personnes votant hors de leur bureau) n’y sont pas.

Dans les 122 localités20222026Évolution
Inscrits839 405921 912+ 9,8 %
Votants451 552741 202+ 64 %
Participation53,8 %80,4 %+ 26,6 points
Part des listes arabes dans les suffrages93,0 %95,0 %+ 2 points
Voix des listes arabes415 877700 556+ 68 %

Calculs de Facta d’après les fichiers de la Commission (2022 : copie d’archive du fichier officiel). La participation par localité ne compte pas les doubles enveloppes. Les 64 % de ce tableau comptent les votants de ces localités ; ils coïncident par hasard avec les 64 % de voix en plus dans tout le pays.

Trois facteurs mesurés. Il y a un peu plus d’inscrits, une participation qui bondit de 54 % à 80 %, et une part légèrement plus forte des listes arabes. Le deuxième pèse de loin le plus.

La hausse n’est pas localisée. La participation progresse dans toutes les localités de plus de 2 000 inscrits de ce groupe, de 14 points au moins et de 26 points en valeur médiane. Si l’achat de voix pour Ra’am expliquait le bond, celui-ci devrait être nettement plus fort là où ce parti domine. Ce n’est pas le cas :

  • dans les 53 localités où Ra’am dépasse 60 %, bédouines pour beaucoup, la participation passe de 52,4 % à 81,5 % ;
  • dans les 69 autres, de 54,3 % à 80,0 % ;
  • à Rahat, grande ville bédouine du Néguev, de 60,6 % à 84,8 % ; à Oum el-Fahm, où Ra’am n’a pas gagné de voix (2 608 puis 2 652), de 38,3 % à 79,8 %.

Ra’am double toutefois ses voix dans ses bastions, de 77 674 à 159 043. C’est là qu’un éventuel achat de voix pèserait le plus.

La participation a monté partout, bastions de Ra’am ou non

Nuage de 81 localités de plus de 2 000 inscrits : participation de 2022 en abscisse, de 2026 en ordonnée. Tous les points sont au-dessus de la diagonale : la hausse va de 13,7 à 47,7 points, dans les bastions de Ra’am comme ailleurs.

La participation a monté partout, bastions de Ra’am ou non20 %20 %40 %40 %60 %60 %80 %80 %100 %100 %Participation inchangéeOum el-FahmRahatParticipation en 2022Participation en 2026Ra’am au-dessus de 60 %Autres localités
Légende :

Chaque point est une localité où les listes arabes ont dépassé 50 % en 2026. Tous les points sont au-dessus de la diagonale, qui marque une participation inchangée.

Sources :

fichiers officiels de la Commission électorale ; calculs de Facta.

Limites :

Hors villes mixtes, localités druzes et doubles enveloppes. Le choix des localités se fonde sur le résultat de 2026.

Pourquoi ce bond ? Aucune mesure n’en établit la cause. L’AP l’attribue aux attaques de la campagne du Likoud contre les partis arabes et à la colère contre Nétanyahou et son gouvernement. La BBC évoque une volonté de le battre, et une tribune du Jerusalem Post le désir de peser sur la formation des coalitions. L’exclusion des deux listes, votée par la Commission puis annulée par la Cour suprême, a précédé le vote de quelques semaines, sans que son effet soit mesuré. Le Likoud y voit à l’inverse la trace de l’argent : l’enquête sur les fonds étrangers porte justement sur un effort présumé pour faire voter (chapitre 08). Les fichiers officiels ne permettent pas de trancher entre ces explications.

Trois contrôles à l’échelle des bureaux, faits pour repérer un bourrage d’urnes. Ce sont des tests grossiers.

  • Plus de votants que d’inscrits ? Ce serait une preuve de fraude. Aucun des 12 018 bureaux ordinaires n’est dans ce cas.
  • Une participation invraisemblable ? Un seul bureau atteint 95 %, dans une localité bédouine du Néguev. Sur les 48 bureaux à 90 % ou plus, 19 sont dans ce groupe, qui ne compte que 11 % des bureaux. C’est plus que sa part, sur un très petit nombre de bureaux, et rien dans les fichiers ne dit si ces chiffres cachent une anomalie.
  • Beaucoup de bulletins nuls ? Un écart marqué signalerait un vote anormal. Le taux est proche : 0,50 % dans ces localités, 0,43 % ailleurs.

Ce que ces chiffres n’établissent pas. Ils écartent un bourrage massif des urnes. Ils ne peuvent pas écarter un achat de voix : un électeur payé dépose un bulletin valide, dans un bureau normal.

Rectification. Facta écrivait le 29 octobre que la hausse des voix se situait dans la fourchette attendue ; à 64 %, elle dépasse cette fourchette (49 à 62 %), car l’électorat de ces localités a davantage augmenté que nous ne l’avions estimé.

05 Qu’a contrôlé la Commission électorale, et qu’a-t-elle laissé de côté ?

Elle a vérifié que les résultats enregistrés correspondent au vote dans les bureaux. C’est l’objet déclaré de l’opération : s’assurer que les résultats « comptés et enregistrés » reflètent exactement le choix des électeurs.

  • Procès-verbaux de 9 069 bureaux, soit environ 75 % des 12 018 bureaux ordinaires (5 100 en 2022).
  • Contrôle approfondi de 350 bureaux, bulletins et listes d’émargement compris, là où c’était jugé nécessaire.
  • Choix des bureaux : plaintes, signalements des inspecteurs présents dans chaque bureau, tests statistiques, tirage au sort.
  • Plaintes : 2 452 demandes des partis sur 1 350 bureaux, 1 239 du public sur 750 bureaux. Toutes ont été examinées, selon la Commission. Ilan Bombach, l’avocat du Likoud, siège à sa vice-présidence, et elle dit avoir regardé tout ce que les partis ont déposé.
  • Moyens : environ 250 juristes de la fonction publique, sept salles de contrôle, six jours ouvrés.

Sa conclusion exacte est plus précise que « pas de fraude ». Elle dit n’avoir trouvé aucun élément montrant une atteinte à l’intégrité du scrutin ou un effet sur le résultat. Elle ajoute avoir fait des corrections là où il le fallait, à partir du matériel de vote : il y a donc eu des erreurs, dont le nombre et la nature n’ont pas été publiés. Les faits pouvant constituer des infractions ont été transmis au Shin Bet, à la police et à l’autorité chargée de la vie privée. Les partis de la coalition réclament l’accès aux éléments remis à Sohlberg (selon JNS, agence de presse juive).

Elle ne pouvait pas répondre aux deux autres accusations. Vérifier un procès-verbal ne révèle pas si un électeur a été payé, et ne suit aucun flux d’argent. La validation répond donc à une accusation sur trois. L’AP y voit un coup porté à la campagne de Nétanyahou ; il est réel sur le décompte, pas sur le reste.

Ce qu’en dit son président. « En cette étape, il ne s’agit que de soupçons, et même s’ils étaient confirmés, leur effet possible reste limité », dit Sohlberg, sans préciser limité par rapport à quoi. La phrase n’exclut pas un siège (chapitre 10). Il ajoute que ces soupçons ne jettent aucun discrédit sur le vote des Arabes, et qu’une forte participation est « une bonne chose ».

06 Qui rejette le résultat, et qui le met seulement en doute ?

Le vote de validation montre les camps. La présidence de la Commission a approuvé par trois voix (Sohlberg, Yesh Atid et Bleu et Blanc, deux partis de la Knesset sortante) et deux abstentions (Likoud, Shas). L’assemblée plénière, faite de représentants des partis de cette même Knesset sortante, a suivi par 15 voix contre 2 et 14 abstentions. Sohlberg avait prévenu qu’un rejet par cette assemblée serait sans portée juridique et créerait un « précédent dangereux ». Ceux qui cherchent à discréditer les résultats font courir à la démocratie, selon lui, « une vraie menace ».

Le ton monte plus vite que les actes juridiques. Il faut distinguer trois degrés.

  • Le rejet. Force juive a voté contre les résultats. Ben Gvir veut arrêter tous les dirigeants arabes et les interroger « dans les cellules du Shin Bet », même sans l’accord de la procureure, ce que le Times of Israel qualifie de proposition illégale ; il n’a de toute façon pas autorité sur ce service. Un militant demandant de « simplement invalider les élections » a été relayé par Nétanyahou le 1er novembre, selon CNN.
  • Le refus d’approuver. Le Likoud, le Sionisme religieux, Shas et Judaïsme unifié de la Torah se sont abstenus. Haaretz rapportait la veille que le Likoud envisageait de ne pas reconnaître le résultat. Il s’était déjà abstenu en 2020, selon Ynet : le geste n’est donc ni nouveau ni un vote contre.
  • Les soupçons. Dans sa vidéo du 4 novembre, Nétanyahou parle de « soupçons », réclame une enquête complète et ne demande pas de rejouer le vote. Le Times of Israel et l’AP écrivent cependant que lui et ses alliés continuent de parler d’élection « volée », et lui-même accuse la procureure de vouloir « couvrir et faire échouer » l’enquête.

La voie judiciaire annoncée est plus étroite que le mot. Selon Ynet (29 octobre), Bombach préparait une demande de revote dans certains bureaux pour achat de voix et méthodes interdites, sans soutenir que des bulletins aient été falsifiés ni des totaux truqués.

Un programme attribué à tort à Abbas. Le 1er novembre, Nétanyahou a diffusé un programme de Ra’am, avec notamment un État palestinien ayant Jérusalem-Est pour capitale et le droit au retour des réfugiés, en l’attribuant à Mansour Abbas. Selon le Times of Israel et l’Institut israélien pour la démocratie, ce texte date de 1999, sous un autre chef ; Abbas dirige le parti depuis 2018 et l’a éloigné de ses positions islamistes d’alors, écrit le journal. Facta n’a pas trouvé de réponse de Nétanyahou sur ce point.

07 Où en est l’enquête sur l’achat de voix ?

Sept arrestations, aucune inculpation annoncée. Le 27 octobre, avant l’ouverture des bureaux, la police a arrêté trois habitants bédouins du Néguev avec des enveloppes d’argent, selon elle. Ils ont été libérés sans conditions, d’après le Times of Israel. Le 29 octobre, elle a arrêté quatre autres suspects ; trois ont été placés le jour même en résidence surveillée, selon Ynet, et Facta ne connaît pas leur situation actuelle. Une source anonyme de Ynet décrit des aides de 200 à 300 shekels (65 à 95 dollars) proposées à des familles modestes contre un vote. Ces allégations n’ont pas été jugées.

Ce que répond Ra’am. Le parti reconnaît que les trois hommes arrêtés le 27 octobre sont ses militants. Il soutient qu’il n’y a « rien eu d’irrégulier » et rejette tout lien entre le parti et une atteinte au vote. Il relève qu’ils ont été arrêtés chez eux. Pour les quatre suspects suivants, seule la police affirme un lien avec le parti, et l’AP résume : Ra’am nie être impliqué. Facta écrivait le 29 octobre que le parti disait d’eux la même chose que des trois premiers ; la déclaration retrouvée ne porte que sur ces trois-là. Facta n’a pas trouvé de réponse des quatre suspects, dont l’identité n’est pas donnée ici.

La police, entre les deux camps. Le 29 octobre, elle a dit n’avoir aucun élément à l’appui d’une fraude générale ; un haut responsable a parlé à Haaretz de moins de plaintes qu’aux scrutins précédents. Ce service relève de Ben Gvir, celui-là même qui parle d’élection volée. Ra’am, à l’inverse, dénonce « la police de Ben Gvir » à propos des arrestations. Le tribunal a limité les mesures demandées contre les trois premiers suspects (AP).

D’où est parti le dossier ? Selon la chaîne de télévision privée 12, citée par CNN, le signalement à l’origine des arrestations viendrait du directeur de cabinet de Nétanyahou, qui aurait joint directement le chef de la police. Facta n’a pas trouvé de réponse de ce responsable.

08 L’argent étranger : que dit le Shin Bet, et pourquoi la procureure générale s’y oppose-t-elle ?

Ce que dit le Shin Bet est sérieux et non démontré. Sohlberg a lu le 4 novembre aux membres de la Commission un résumé rapporté par l’AP et Ynet. L’information recueillie « indique à première vue » un afflux important d’argent venu d’États étrangers, dont des États hostiles : un phénomène « étendu » touchant « des milliers de personnes, et peut-être plus ». Le service dit devoir encore « relier les bouts » pour en établir l’ampleur. C’est l’élément le plus solide dont disposent les accusateurs, puisqu’il vient d’une autorité de l’État. Aucune preuve ne l’accompagne.

Ce résumé n’est pas la conclusion attendue. La Commission voulait les résultats sous une semaine (AP, 29 octobre), soit vers le 5 novembre. Le texte lu reste provisoire de son propre aveu, et l’enquête continue.

Comment concilier ce texte avec la vidéo du 1er novembre ? Sohlberg y affirmait, en disant parler aussi pour Zini et Baharav-Miara, que le scrutin s’était « déroulé correctement ». Les deux affirmations ne portent pas sur la même chose : l’une sur le déroulement du vote, l’autre sur de l’argent en amont. Elles ne se contredisent donc pas, mais aucune ne dit ce que cet argent aurait acheté.

Trois limites à son ampleur. Des responsables de la police et du parquet ont dit à Haaretz ne connaître aucune opération de cette taille. Selon la chaîne 12, citée par JNS, le Shin Bet estimait à « quelques milliers » les électeurs potentiels touchés. Et rien n’a été publié sur l’usage des fonds : payer une campagne de mobilisation n’est pas falsifier un bulletin.

D’où viendrait l’argent ? Le Likoud et des médias en hébreu citent le Qatar ou la Turquie, pour plusieurs dizaines de millions de shekels selon Ynet et JNS. Pour le soupçon visant un élu, Haaretz et le site religieux Kipa évoquent l’Autorité palestinienne, l’AFP une « entité étrangère non précisée ».

Le Qatar, un sujet déjà sensible pour Nétanyahou. Eisenkot, informé par le Shin Bet, ironise : il se réjouit que Nétanyahou « condamne enfin » l’implication qatarie. Il fait allusion à l’affaire dite du Qatargate, que rappelle l’AFP : deux proches conseillers du Premier ministre sont soupçonnés d’avoir servi les intérêts du Qatar lorsqu’ils travaillaient à ses côtés. L’avocat de l’un d’eux conteste qu’il ait sciemment reçu des fonds liés au Qatar. Nétanyahou, qui parle d’enquête politique, a témoigné dans ce dossier. La police a indiqué à un tribunal avoir terminé son enquête et devoir transmettre le dossier au parquet ; Facta n’a pas trouvé d’inculpation annoncée dans cette affaire. Elle est distincte de celle de 2026.

Le conflit porte sur la preuve exigée pour interroger. Selon Ynet, Zini voulait d’emblée classer l’affaire comme atteinte à la sécurité, ce qui ouvre écoutes et limitation de l’accès à un avocat. Baharav-Miara a refusé faute de preuves : une corruption électorale relève d’abord du droit pénal ordinaire. Le 3 novembre, elle répond par un communiqué rare aux accusations du Likoud : « Quiconque doit être interrogé le sera, mais personne ne le sera sans base de preuves. » Ceux qui en détiennent sont « invités à les présenter ». Selon elle, le Shin Bet n’a pas remis ses éléments à l’équipe commune Shin Bet–police, ce qu’elle réclame.

Ce que répond Zini. Il ne s’est pas exprimé en son nom. Selon le Jerusalem Post, il ne cherche pas à contester le résultat et a parlé d’abord à la procureure et à Sohlberg, puis à Nétanyahou. Des responsables anonymes de la police lui reprochent à l’inverse de jouer la montre pour installer un récit (chaîne 12). Le Jerusalem Post dit ne pas pouvoir départager ces versions. La radio-télévision publique Kan signale les réserves de trois hauts responsables du service. Zini et Baharav-Miara se sont rencontrés le 4 novembre ; rien n’en est sorti publiquement.

09 Que sait-on du soupçon visant Ayman Odeh, et des dirigeants arabes que le Shin Bet aurait voulu interroger ?

Ayman Odeh. Le 4 novembre, Kan, Haaretz et la chaîne d’information i24NEWS l’ont nommé. Ancien chef de Hadash et de la Liste unifiée, il est député jusqu’à la prestation de serment des élus, le 10 novembre, et n’était pas candidat. Selon ces médias, qui citent des responsables non nommés, le Shin Bet examine s’il a reçu en liquide plusieurs centaines de milliers de shekels (environ 100 000 dollars, selon l’AFP) d’une source étrangère. Un porte-parole de la Liste unifiée a confirmé au Jerusalem Post qu’il est visé ; le journal parle de plusieurs députés arabes soupçonnés, sans nommer les autres. Il n’est pas inculpé, n’a été ni interrogé ni condamné d’après ces sources, et il est présumé innocent.

Sa réponse. Sans répondre sur le fond, selon le Times of Israel, il parle d’une « persécution politique », qui « éclatera » au visage de ses auteurs, et lie l’affaire à la peur que la participation arabe aurait inspirée à « Nétanyahou et aux fascistes ».

Le lien avec l’élection n’est pas établi. Rien de public ne dit quand ni pour quoi ces fonds auraient été versés. La somme rapportée est sans commune mesure avec les dizaines de millions de shekels évoqués pour l’ensemble de l’affaire. Selon i24NEWS, des responsables de la sécurité jugent les éléments suffisants pour l’interroger ; ces éléments n’ont pas été publiés, et cet interrogatoire suppose l’accord de la procureure générale.

Les demandes d’interrogatoire, démenties pour trois noms. Selon i24NEWS, repris par Ynet, Zini a demandé l’autorisation d’interroger, dans cette enquête sur le financement étranger et comme suspects, quatre responsables : Odeh, seul à faire l’objet d’une note écrite, et oralement, sans preuves, Mansour Abbas (Ra’am), Ahmad Tibi (Ta’al) et Sami Abou Shehadeh (Balad, non candidat depuis son retrait d’octobre). Selon des médias en hébreu, le Shin Bet nie avoir voulu interroger ces trois dirigeants eux-mêmes, seulement des gens de leur entourage. Aucun des trois n’est inculpé, aucun interrogatoire n’a été signalé, et aucun fait précis ne leur est reproché publiquement.

Ce que répondent les partis arabes. Abbas juge « inacceptable » de « salir le public arabe », dit que ni lui ni ses collègues ne craignent d’enquête et promet de coopérer. La Liste unifiée dénonce « une campagne de persécution politique », « une grave escalade dans la campagne d’incitation contre le public arabe », et accuse Zini d’agir comme un « bras politique » de Nétanyahou ; il s’en défend, selon le Jerusalem Post. Facta n’a pas trouvé de réponse personnelle de Tibi ni d’Abou Shehadeh.

Le climat. Selon l’association Fake Reporter, citée par la chaîne 12, les propos anti-arabes en ligne ont augmenté de 400 % le jour du vote et les deux jours suivants. Le Shin Bet a déclaré que ses investigations ne visent pas à discréditer une population qui a voté légalement (AP, 29 octobre).

10 Que pourrait changer une irrégularité prouvée ?

Un siège, à portée de quelques milliers de voix ; une majorité, non. Facta a appliqué la méthode légale aux voix officielles.

HypothèseCe qu’il faudraitEffet
Faire passer un siège de Ra’am à la Liste unifiéeretirer environ 3 900 voix à Ra’am, ou annuler ses 7 meilleurs bureauxAucun changement de camp
Faire passer un siège arabe au camp de Nétanyahouretirer environ 7 700 voix arabes, ou annuler les 13 meilleurs bureaux de Ra’am ; ou déplacer environ 3 300 voix de Ra’am vers ShasCamp de Nétanyahou à 54, listes arabes à 18
Donner 61 sièges au camp de Nétanyahouretirer environ 478 000 voix arabes dans le scénario le moins coûteux (57 %), 518 000 si le retrait est proportionnel (62 %)La Liste unifiée sous le seuil ou réduite à 4 sièges

Le Likoud, sans publier son calcul, parle de 4 612 voix pour le premier siège ; le député Simcha Rothman, de 6 000. La marge varie selon qu’on retire ou déplace des voix.

Rectification. Facta écrivait le 29 octobre, sur un décompte partiel, qu’il faudrait annuler environ 27 000 voix arabes pour déplacer un siège ; c’est 7 700 sur les voix officielles. Le chiffre nécessaire à une majorité reste du même ordre (505 000 alors).

Treize bureaux, c’est peu, mais rien ne dit qu’un juge les annulerait. Le tribunal agit par bureau ou sur tout le scrutin, pas par liste. Les 13 bureaux où Ra’am a le plus de voix, avec environ 600 voix chacun, suffiraient en arithmétique. Il faudrait pourtant prouver un vice dans ceux-là précisément, et un revote pourrait reconduire le même résultat. Les arrestations connues n’ont été reliées publiquement à aucun bureau ; des médias israéliens, cités par le Jerusalem Post, parlent d’une interpellation quatre heures avant l’ouverture, loin de tout bureau.

Et ce siège ne ferait pas de majorité. Le camp de Nétanyahou passerait à 54, encore à sept sièges de la majorité, face à 66 députés de l’autre côté. Le Likoud affirme que ce siège bouleverserait le résultat ; le Times of Israel relève qu’on voit mal comment. L’effet serait réel à la marge : un gouvernement Eisenkot appuyé sur Ra’am (chapitre 12) n’obtiendrait plus que 55 voix contre 54.

La voie légale : le recours électoral. Il peut être déposé dans les 14 jours suivant la publication au Journal officiel, soit vers le 18 novembre si celle-ci date du 4. Il est ouvert aux groupes et députés élus, aux listes et candidats, aux membres des commissions électorales et à la procureure générale, devant le tribunal administratif de Jérusalem. Il faut montrer un scrutin irrégulier, des sièges mal répartis ou des voix obtenues illégalement pour une liste, et que ce vice a pu influer sur le résultat. Le recours ne suspend pas la Knesset. Aucun dépôt n’a été signalé.

L’argent étranger n’annule pas à lui seul une voix. Si des fonds ont seulement payé des campagnes pour faire voter, l’infraction porte sur le financement, et les bulletins restent ceux des électeurs. Pour contester le résultat, a dit Sohlberg, il faudra des « preuves solides ».

11 Comment Israël désigne-t-il son chef de gouvernement ?

La règle. Le président confie à un député la mission de former un gouvernement : pas forcément le chef du premier parti, mais celui qu’il juge le plus à même d’y parvenir. Il consulte d’abord les partis, qui lui recommandent un nom. La Knesset investit ensuite ce gouvernement à la majorité simple, plus de oui que de non, les abstentions ne comptant pas. Les 61 voix ne sont donc pas exigées à ce stade. Elles le sont pour le renverser, car il faut alors 61 voix derrière un autre nom : un gouvernement minoritaire, une fois investi, pourrait durer.

En attendant, Nétanyahou gouverne. Son gouvernement reste en fonctions avec tous ses pouvoirs, y compris celui de décider d’opérations militaires, alors que les cessez-le-feu conclus depuis avril avec l’Iran, après la guerre commencée en février, restaient instables à notre édition du 29 octobre. Autre dossier ouvert : l’annonce par Donald Trump, le 3 novembre, de la fin de l’aide américaine à Israël, sujet d’un autre article de Facta.

ÉtapeDélai légalDate
Résultats remis au président8 jours après le vote4 nov.
Consultations des partisDepuis le 4 nov.
Première séance de la Knesset14 jours après le vote10 nov.
Désignation d’un député7 joursAu plus tard le 11 nov. (date donnée par la presse)
Le député désigné forme un gouvernement28 jours, prolongeables de 14Jusqu’au 23 déc. au plus tard
Si échec : Herzog désigne un autre député, ou constate qu’il n’y a pas d’issue3 jours, puis 28 joursJusqu’à fin janv. 2027
Si échec : 61 députés peuvent proposer un nom21 jours pour le demander, puis 14 joursJusqu’à début mars 2027
Sinon : nouvelle électionDernier mardi avant 90 joursDe mars à fin mai 2027

Source : Loi fondamentale sur le gouvernement, art. 7 à 11 ; Loi fondamentale sur la Knesset, art. 11 et 12. Dates calculées par Facta, pour une désignation le 11 novembre et en utilisant tous les délais.

Du résultat au gouvernement, ou à une nouvelle élection

  1. Résultats remis au président4 nov.
  2. Consultations des partisDepuis le 4 nov.Aujourd’hui
  3. Première séance de la Knesset10 nov.
  4. Désignation d’un députéAu plus tard le 11 nov.
  5. Le député désigné forme un gouvernementJusqu’au 23 déc. au plus tardÀ chaque tentative, investiture si les oui l’emportent sur les non : gouvernement formé, le parcours s’arrête.
  6. Si échec : Herzog désigne un autre député, ou constate qu’il n’y a pas d’issueJusqu’à fin janv. 2027
  7. Si échec : 61 députés peuvent proposer un nomJusqu’à début mars 2027
  8. Sinon : nouvelle électionDe mars à fin mai 2027
Légende :

Chaque échec ouvre l’étape suivante. L’investiture demande plus de oui que de non ; 61 voix sont nécessaires seulement pour renverser un gouvernement ou pour la procédure finale. À tout moment, une majorité de députés peut aussi voter la dissolution. Le gouvernement Nétanyahou reste en fonctions jusqu’à l’investiture d’un successeur.

Sources :

Loi fondamentale sur le gouvernement, art. 7 à 11 ; Loi fondamentale sur la Knesset, art. 11, 12, 34 et 35 ; calculs de Facta.

Limites :

Dates calculées pour une désignation le 11 novembre, en utilisant tous les délais.

Une nouvelle élection peut venir par deux chemins. Si tous les mandats échouent, elle se tient entre mars et fin mai 2027, précision qui remplace le « début 2027 » de notre édition du 29 octobre. La Knesset peut aussi se dissoudre elle-même à la majorité de ses membres, par une loi qui fixe la date du scrutin, au plus tard cinq mois après ; le calendrier serait alors politique.

12 Qui accepte de s’appuyer sur les députés arabes ?

Pour recommander Eisenkot, et pour remplacer le président de la Knesset : presque tout son camp. Pour gouverner grâce à eux : Golan seul, à ce jour. C’est le nœud de l’impasse.

Ce que demande Herzog. Il reçoit les partis du plus petit au plus grand, pour « encourager à sortir des schémas », selon sa présidence, et les rencontres sont retransmises en direct. Il a adressé trois messages en recevant les résultats :

  • Le résultat. « Les élections sont terminées, il est temps de lire la réalité. » Il l’accepte comme légalement contraignant et soutient que l’enquête aille à son terme.
  • Le compromis. « Dans la réalité actuelle, il n’est pas possible de tenir tous les engagements et toutes les promesses. » Il réclame « originalité, créativité, audace et bonne volonté » pour éviter une nouvelle élection.
  • Le racisme. « Il est interdit de salir un public entier. Méfiez-vous des généralisations. Je condamne la grossièreté et les expressions racistes que nous avons entendues récemment. Elles n’ont leur place envers aucun public en Israël. »

Il a mis ces messages à l’épreuve dès les premières rencontres. À Orit Strock (Sionisme religieux), qui jugeait les partis arabes illégitimes « non parce qu’ils sont arabes, mais parce qu’ils sont nationalistes » : « Comment distinguez-vous le racisme de ce que vous dites ? » À Oded Forer, d’Israël Beytenou, dont le parti refuse à la fois les partis arabes, Nétanyahou et une nouvelle élection : « Alors que reste-t-il ? Avec qui comptez-vous siéger ? » Herzog doit aussi décider de la grâce demandée par Nétanyahou avant tout verdict, devant le tribunal de district de Jérusalem. Le même arbitre tient donc les deux dossiers.

Les recommandations. Elles disent seulement à qui le président devrait confier sa mission, et n’engagent pas à gouverner ensemble.

PartiSiègesRecommandationAu moment de la publication
Likoud27NétanyahouAnnoncée ; rencontre prévue le 5 nov.
Force juive7NétanyahouAnnoncée ; rencontre prévue le 5 nov.
Shas6NétanyahouFaite le 4 nov.
Sionisme religieux–Zehut6NétanyahouFaite le 4 nov.
Judaïsme unifié de la Torah7Personne pour cinq députésDegel HaTorah, l’une de ses deux composantes (4 députés), et Yitzhak Goldknopf ; deux autres députés, dont Meir Porush, hésitent, selon Haaretz
Yashar21EisenkotAnnoncée ; rencontre prévue le 5 nov.
Ensemble12EisenkotAnnoncée le 1er nov. ; rencontre prévue le 5 nov.
Les Démocrates8EisenkotAnnoncée ; rencontre prévue le 5 nov.
Israël Beytenou7EisenkotFaite le 4 nov.
Ra’am8EisenkotAnnoncée le 4 nov. ; rencontre prévue le 5 nov.
Liste unifiée11InconnueUn député, Ofer Cassif, dit « probablement Eisenkot » ; rencontre prévue le 5 nov.

Sources : Times of Israel, Haaretz, Jerusalem Post, Anadolu, 4 novembre.

Le compte. Eisenkot a au moins 56 recommandations, 67 si la Liste unifiée suit. Nétanyahou en a 46 à 48. Ra’am pèse donc lourd : sans lui, Eisenkot serait à 48, à égalité au mieux. Rien n’oblige Herzog à suivre ce compte, et certains dans le camp d’Eisenkot jugent même utile que Nétanyahou passe le premier, pour qu’il épuise son mandat (Ynet).

Deux tests reviennent : le service national et le Hamas. Eisenkot pose quatre conditions à tout partenaire, selon Ynet : reconnaître Israël comme État juif et démocratique, adhérer à la Déclaration d’indépendance, accepter un service militaire, national ou civil obligatoire pour tous les citoyens, reconnaître le Hamas comme organisation terroriste à détruire militairement à Gaza. La troisième condition touche deux publics. Les citoyens arabes ne sont pas appelés sous les drapeaux, sauf volontaires. Les ultraorthodoxes sont exemptés en pratique, et la question de leur conscription a fait sortir leurs partis du gouvernement en 2025.

Ce que chacun dit, à la date la plus récente.

  • Eisenkot. Il a écarté les partis arabes avant le vote, disant qu’aucun n’acceptait ses principes (Reuters via Al-Monitor). Le 31 octobre, il ouvre la porte à « tout député » qui les accepte (JFeed, site d’information israélien). Une source proche, citée par Ynet : « Ce ne sera pas avec les Arabes. »
  • Bennett. Il avait exclu avant le vote de former un gouvernement avec les partis arabes (Jerusalem Post). Le 3 novembre : « un gouvernement sioniste de réparation », et « nous prendrons le contrôle de la Knesset ».
  • Lapid. Le 3 novembre : « Nous devons former un gouvernement », sans se prononcer sur l’appui arabe. Le communiqué commun parle d’un gouvernement « sioniste ».
  • Liberman. Le 30 octobre : « Nous ne siégerons pas avec des soutiens du terrorisme. » Le 2 novembre, il rejette aussi un gouvernement minoritaire et une union avec Nétanyahou, mais n’aurait « aucun problème » avec des ultraorthodoxes acceptant la conscription.
  • Golan. Seul à plaider pour une alliance : Ra’am au gouvernement, la Liste unifiée en soutien extérieur, sans siège au cabinet de sécurité.

Bennett, Lapid et Liberman ont pourtant gouverné avec Ra’am en 2021-2022. Le Jerusalem Post rapporte que les chefs de l’opposition justifient ce revirement par l’attaque du 7 octobre 2023.

Ce que veulent les partis arabes. Selon Al Jazeera, Abbas se dit prêt à entrer dans un gouvernement Eisenkot, en demandant le portefeuille de la Sécurité intérieure. Il remplit au moins deux des conditions d’Eisenkot, l’État juif et démocratique et le service national, soutient l’ancien ministre de la Défense Moshe Ya’alon ; la politologue Dahlia Scheindlin, citée par Fox News, confirme que Ra’am a accepté Israël comme État juif. Le 4 novembre, Forer répond que son parti ne peut dépendre de formations qui refusent de qualifier le Hamas d’organisation terroriste. Eisenkot ne dit pas, dans les propos rapportés, si Ra’am satisfait à ses principes. Facta n’a pas trouvé de réponse directe de Ra’am ni de la Liste unifiée à l’accusation de soutenir le terrorisme, lancée aussi par Nétanyahou. Jabareen a dit au Guardian que la Liste unifiée voterait avec Eisenkot pour faire partir Nétanyahou, sans entrer au gouvernement « tant que dure l’occupation » de la Cisjordanie.

Les combinaisons, sur les sièges officiels. « Eisenkot » désigne ici tout son camp, Liberman compris : 48 sièges.

CombinaisonInvestiture (pour / contre)Ce qui la bloque
Camp de Nétanyahou seul53 / 67Yashar accuse le Likoud d’appeler ses élus, ce que le Likoud nie ; aucun ralliement connu.
Camp de Nétanyahou + Israël Beytenou60 / 60Liberman refuse.
Eisenkot + Ra’am, Liste unifiée abstenue56 / 53Eisenkot l’a exclu avant le vote, et Liberman refuse ; si Israël Beytenou vote contre : 49 / 60. Une fois investi, ce gouvernement pourrait durer : il faudrait 61 voix pour le renverser.
Eisenkot + les deux listes arabes67 / 53Même refus. Sans Israël Beytenou : 60 / 53 s’il s’abstient, 60 / 60 s’il vote contre.
Eisenkot + Shas + Judaïsme unifié de la Torah61 / 59La piste que privilégie Eisenkot, selon Ynet, pour une majorité sans voix arabes, à une voix près depuis que Shas a perdu un siège. Restent la conscription, cœur de sa campagne, et la promesse de Liberman de ne pas siéger avec eux, qu’il assouplit depuis.
Eisenkot + Judaïsme unifié de la Torah + Ra’am63 / 57La conscription ; Liberman. Selon le Jerusalem Post, Judaïsme unifié pèse un accord.
Likoud + Yashar + Ensemble + Israël Beytenou67 / 53Eisenkot refuse de siéger sous Nétanyahou. Forer évoque des « éléments du Likoud », aucun ne se déclare.

Arithmétique : Facta. « Contre » suppose que tous les autres députés votent contre.

L’opinion, un seul chiffre. Un sondage Direct Polls pour i24NEWS (2 novembre, 559 adultes, marge d’erreur de 4,1 points) donne 74 % d’opposants à un gouvernement minoritaire Eisenkot–Ra’am soutenu par la Liste unifiée, 22 % de partisans. Il donne un ordre d’idée du prix politique, sur un seul sondage dont le questionnaire n’est pas connu.

Le premier vrai test : le 10 novembre. Après la prestation de serment, le camp d’Eisenkot veut remplacer le président de la Knesset, Amir Ohana (Likoud), qui dirige les débats et fixe l’ordre du jour. Il veut ainsi lancer ses textes, dont une commission d’enquête d’État sur l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, cette enquête indépendante que le gouvernement Nétanyahou refuse et à laquelle il devrait répondre. Un arrêt de la Cour suprême de 2020 impose un vote immédiat si 61 députés le demandent. Le camp d’Eisenkot estime qu’élire un président avec des voix arabes n’est pas gouverner avec elles (Ynet). Le compte dépend de Liberman : avec lui, 67 ; sans lui, 60, soit une voix de moins que les 61 signatures. Kan rapportait le 30 octobre que ses partenaires lui demandaient au moins de s’abstenir. Il a participé à la réunion du 3 novembre ; le nom du candidat n’est pas tranché (Eisenkot pour Orit Farkash-Hacohen, Liberman pour Forer, Ensemble pour Lapid, selon Ynet). Le Likoud concentre sa pression sur ce vote.

13 À quoi sert l’accusation ?

Son usage est établi ; l’intention, non. Le chapitre précédent montre l’enjeu : le camp d’Eisenkot a 48 sièges seul, 67 avec les listes arabes. Disqualifier ces 19 députés, c’est le priver de sa seule majorité sans ultraorthodoxes ni Likoud.

Ce que l’on voit. Le Likoud tire lui-même de l’affaire une règle d’alliance : dès le 29 octobre, aucun parti sioniste ne devrait coopérer avec les listes arabes ni remplacer le président de la Knesset grâce à des voix « achetées ». Le 30 octobre, presque tous ses ministres publient des messages contestant la légitimité de tout vote appuyé sur des élus arabes, selon Ynet, qui note que le parti reconnaît viser ce vote plutôt que des défections. Le 4 novembre, Nétanyahou passe dans la même vidéo des soupçons à la solution qu’il réclame : un gouvernement dépendant de « partis islamistes qui soutiennent le terrorisme » serait dangereux, seul « un large gouvernement national conduit par le Likoud sous ma direction » conviendrait.

Ce qui précède. La presse israélienne rapportait avant le vote que le Likoud préparait ce discours en cas de défaite (Times of Israel, 28 octobre). La même accusation avait été lancée le jour du vote en 2022, année où Nétanyahou a gagné. Il y a enfin, selon la chaîne 12 citée par CNN, le signalement que le directeur de cabinet de Nétanyahou aurait fait à la police (chapitre 07).

Trois explications, d’inégal poids.

ExplicationCe qui l’appuieCe qui la fragiliseCe qui permettrait de trancher
Elle répond à des irrégularités réelles (Likoud et alliés)Sept arrestations, dont trois suivies d’une libération sans condition ; les « graves soupçons » de Sohlberg ; le résumé du Shin Bet. Ces éléments existent indépendamment du Likoud.Aucune pièce publique ; le contrôle du décompte ; une hausse du vote arabe générale. Rien ne relie ces soupçons au mot « volée ».Des inculpations ; un recours argumenté.
Elle vise à rendre impossible une alliance avec les partis arabes (AP, CNN, Amos Harel dans Haaretz, opposition)L’usage décrit ci-dessus ; une source proche de Nétanyahou décrit cet objectif à CNN ; la préparation et le précédent de 2022.L’intention reste une déduction ; on peut croire à la fois à la fraude et en tirer parti.Le comportement du Likoud si l’enquête n’aboutit à rien ; ce qu’il déposera au tribunal.
Elle cherche à gagner du temps, jusqu’à une nouvelle élection (Eisenkot) : Nétanyahou reste au pouvoir tant qu’aucun gouvernement n’est investiLe Likoud a demandé un débat avant la validation et envisagé de ne pas reconnaître le résultat.Il s’est abstenu, sans voter contre ; les résultats sont sortis à la date prévue.Ce qui se passera à la Knesset le 10 novembre.

Ce que Facta en retient. La deuxième explication est la mieux étayée : c’est bien ainsi que l’accusation est employée. Cela ne dit pas si ceux qui l’emploient croient aussi à des irrégularités. Celles-ci restent possibles pour l’achat de voix et l’argent ; le contrôle les contredit pour le décompte.

Bilan

Ce qui est établi. Les résultats sont validés et font foi, sauf décision d’un tribunal : 53, 48, 19. La hausse du vote arabe est massive et générale, et s’explique par la participation. Le décompte a été contrôlé sur trois bureaux ordinaires sur quatre, sans atteinte constatée. Le Likoud n’a publié aucune pièce.

Ce qui n’est pas tranché. Le contrôle des bureaux ne dit rien de l’achat de voix ni de l’argent. Sur l’achat de voix, sept personnes ont été arrêtées, dont trois libérées sans condition, sans inculpation annoncée. Sur l’argent, le Shin Bet affirme à première vue un afflux touchant des milliers de personnes, sans preuve publique, et n’a pas remis ses éléments à l’équipe commune selon la procureure. Le soupçon visant Ayman Odeh n’est ni étayé ni écarté publiquement, et il reste présumé innocent.

Ce que disent les chiffres. Une irrégularité prouvée dans une poignée de bureaux pourrait déplacer un siège, bien plus facilement que Facta ne le calculait le 29 octobre. Elle ne créerait pas de majorité : il faudrait pour cela annuler plus de la moitié des voix arabes.

Sur le sens de l’accusation. L’usage est établi : le Likoud se sert de ces soupçons pour disqualifier une alliance avec les partis arabes. La sincérité de ceux qui y recourent ne l’est pas, et l’enquête en cours ne dépend pas d’eux.

Ce qu’il faut surveiller.

  • le 5 novembre, la position de la Liste unifiée et de Judaïsme unifié de la Torah chez Herzog, puis son choix, au plus tard le 11 novembre ;
  • le 10 novembre, l’élection du président de la Knesset et le vote de Liberman ;
  • la remise des éléments du Shin Bet, et un éventuel interrogatoire d’Ayman Odeh ;
  • un recours électoral, jusque vers le 18 novembre.
Panorama médiatique

Panorama médiatique

Corpus : du 29 octobre au 4 novembre 2026. Israël : Times of Israel, Haaretz (directs publics), Jerusalem Post, Ynet (anglais et hébreu), Israel National News (anglais et hébreu), JNS, JFeed, Maariv, i24NEWS. International : AP (via PBS, NBC, CBC), CNN, Al Jazeera, BBC (via Yahoo), Fox News, Anadolu. Francophones : France 24 (AFP), franceinfo. La chaîne 14 n’est connue que par ses reprises.

Un revers pour Nétanyahou, ou un scandale étouffé ?

Le même événement du 4 novembre reçoit deux titres. L’AP (reprise par NBC et PBS) écrit que l’acceptation des résultats est « un coup » porté aux efforts de Nétanyahou pour discréditer le vote ; Al Jazeera emploie le même mot. JNS titre à l’inverse sur Nétanyahou et le Likoud qui « explosent » alors qu’Israël valide les résultats, « malgré les accusations » de fraude dans le secteur arabe, sans masquer le contrôle de la Commission. Selon CNN, la chaîne 14, proche du pouvoir, a baptisé l’affaire « le terrorisme des urnes ». L’écart porte moins sur les faits que sur ce qu’on place en tête.

Qualifier l’accusation

La plupart des médias qualifient eux-mêmes l’accusation : « sans fondement établi » pour l’AP et la BBC, « sans preuve » pour Al Jazeera et CNN. Tal Shalev, pour CNN (2 novembre), va le plus loin en écrivant que « l’objectif politique est clair ». JNS donne une large place aux députés de la coalition, comme Simcha Rothman et sa « corruption à grande échelle ». Fox News titre sur le rôle-clé des partis arabes et rapporte l’accusation avec sa réponse.

Zini, professionnel ou instrument ?

Haaretz (Amos Harel, cité par CNN ; direct du 3 novembre) décrit un service manœuvré depuis le bureau du Premier ministre, d’après de hauts responsables anonymes. Le Jerusalem Post (4 novembre) expose la défense de Zini et dit ne pas pouvoir trancher. Ynet détaille le désaccord juridique. JNS place la procureure en position d’accusée. Les faits rapportés se recoupent largement ; les motivations prêtées, non, et elles reposent presque toutes sur des sources non nommées.

La question arabe, et le mot « persécution »

France 24 (AFP, 4 novembre) reprend le mot de la Liste unifiée en tête d’article, avec le soupçon visant Odeh. Le Times of Israel sépare plus nettement ce qui est rapporté et ce qui est dit ; le Jerusalem Post obtient la confirmation d’un porte-parole. Une tribune dans Haaretz (4 novembre) reproche à l’opposition d’avoir fait de l’appui arabe le plat le plus « empoisonné » d’un menu de promesses à trahir. JNS publie le 31 octobre une tribune de Fiamma Nirenstein, dont le titre dit que les Arabes israéliens ont voté « pour l’intégration, pas contre Nétanyahou ». Aucun média du corpus n’a confronté l’accusation aux résultats par localité de la Commission.

Erreurs relevées dans le corpus

  • Al Jazeera, 2 novembre : « Arab voters doubled their turnout to about 80 percent ». Passer de 54 % à 80 %, selon les fichiers officiels, c’est moitié plus, pas le double.
  • franceinfo, 4 novembre : les partis arabes et leurs 19 parlementaires « ont déjà annoncé qu’ils le soutiendraient ». Seul Ra’am l’avait annoncé ce jour-là.
  • i24NEWS et JFeed, 3-4 novembre : Sami Abou Shehadeh aurait été « disqualifié ». Il s’est retiré, sous la pression de la Cour suprême (Times of Israel, 31 octobre).
  • Times of Israel, 4 novembre : Eisenkot aurait au moins 56 recommandations « contre 53 » pour Nétanyahou. Le même article indique que les quatre députés de Degel HaTorah, comptés dans ce total, s’abstiennent : le plafond est de 49, de 48 d’après Haaretz.
Sources et méthode

Sources et méthode

Démarche. Recherche menée la nuit du 5 novembre 2026, en ne retenant que des faits antérieurs à 0 h 12 (Paris). Cet article prolonge l’édition du 29 octobre : les faits établis alors n’ont pas été réenquêtés, sauf ceux que les nouveaux éléments contredisent. Les sources centrales ont été conservées et lues en entier ou par extraits copiés dans un navigateur (Times of Israel, France 24). Les citations hébraïques (Sohlberg, Herzog, bilan de la Commission) sont traduites par Facta et recoupées avec les versions anglaises.

Données officielles. Les chiffres viennent du site de la Commission et de ses fichiers par localité et par bureau ; pour 2022, du fichier officiel de cette élection dans sa copie du Web Archive, dont les totaux concordent avec les résultats publiés (Ra’am 194 047, Hadash-Ta’al 178 735, Balad 138 617).

Calculs de Facta.

  • Répartition légale (plus forte moyenne, dite Bader-Ofer, avec les cinq accords entre listes) sur les voix officielles : elle retrouve exactement les sièges annoncés.
  • Un siège : Ra’am −3 890 voix → siège à la Liste unifiée ; voix arabes −7 680, sur Ra’am ou proportionnellement → siège à Shas ; 3 260 voix déplacées de Ra’am vers Shas ou Judaïsme unifié. Bureaux annulés par ordre décroissant de voix Ra’am, toutes listes retirées : 7, puis 13. Ce classement est purement arithmétique et ne désigne aucun bureau comme suspect. Le résultat est sensible à de faibles écarts de voix.
  • 61 sièges : retrait proportionnel 517 500 (61,7 %) ; recherche par pas de 1 000 voix du minimum : environ 478 000 (146 000 sur Ra’am, 332 000 sur la Liste unifiée, qui passe sous le seuil).
  • Localités : les 122 où les listes arabes dépassent 50 % des suffrages en 2026 et plus de 200 suffrages, appariées par code de localité. Le choix fondé sur le résultat de 2026 tend à retenir les localités où ces listes ont progressé ; les bourgs mixtes et druzes en sont absents. Plus de 2 000 inscrits pour la médiane (81 localités).
  • Délais : désignation supposée le 11 novembre ; 42 jours → 23 déc. ; deuxième candidat → env. 23 janv. ; 21 jours → env. 13 févr. ; 14 jours → env. 1er mars ; élection au plus tard env. 25 mai 2027.

Rectifications.

  • Voix à annuler pour déplacer un siège : 27 000 écrit le 29 octobre, sur le décompte à 93,8 % ; environ 7 700 sur les voix officielles. Pour une majorité : 505 000 écrit alors ; 478 000 à 518 000.
  • Hausse du vote arabe : dite dans la fourchette attendue le 29 octobre, calculée sur un électorat arabe en hausse de 5,4 à 8 % ; à 64 %, elle la dépasse, les inscrits des 122 localités ayant augmenté de 9,8 %.
  • Militants de Ra’am : la déclaration du parti retrouvée porte sur les trois arrêtés le 27 octobre, non sur les quatre suspects du 29 auxquels l’édition précédente l’appliquait.
  • Nouvelle élection : « début 2027 » écrit le 29 octobre, à préciser (mars à fin mai 2027 si tous les mandats échouent, date fixée par la Knesset en cas d’autodissolution).
  • Participation : 77,7 % était provisoire ; 77,98 % officiel.
  • Combinaison Eisenkot + ultraorthodoxes : 62 sièges écrits le 29 octobre ; 61 sur les sièges officiels.
  • Partage arabe : 12 et 7 signalés en cours de décompte ; 11 et 8 officiels.

Limites.

  • Enquête. L’essentiel de ce que l’on sait de l’enquête du Shin Bet vient de sources anonymes reprises par la presse. Son résumé n’a été lu que dans ces reprises.
  • Bureaux. Les contrôles sur les fichiers officiels repèrent des anomalies grossières seulement. Le détail des corrections de la Commission n’est pas public. La participation arabe réelle (villes mixtes, doubles enveloppes) reste une estimation.
  • Causes de la hausse. Les explications citées sont des analyses de presse, qu’aucune étude ne mesure à ce jour, à la connaissance de Facta.
  • Déclarations. La vidéo de Nétanyahou et les consultations retransmises n’ont pas été transcrites : les citations viennent de comptes rendus écrits.
  • Accès. Axios, WION, The New Arab, la chaîne 14, Northeast Times et les pages françaises du Times of Israel et d’i24NEWS ont refusé l’accès ou renvoyé une page vide. Haaretz n’est lu que dans ses parties publiques. Le Guardian (Jabareen) est cité d’après Al Jazeera. Le sondage est connu par le résumé de JNS. La BBC sur la motivation des électeurs arabes est citée d’après Wikipédia. Le site gouvernemental de la Commission, hors résultats, n’a pas répondu.
  • Non trouvé. Date de publication au Journal officiel ; dépôt d’un recours ; situation actuelle des quatre suspects du 29 octobre ; réaction officielle américaine à l’accusation ; élément solide sur une reprise des frappes contre l’Iran, signalée à surveiller le 29 octobre ; réponse directe de Ra’am et de la Liste unifiée à l’accusation de soutenir le terrorisme. Un récit de presse sur une grâce négociée, démenti par la présidence, n’a pas pu être lu et n’est pas repris.

Principales sources.

3 · L’avis de Facta · Interprétation

Ce qui donne à penser

Ici, Facta propose sa lecture des faits. Chaque idée dit ce qui lui paraît le plus probable, avec quel degré de certitude, et sur quels faits elle s’appuie.

Ce sont des interprétations, distinctes de l’enquête : à vous d’en juger.

1. La participation arabe à 80 % est un rattrapage, pas la trace d’un vote acheté

La question. Dans les localités arabes d’Israël, la participation a gagné 26 points en quatre ans. Ce saut est-il suspect en lui-même ?

L’avis de Facta : non, le plus probable est que ces électeurs ont rattrapé le reste du pays. Facta en est assez sûr.

Le Likoud, le parti du Premier ministre Benyamin Nétanyahou, accuse les listes arabes, qui représentent surtout les citoyens arabes d’Israël, d’avoir volé l’élection. Ce saut est son argument le plus visible, mais on le regarde toujours seul. Dans les localités où ces listes dominent, la participation était de 54 % en 2022, 17 points sous celle du pays (70,6 %). Elle est de 80 % en 2026, contre 78 %. Le saut efface un retard : il ne les place pas loin au-dessus des autres électeurs.

Le Likoud parle aussi d’une « prise de contrôle étrangère de la Knesset », le Parlement. Les citoyens arabes font 18 % des électeurs ; à leur record, leurs listes ont 14,7 % des voix. Pour une prise de contrôle, c’est modeste.

Ces localités sont retenues parce que les listes arabes y ont dominé en 2026, ce qui peut gonfler un peu la hausse, mais celle-ci y est générale. L’objection la plus sérieuse est que le Shin Bet, le service de sécurité intérieure, enquête sur de l’argent destiné à faire voter. Des fonds ont pu peser à la marge, pas faire ce bond. Ces localités comptent 290 000 votants de plus qu’en 2022. Le Shin Bet parle de « milliers de personnes, et peut-être plus » : même 30 000 n’en feraient qu’un sur dix. Et le saut est presque le même là où domine Ra’am, le parti arabe visé par les soupçons d’achat de voix, qu’il dément (de 52 % à 81 %), et ailleurs (de 54 % à 80 %).

L’agence AP attribue cette mobilisation aux attaques de la campagne du Likoud contre les partis arabes et à la colère contre le gouvernement, sans mesure à l’appui. Le Likoud avait aussi demandé avec d’autres l’exclusion de leurs listes, annulée par la Cour suprême. Facta fait l’hypothèse que le parti qui dénonce ce vote a contribué à le faire lever.

Ce qui ferait changer d’avis Facta : une étude par bureau montrant que le saut suit la carte de l’argent, ou des preuves de paiements à des dizaines de milliers d’électeurs.

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2. Facta se corrige : le Likoud peut viser un siège devant un juge, pas la majorité

La question. Le Likoud, parti du Premier ministre Benyamin Nétanyahou, dit l’élection « volée » par les partis arabes. Maintenant que les résultats sont validés, peut-il encore les faire changer ?

L’avis de Facta : un siège peut-être, si un juge annule des voix ; la majorité, non. Facta en est très sûr pour l’arithmétique.

Dans son article du 29 octobre, Facta écrivait que cette accusation « ne changera pas un siège », car il faudrait annuler 27 000 voix arabes. Ce calcul sur un décompte partiel était faux. Israël attribue ses sièges un à un, à la liste ou à l’alliance de listes qui a la meilleure moyenne de voix par siège. Le dernier siège est allé à l’alliance des deux listes arabes : 44 130 voix par siège, pour 19 sièges. Juste derrière venait l’alliance des partis ultraorthodoxes du camp Nétanyahou, Shas et Judaïsme unifié : 43 726. L’écart est d’environ 400 voix par siège, soit 7 700 voix sur 19 sièges. Chaque siège suivant coûterait son prix entier, plus de 40 000 voix : il en faudrait 478 000 pour la majorité.

Ces voix, seul un juge peut les annuler, et le contrôle de la Commission ne dit rien sur ce point : un électeur payé dépose un bulletin valide. Un recours reste ouvert jusque vers le 18 novembre, à condition de montrer un vice qui a pu influer sur le résultat. L’avocat du Likoud préparait, selon Ynet, une demande de revote dans certains bureaux, sans soutenir que des bulletins aient été falsifiés. C’est bien moins que le mot « volée ».

Ce siège ne donnerait pas le pouvoir : le camp Nétanyahou passerait de 53 à 54 sièges. Le mot « volée », lui, agit déjà : le député chargé de former le gouvernement sera désigné d’ici au 11 novembre, et l’opposition veut remplacer dès le 10 le président du Parlement, qui en fixe l’ordre du jour. Ces deux décisions précèdent tout jugement.

Le Likoud répondra que les preuves prennent du temps. Mais il dit avoir transmis aux autorités des « centaines de témoignages » : rien ne l’empêche de nommer des bureaux devant un tribunal.

Ce qui ferait changer d’avis Facta : un recours précis retenu par un juge, ou des preuves portant sur des dizaines de milliers de voix.

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3. La procureure a raison : le Shin Bet doit livrer ses preuves avant d’interroger des élus

La question. Le Shin Bet, service de sécurité intérieure, soupçonne de l’argent étranger, et la procureure générale bloque les interrogatoires d’élus arabes faute de preuves. Couvre-t-elle l’affaire, comme le dit le Premier ministre Benyamin Nétanyahou ?

L’avis de Facta : non, elle exige des preuves d’un service dont Nétanyahou a choisi le chef. Facta en est assez sûr.

Gali Baharav-Miara, la procureure générale, contrôle les enquêtes pénales ; ces interrogatoires supposent son accord. Selon la chaîne i24NEWS, David Zini, chef du Shin Bet, lui a demandé d’interroger quatre responsables arabes : par une note écrite, le député Ayman Odeh, que la presse dit soupçonné d’avoir reçu des fonds étrangers, ni inculpé ni interrogé, et qui parle de « persécution politique » ; oralement, trois dirigeants de partis, ce que le service dément. Elle répond que personne ne le sera sans base de preuves, et affirme que le Shin Bet n’a pas remis ses éléments à l’équipe d’enquête qu’il forme avec la police.

Le 10 novembre, le Parlement peut remplacer son président, membre du Likoud, le parti de Nétanyahou, et ce vote dépend des élus arabes. Inversons les rôles : un chef du Shin Bet choisi par un Premier ministre venu de l’opposition d’aujourd’hui voudrait interroger les chefs du Likoud sur de l’argent étranger, à quelques jours d’un tel vote, sans partager ses éléments. Le Likoud demanderait les preuves, et il aurait raison.

Le chef lui-même pose question. En 2025, la procureure jugeait « illégale » sa désignation par Nétanyahou, pour conflit d’intérêts : le Shin Bet enquêtait sur des proches du Premier ministre, et elle lui contestait le droit de choisir qui enquête sur eux. La nomination a été confirmée en septembre 2025. Cela n’établit rien contre Zini, qui selon le Jerusalem Post ne cherche pas à contester le résultat. Mais un tel dossier ne peut reposer sur la seule parole d’un chef ainsi nommé.

On objectera qu’un service secret protège ses sources, et que la procureure, opposée à Zini depuis 2025, n’est pas neutre. Mais elle ne demande aucune publication, seulement une transmission à des enquêteurs de l’État. Si le soupçon est vrai, seul un dossier partagé convaincra.

Ce qui ferait changer d’avis Facta : la preuve que le Shin Bet a remis des éléments sérieux et que la procureure refuse quand même d’agir.

S’appuie surfait 5ch. 06ch. 08ch. 09données extérieures, sourcées dans le texte

4. Eisenkot oppose ses conditions aux partis arabes, pas aux ultraorthodoxes qu’il privilégie

La question. Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major qui mène l’opposition au Premier ministre Benyamin Nétanyahou, pose quatre conditions à tout partenaire. Sont-elles ce qui décide de ses alliances ?

L’avis de Facta : non, il cherche sa majorité chez les ultraorthodoxes, qui rejettent le service pour tous, sa condition phare. Facta penche pour cette lecture.

Ces conditions : reconnaître Israël comme État juif et démocratique, adhérer à sa Déclaration d’indépendance, accepter un service militaire, national ou civil obligatoire pour tous, et tenir le Hamas pour une organisation terroriste. Selon l’ancien ministre de la Défense Moshe Ya’alon, Ra’am, parti arabe islamiste conservateur, remplit au moins les conditions sur l’État juif et le service. Une source proche d’Eisenkot, citée par Ynet, dit pourtant : « Ce ne sera pas avec les Arabes. »

La piste qu’il privilégie, selon Ynet, passe par les deux partis ultraorthodoxes. Ceux-ci défendent une exemption de fait, et c’est sur la conscription qu’ils ont quitté le gouvernement en 2025. Or elle est le cœur de la campagne d’Eisenkot.

Depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, objectera-t-on, la condition sur ce mouvement n’est pas un prétexte, et le parti d’Avigdor Liberman, allié d’Eisenkot, reproche aux partis arabes de ne pas le dire terroriste. Négocier avec les ultraorthodoxes est peut-être aussi le seul moyen d’obtenir une conscription. Mais alors, qu’Eisenkot pose la question à Ra’am en public, ce qu’il n’a pas fait dans les propos rapportés, et qu’on juge sur le texte d’un accord.

Ce choix ne vient pas de la loi. Le Parlement investit un gouvernement par plus de oui que de non ; les 61 voix ne sont exigées que pour le renverser. Le camp d’Eisenkot (48) et Ra’am (8) feraient 56 oui contre 53 non des députés du camp Nétanyahou, si la Liste unifiée, l’autre liste arabe, s’abstient. Le blocage est politique : Liberman et ses 7 députés, indispensables à ce compte, refusent les partis arabes, un gouvernement minoritaire et Nétanyahou. « Alors que reste-t-il ? », a demandé le président Isaac Herzog à l’envoyé de Liberman.

Ce que Facta en conclut. Dans son article du 29 octobre, Facta jugeait que le refus de gouverner avec les élus arabes laissait du temps à Nétanyahou. Cela tient, car il reste au pouvoir tant qu’aucun gouvernement n’est investi.

Ce qui ferait changer d’avis Facta : un accord imposant une vraie conscription aux ultraorthodoxes, un refus de Ra’am motivé publiquement, ou un président du Parlement élu le 10 novembre avec des voix arabes et celles de Liberman.

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