France · Mouvement social

Grève du 5 novembre 2026 : la plus forte journée de l’automne, une conférence sociale lundi, aucune décision sur le Smic

Faits arrêtés au vendredi 6 novembre 2026, 0 h 12 (heure de Paris)Avis de Facta du 6 novembre 2026Publié le 6 novembre 2026

Suite de notre article du 1er novembre 2026 : Manifestations du 31 octobre 2026 : un troisième samedi en recul, des cortèges éloignés des centres-villes, un mouvement tourné vers le 5 novembre

  1. L’essentiel3 minLe sujet en bref
  2. L’enquête32 minLes faits recoupés, mis en perspective et expliqués
  3. L’avis de Facta7 minBasé sur les faits et un raisonnement impartial

1 · L’essentiel

Ce qu’il faut retenir

7 faits établis par l’enquête. Chacun renvoie aux chapitres qui l’établissent.

  1. 1 Le jeudi 5 novembre a été la journée la plus suivie du mouvement contre la vie chère.

    Ce mouvement est né de la flambée du gazole qui a suivi la guerre déclenchée fin février contre l’Iran. Il a d’abord pris la forme de trois samedis de manifestations, les 17, 24 et 31 octobre ; le premier a été suivi d’émeutes et de pillages. Le 5 novembre, selon le ministère de l’Intérieur, 575 000 personnes ont manifesté, 80 % de plus que le 31 octobre et un peu plus que le 17 ; la CGT en annonce 1,6 million. Pour la première fois, tous les syndicats appelaient ensemble à la grève, et la revendication centrale n’était plus le gazole, mais les salaires. Aucun comptage indépendant n’existe.

    Les preuves →ch. 02ch. 03

  2. 2 La grève a été forte dans l’enseignement, faible dans le reste de la fonction publique.

    Dans les collèges et lycées, le ministère de l’Éducation nationale compte 13,53 % de grévistes, le Snes-FSU, premier syndicat du second degré, 52 % : les deux ne comptent pas de la même façon, et aucun des deux chiffres n’est vérifiable. Dans les autres administrations, les taux officiels restent sous 10 %. Aucun chiffre n’existe pour les entreprises privées.

    Les preuves →ch. 03

  3. 3 Le Premier ministre réunira syndicats et patronat le lundi 9 novembre ; rien n’est décidé sur le Smic.

    Sébastien Lecornu a annoncé cette « conférence sociale » le soir de la grève, pour « apporter des réponses aux questions de pouvoir d’achat et de salaires ». Les ministres de l’Économie, Roland Lescure, et du Travail, Jean-Pierre Farandou, se disent ouverts à une hausse du salaire minimum, le Smic, aujourd’hui de 1 867 euros brut par mois ; le patronat, Medef en tête, s’y oppose. Le gouvernement peut la décider seul, par décret. La CFDT demande 100 euros net de plus par mois, la CGT 10 %.

    Les preuves →ch. 06ch. 10

  4. 4 Les préfets ont tenu les cortèges loin des centres-villes, et les juges les ont suivis.

    À Paris, la préfecture de police a refusé l’arrivée place de la Concorde, proche de l’Assemblée et de l’Élysée, en invoquant la proximité des « centres de pouvoir », et imposé un parcours de la République à la Nation. À Lyon, la préfecture a fermé la presqu’île commerçante, lourdement dégradée le 17 octobre ; à Toulouse, celle de la Haute-Garonne a protégé l’hypercentre. Le 4 novembre, les tribunaux administratifs de Paris, Lyon et Toulouse ont validé ces trois décisions. À Toulouse, l’intersyndicale a maintenu le parcours interdit ; son cortège a été bloqué, chargé après des jets de projectiles, puis dispersé.

    Les preuves →ch. 04

  5. 5 La journée a été calme dans l’ensemble, violente par endroits.

    À 18 heures, l’Intérieur comptait 448 interpellations et 53 policiers et gendarmes blessés, un bilan provisoire. À Lyon, selon la préfecture, un groupe d’au moins 500 personnes vêtues de noir s’est placé en tête du cortège ; les affrontements ont fait au moins 40 blessés. À Marseille, un CRS a été grièvement blessé.

    Les preuves →ch. 05

  6. 6 Le rejet du budget 2027 a fait tomber plusieurs promesses faites au mouvement.

    Ces promesses passaient par des amendements, c’est-à-dire des modifications ajoutées au projet de budget pendant son examen par les députés. Le 4 novembre, l’Assemblée a rejeté ce budget à l’unanimité ; le Sénat reçoit le texte initial du gouvernement, sans aucun amendement. N’y figurent donc ni les postes d’enseignants promis aux lycéens le 26 octobre, que les députés n’avaient d’ailleurs jamais votés, ni la réduction d’impôt pour reconstruire la mairie de Limoges, incendiée le 17 octobre. La « règle d’or », qui devait reverser en aides tout surplus de taxes sur les carburants, n’avait pas été adoptée.

    Les preuves →ch. 08

  7. 7 Le gazole a baissé autant que le gouvernement l’avait annoncé.

    Depuis le 1er novembre, l’État vend aux distributeurs des réserves de gazole achetées avant la flambée, donc moins cher. Le litre est passé de 2,37 euros le 31 octobre à 2,23 euros le 5 novembre au soir : 14 centimes de moins, dans la fourchette de 12 à 18 centimes promise. Il reste 35 % plus cher qu’en février, avant la guerre, et rien n’est annoncé après la fin des ventes, le 31 janvier.

    Les preuves →ch. 07

2 · L’enquête de Facta

Ce qui s’est passé, en détail, avec les sources

Chronologie

Chronologie

Les protagonistes :

  • les syndicats de salariés : l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, Unsa et FSU (enseignement surtout), rejointe pour le 5 novembre par les autres organisations, dont la CFTC, la CFE-CGC et Solidaires ;
  • les organisations lycéennes et étudiantes : Union syndicale lycéenne (USL), Union étudiante, Unef, Fage ;
  • une « coordination des gilets jaunes », du nom du mouvement de 2018-2019 contre les taxes sur les carburants, qui appelle aux journées du samedi ;
  • le gouvernement de Sébastien Lecornu, avec Laurent Nuñez à l’Intérieur, Jean-Pierre Farandou au Travail, Roland Lescure à l’Économie et David Amiel aux Comptes publics ;
  • le président Emmanuel Macron, dont le second mandat s’achève au printemps 2027.

Du gazole à 2,38 euros à la grève du 5 novembre

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Prix et énergie
Mobilisations
Réponses du pouvoir
Justice
Temps ↓
févr. 2026
Prix et énergieFin février-mi-septembreGuerre contre l’Iran

Après les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, le gazole passe de 1,65 € le litre (20 février) à 2,38 € (18 septembre).

DGEC, via les éditions précédentes

… environ 8 mois …
sept. 2026
Mobilisations17 sept.-6 oct.Mouvement lycéen

Parti d’un lycée de Créteil, le mouvement gagne le pays ; journée nationale le 6 octobre. Des vidéos TikTok appellent à manifester le 17 octobre.

Éditions précédentes

Réponses du pouvoir22 sept.Aide carburant

L’aide de 100 € est étendue à 5,5 millions de travailleurs ; « règle d’or » promise sur les taxes.

Ministère de la Transition écologique

… 2 semaines …
oct. 2026
Prix et énergie7-12 oct.Stocks stratégiques

Le gouvernement annonce la vente aux distributeurs de 10 millions de barils de gazole de ses réserves.

AFP

MobilisationsSam. 17 oct.Première journée

550 000 manifestants (Intérieur), 800 000 (CGT). Émeutes et pillages ; mairie de Limoges incendiée ; 2 628 interpellations.

Intérieur ; AFP

… environ 3 semaines …
Réponses du pouvoir21 oct.Matignon sans mesure

Syndicats reçus sans mesure ; une hausse du Smic est évoquée selon la CFTC. La grève du 5 novembre est appelée.

Public Sénat ; France 24 via Sortiraparis

Justice23 oct.Limoges

Deux hommes de 34 et 66 ans mis en examen et placés en détention provisoire ; ils sont présumés innocents.

ICI ; franceinfo

Réponses du pouvoir23 oct.Budget de la Sécurité sociale

Rejeté par l’Assemblée. Le Medef juge qu’une hausse du Smic avant janvier créerait « la pagaille ».

LCP ; Moneyvox

MobilisationsSam. 24 oct.Deuxième journée

410 000 manifestants (Intérieur), 800 000 (CGT) ; 1 435 interpellations.

Intérieur ; AFP

… environ 3 semaines …
Réponses du pouvoir24-29 oct.Smic évoqué

Roland Lescure (24) dit une hausse avant janvier « en discussion » ; Jean-Pierre Farandou (29) la juge « pas tabou ».

AFP via Moneyvox

Réponses du pouvoir26 oct.Centres-villes, lycées

Emmanuel Macron veut les cortèges « en dehors des centres-villes ». Le gouvernement annonce 836 postes d’enseignants sauvés et 500 créés, par amendement au budget.

Élysée ; LCP

MobilisationsSam. 31 oct.Troisième journée

320 000 manifestants (Intérieur). Cocktail Molotov contre un gendarme à Paris ; 779 interpellations au cumul de la journée et de la nuit.

Intérieur

… environ 4 semaines …
nov. 2026
NouveauJustice1er nov.Enquête Molotov

Le parquet de Paris ouvre une enquête pour « tentative d’homicide » ; personne n’est interpellé pour ces faits.

AFP via Sud Radio

NouveauMobilisations3 nov.« Journée noire » lycéenne

48 lycées bloqués selon le ministère, 500 selon les syndicats ; 51 universités perturbées sur 184.

franceinfo

NouveauRéponses du pouvoir3 nov.Nuñez : « un échec »

Devant la commission d’enquête de l’Assemblée, le ministre reconnaît, pour le 17 octobre, « un défaut d’anticipation ».

LCP

NouveauRéponses du pouvoir4 nov.Budget rejeté

L’Assemblée rejette à l’unanimité le budget 2027, transmis au Sénat.

LCP

NouveauJustice4 nov.Parcours validés

Paris : la Concorde interdite, un parcours République-Nation imposé. Lyon et Toulouse : centres fermés. Les tribunaux administratifs valident.

Sortiraparis ; Lyon Mag ; France 3

NouveauPrix et énergie4 nov.Gazole à 2,25 €

Le prix moyen tombe à 2,25 € le litre, contre 2,37 € le 31 octobre (même calcul de l’AFP).

AFP via Sud Radio

NouveauMobilisationsJeu. 5 nov.Grève intersyndicale

575 000 manifestants (Intérieur), 1,6 million (CGT) ; 448 interpellations à 18 h ; heurts à Lyon, Toulouse, Nantes, Marseille.

AFP ; CNEWS

NouveauJustice5 nov.Limoges, cour d’appel

Le suspect de 34 ans reste en détention ; celui de 66 ans est libéré sous contrôle judiciaire.

France 3 Nouvelle-Aquitaine

NouveauRéponses du pouvoir5 nov.Conférence sociale

Matignon annonce une « conférence sociale » sur les salaires le lundi 9 novembre.

Communiqué de Matignon, via LCP et Public Sénat

2026
MobilisationsÀ venir7, 9 et 20-22 nov.

« Acte IV » des gilets jaunes le samedi 7 (les actes I à III étaient les 17, 24 et 31 octobre) ; conférence sociale le 9 ; manifestations dans sept pays européens les 20, 21 et 22 novembre.

Sortiraparis ; AFP

Légende :

Les grandes étapes du mouvement contre la vie chère, de la guerre au Moyen-Orient à la conférence sociale du 9 novembre. La succession des dates n’établit pas de lien de cause à effet.

Sources :

ministère de l’Intérieur, AFP, LCP, Public Sénat, Élysée, France 3, franceinfo, Sortiraparis, Sud Radio, Moneyvox ; détail dans le tableau.

Limites :

chiffres de participation du ministère de l’Intérieur et des organisateurs ; le bilan d’interpellations du 5 novembre est provisoire (18 heures).

Contexte et explications

01 Ce qui a changé depuis le 1er novembre

La foule est revenue, un jeudi. Après trois samedis en recul, la grève a réuni 575 000 manifestants selon l’Intérieur, 80 % de plus que le 31 octobre et un peu plus que le 17. La CGT en annonce 1,6 million. Les deux décomptes en font la plus forte journée de l’automne.

Un rendez-vous sur les salaires, pas encore de décision. Le soir du 5, Matignon a convoqué une « conférence sociale » pour le lundi 9 novembre, afin d’« apporter des réponses aux questions de pouvoir d’achat et de salaires ». Les ministres de l’Économie et du Travail se disent ouverts à une hausse du salaire minimum, le Smic ; rien n’est arrêté.

Les cortèges restent tenus loin des lieux sensibles, avec l’aval des juges. À Paris, le parcours a été rapproché du centre, de la République à la Nation, mais la place de la Concorde, proche de l’Assemblée et de l’Élysée, est restée interdite. À Lyon et à Toulouse, les préfets ont fermé le centre ; à Toulouse, l’intersyndicale a maintenu le parcours interdit et son cortège a été bloqué puis dispersé.

Le gazole baisse. Le prix moyen est tombé à 2,23 euros le litre le 5 novembre au soir, contre 2,37 euros le 31 octobre, soit 14 centimes de moins, à mesure que l’État vend ses réserves aux distributeurs.

Le budget 2027 est rejeté. Le 4 novembre, l’Assemblée a rejeté à l’unanimité le projet de loi de finances, qui part au Sénat dans sa version initiale. Les postes d’enseignants promis aux lycéens n’ont jamais été votés par les députés ; la réduction d’impôt pour reconstruire la mairie de Limoges est tombée.

Le ministre de l’Intérieur assume l’échec du 17 octobre. Devant la commission d’enquête de l’Assemblée, le 3 novembre, Laurent Nuñez a parlé d’« un défaut d’anticipation qui est d’abord le mien ».

À Limoges, un suspect est libéré. Le 5 novembre, la cour d’appel a maintenu en détention provisoire l’homme de 34 ans et remis en liberté sous contrôle judiciaire celui de 66 ans, tous deux mis en examen dans l’enquête sur l’incendie de la mairie. Ils sont présumés innocents.

Une rectification de notre édition du 1er novembre. Nous écrivions que rien n’avait été annoncé sur les salaires avant le 5 novembre. C’était exact pour les décisions, mais une hausse du Smic avant janvier était déjà publiquement discutée depuis le 21 octobre (détail dans « Sources et méthode »).

02 Rappel : d’où vient le mouvement

Nos éditions du 27 octobre et du 1er novembre racontent en détail la naissance du mouvement et les trois samedis ; en voici l’essentiel.

Le grief de départ est le prix du gazole, passé de 1,65 euro le litre le 20 février, avant la guerre déclenchée fin février par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, à 2,38 euros à la mi-septembre. L’inflation atteignait 3,4 % sur un an en octobre, selon la première estimation de l’Insee. Un appel lancé sur TikTok, sans syndicat ni parti, a donné la première journée, le samedi 17 octobre. Il a rejoint un mouvement lycéen né en septembre sur des revendications scolaires. Une « coordination des gilets jaunes » a ensuite appelé aux samedis suivants, qu’elle numérote comme des « actes » : le 17 octobre est l’acte I, le 31 l’acte III.

Le 17 octobre, des cortèges surtout pacifiques ont été suivis d’émeutes et de pillages d’une ampleur rare : mairie de Limoges incendiée, 2 628 interpellations, 1 144 policiers et gendarmes blessés selon le décompte mis à jour par l’Intérieur le 1er novembre (997 au premier bilan). Les samedis suivants ont réuni moins de monde (410 000 puis 320 000 manifestants selon l’Intérieur), sous un dispositif policier de plus en plus lourd et des cortèges repoussés loin des centres-villes. Le gouvernement a répondu aux lycéens par des annonces chiffrées et aux automobilistes par la vente des stocks de gazole ; sur les salaires, il n’avait rien décidé.

03 Combien étaient-ils, et pourquoi plus nombreux ?

Une hausse nette dans les deux décomptes

Selon le ministère de l’Intérieur, 575 000 personnes ont manifesté le 5 novembre dans 193 cortèges, dont 65 000 à Paris. C’est 80 % de plus que le samedi 31 octobre (320 000) et 4,5 % de plus que le 17 octobre (550 000). La CGT annonce « près de 1,6 million » de manifestants, dont 350 000 à Paris.

IndicateurSam. 17 octobreSam. 24 octobreSam. 31 octobreJeu. 5 novembre
Manifestants selon l’Intérieur550 000410 000320 000575 000
dont Paris (autorités)110 000110 00070 00065 000
Manifestants selon les organisateurs800 000 (CGT)800 000 (CGT)près de 500 000 (organisations de jeunesse)1,6 million (CGT), dont 350 000 à Paris
Policiers et gendarmes engagés60 00070 00070 00070 000
Manifestants par agent (Intérieur)9,25,94,68,2

Sources : ministère de l’Intérieur (communiqué du 1er novembre) pour les samedis ; pour le 5 novembre, chiffres de l’Intérieur et de la CGT et effectif de 70 000 agents rapportés par l’AFP. Le ratio de manifestants par agent est un calcul de Facta.

Le 5 novembre, la plus forte journée de l’automne

Nombre de manifestants lors des quatre journées, selon l’Intérieur et selon les organisateursSam. 17 oct. : 550 000 selon l’Intérieur, 800 000 selon les organisateurs (CGT) ; Sam. 24 oct. : 410 000 selon l’Intérieur, 800 000 selon les organisateurs (CGT) ; Sam. 31 oct. : 320 000 selon l’Intérieur, 500 000 selon les organisateurs (organisations de jeunesse) ; Jeu. 5 nov. : 575 000 selon l’Intérieur, 1 600 000 selon les organisateurs (CGT).00,4 M0,8 M1,2 M1,6 M550 000800 000Sam. 17 oct.410 000800 000Sam. 24 oct.320 000500 000Sam. 31 oct.575 0001,6 MJeu. 5 nov.Ministère de l’IntérieurCGTOrganisations de jeunesse (31 oct.)
Légende :

Nombre de manifestants selon le ministère de l’Intérieur et selon les organisateurs. Le 31 octobre, le chiffre des organisateurs vient des organisations de jeunesse, et non de la CGT. Aucun comptage indépendant n’a été publié.

Sources :

ministère de l’Intérieur ; CGT et organisations de jeunesse, rapportées par l’AFP.

Limites :

trois samedis et un jeudi de grève ; les décomptes n’ont pas les mêmes auteurs d’une journée à l’autre côté organisateurs.

L’écart entre les deux décomptes n’a jamais été aussi grand. La CGT annonce 2,8 fois le chiffre de l’Intérieur, contre 1,5 fois le 17 octobre et 2 fois le 24. À Paris, l’écart va de 65 000 à 350 000, plus de cinq fois. Aucun comptage indépendant n’a été publié. La hausse est en revanche certaine : les deux sources la constatent, et les autorités comptaient dans plusieurs villes bien plus de monde qu’au 31. À Lyon, la préfecture a compté 30 500 manifestants, contre 19 000 le 31 ; l’intersyndicale en annonçait 55 000.

L’encadrement s’est desserré. Avec le même effectif de 70 000 policiers et gendarmes que les samedis, il y avait 8,2 manifestants par agent le 5, contre 4,6 le 31 octobre.

À Paris, selon les autorités, pas de hausse. Leur chiffre parisien (65 000) est légèrement inférieur à celui du 31 octobre (70 000), et très en dessous des 110 000 des deux premiers samedis. Une note du renseignement territorial, révélée par RTL et citée par Sortiraparis, prévoyait 40 000 à 80 000 manifestants à Paris et 500 000 à 700 000 ailleurs. Hors de Paris (510 000 manifestants), la journée a donc atteint le bas de la fourchette attendue ; à Paris, son milieu.

Une grève inégale selon les secteurs

  • Enseignement : 15,81 % de grévistes selon le ministère de l’Éducation nationale (19,14 % dans les écoles, 13,53 % dans les collèges et lycées) ; le Snes-FSU, premier syndicat du second degré, en compte 52 % dans les collèges et lycées.
  • Fonction publique : 9,89 % de grévistes dans la fonction publique d’État à la mi-journée, 4,60 % dans la territoriale, 3,93 % à l’hôpital, selon le ministère de l’Action et des Comptes publics.
  • Transports : « plus d’un cheminot sur trois en grève » à la SNCF selon la CGT-Cheminots, un TGV sur dix supprimé ; le métro parisien a roulé normalement, celui de Lyon pas du tout.
  • Lycées et universités : Matignon a compté 81 lycées bloqués sur 3 700 à 10 heures, soit 2,2 % ; le Snes-FSU et l’USL parlent d’environ un millier de lycées « bloqués ou fermés ». Le premier chiffre compte les blocages à une heure donnée, le second y ajoute les établissements fermés par la direction. Dans le supérieur, le ministère compte 60 établissements « perturbés » sur 184, l’Union étudiante 90 % des universités « mobilisées ».
  • Entreprises privées : aucun taux de grève n’a été publié.

Les taux de grève en font une forte journée de manifestation plus qu’une grève générale. La CGT appelait à étendre la grève « à partir du 5 novembre », mais aucune date nouvelle n’était fixée à la clôture.

Pourquoi plus de monde que les samedis

Le 5 novembre ne se compare pas tout à fait aux samedis. C’était un jour de grève, appelé par les cinq syndicats de l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, Unsa, FSU) et, selon L’Échiquier social cité par Sortiraparis, par « toutes les organisations syndicales » ; l’AFP écrit « la totalité des syndicats ». Après le 17 octobre, les samedis étaient lancés par la coordination des gilets jaunes et relayés surtout par la CGT, FO, la FSU, Solidaires et les organisations de jeunesse, sans la CFDT. Le 5, la revendication centrale n’était plus le gazole mais les salaires, les pensions et les services publics.

L’édition du 1er novembre avançait une hypothèse : une « mobilisation qui se déplace », de manifestants qui délaisseraient les samedis pour la grève du 5. La journée du 5 est compatible avec elle, mais ne la démontre pas : une foule plus grande un jour de grève peut s’expliquer par le seul appel de tous les syndicats. Deux jours plus tôt, la « journée noire » lycéenne du mardi 3 novembre était faible : 48 lycées bloqués selon le ministère, 500 selon les syndicats, et franceinfo y constatait un essoufflement ; une représentante des manifestants l’attribuait à la grève du jeudi. Le vrai test viendra le samedi 7 novembre : si les samedis se vident encore, l’hypothèse d’un report vers la grève gagnera en poids.

Un soutien majoritaire qui s’effrite

Selon un sondage Elabe pour BFMTV publié le 4 novembre, 57 % des Français soutenaient la mobilisation ou éprouvaient de la sympathie pour elle (2 points de moins en une semaine), 28 % s’y opposaient. 88 % jugeaient légitimes les revendications sur le pouvoir d’achat, 5 points de moins en deux semaines.

04 Le droit de manifester : parcours et assignations

Depuis le 26 octobre, l’exécutif veut tenir les cortèges hors des centres-villes. Ce n’est pas une règle unique : les autorités l’ont appliquée ville par ville, avec des motifs différents, et les juges l’ont validée chaque fois.

Date et lieuParcours refuséParcours imposéMotif invoqué
26 octobre, Élysée—« En dehors des centres-villes »Protéger les commerces pillés le 17
31 octobre, ParisBastille-NationBoulevards des Maréchaux, de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton« Risques de violences »
5 novembre, ParisBastille-ConcordeRépublique-Nation, par le boulevard VoltaireProximité des « centres de pouvoir »
5 novembre, LyonArrivée place BellecourManufacture des Tabacs-place Jean-MacéViolences et dégradations du 17 dans la presqu’île commerçante
5 novembre, ToulouseSaint-Cyprien-allées Jean-JaurèsBoucle au départ des ArènesProtection de l’hypercentre

Sources : édition du 1er novembre ; Sortiraparis ; Lyon Mag ; France 3 Occitanie ; Petite République.

Paris : plus central, mais pas jusqu’au pouvoir

L’intersyndicale avait déclaré un trajet de la Bastille à la Concorde, près de l’Assemblée nationale, de l’Élysée et de Matignon. Le 4 novembre, la préfecture de police l’a refusé en invoquant les « centres de pouvoir », selon Sortiraparis, et a imposé le parcours République-Nation. Le soir même, le tribunal administratif a rejeté le recours des syndicats, jugeant la mesure ni « inadaptée » ni « disproportionnée », selon Europe 1 cité par Sortiraparis.

Ce parcours est plus central que celui du 31 octobre, qui longeait la limite de la ville. Selon l’AFP, c’était « la première manifestation syndicale dans le centre de Paris, et non en périphérie », depuis le 17 octobre. Le motif a donc changé : à Paris, il ne s’agissait plus d’écarter les commerces, mais les lieux du pouvoir.

Lyon et Toulouse : les centres commerçants fermés

À Lyon, la préfecture du Rhône a refusé l’arrivée place Bellecour, au cœur de la presqu’île, « compte tenu des violences et des dégradations extrêmement importantes du 17 octobre ». L’intersyndicale du Rhône y a vu « une attaque supplémentaire faite à la liberté de manifester ». Le tribunal administratif a rejeté son recours le 4 novembre. Le défilé a suivi le même parcours que le 31 octobre ; les ponts vers la presqu’île étaient barrés (Lyon Mag).

À Toulouse, la préfecture de la Haute-Garonne a interdit le parcours déclaré, qui finissait en plein centre, et imposé une boucle au départ des Arènes. Le tribunal administratif l’a validée le 4 novembre : selon l’AFP, le juge estime qu’elle « permet de préserver tant la liberté de manifester sur un parcours sécurisé que la visibilité des revendications ».

Toulouse : un cortège sur un parcours interdit

L’intersyndicale toulousaine a maintenu son départ de Saint-Cyprien malgré l’ordonnance. Son cortège n’était donc pas autorisé sur ce trajet. Selon France 3 Occitanie, des CRS et des blindés de la gendarmerie ont bloqué le pont vers le centre et appelé à la dispersion ; vers 15 h 30, après des jets de projectiles par des personnes cagoulées, ils ont chargé à trois reprises, avec gaz lacrymogène et grenades de désencerclement, pendant qu’un cordon de militants de la CGT restait face à eux. La préfecture a compté 21 800 manifestants à Toulouse au plus fort de la journée, sans dire combien suivaient le parcours interdit ; le cortège a été repoussé vers les Arènes puis dispersé vers 18 heures.

Deux lectures se font face. Pour l’intersyndicale, la règle a conduit à disperser un cortège syndical déclaré et encadré. Pour les autorités, le juge avait tranché, le cortège s’est placé hors du droit, et les charges ont suivi des violences. Les faits rapportés donnent appui aux deux : le cortège était bien hors autorisation, et les charges ont bien suivi des jets de projectiles ; mais ceux-ci venaient d’un petit nombre de personnes cagoulées, dans une foule de plusieurs milliers.

En amont, des assignations antiterroristes contestées

Selon des avocats cités par franceinfo, au moins une soixantaine de militants avaient été assignés à résidence pour le week-end du 31 octobre. Ces assignations reposaient sur les « mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance » (Micas), créées par la loi antiterroriste de 2017 pour prévenir le terrorisme. Les personnes visées, militants écologistes, antifascistes ou propalestiniens, ont pour la plupart un casier judiciaire vierge, selon l’une de leurs avocates. La loi prévoit une notification préalable, sauf urgence ; certaines arrivaient la veille au soir, trop tard pour un recours utile.

Devant la commission d’enquête, Laurent Nuñez a confirmé « une vingtaine d’interdictions de paraître », qui défendent à une personne de se rendre dans un lieu donné, pour le 24 octobre et des Micas « motivées par le risque insurrectionnel » pour le 31, sans en donner le nombre. La Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France dénoncent une « bascule autoritaire » et ont saisi le Conseil d’État, qui ne s’était pas prononcé à la clôture.

Ces restrictions ont l’appui d’une majorité de l’opinion : selon le sondage Elabe du 4 novembre, 68 % des Français approuvent l’interdiction de manifester dans les centres-villes et les secteurs commerçants, 31 % y voient une atteinte à la liberté de manifester.

05 Une journée calme dans l’ensemble, violente par endroits

La plupart des cortèges ont défilé sans heurts, selon le ministère de l’Intérieur lui-même. Rapportées au nombre de manifestants et à heure égale, les interpellations ont été du même ordre que le 31 octobre. La journée a connu des affrontements durs à Lyon, l’attaque d’un lycée près de Toulouse et un policier grièvement blessé à Marseille.

Le bilan national, encore provisoire

À 18 heures, l’Intérieur comptait 448 interpellations, 53 policiers et gendarmes blessés et 86 interventions pour des incendies. Le ministère précisait que ce bilan était « provisoire » et serait « consolidé ». Il ne couvre pas les heurts de la soirée : projectiles place de la Nation à Paris, « cortège sauvage » à la Guillotière à Lyon vers 18 heures, tentative de blocage du périphérique toulousain par « une poignée d’individus » vers 18 h 20, selon la préfecture.

Le ministère décrivait des cortèges « globalement bien déroulés », mais aussi, à Rennes, Marseille, Nantes, Lyon, Bordeaux et Strasbourg, des « groupes à risque, composés à chaque fois de plusieurs centaines de militants radicaux et d’ultra-gauche ». Selon lui, ces groupes ont tenté de « faire dégénérer les cortèges » ou d’entrer dans les centres-villes protégés. Le profil des personnes interpellées n’a pas été publié.

BilanSam. 17 octobreSam. 24 octobreSam. 31 octobreJeu. 5 novembre
Interpellations à 18 hnon connunon connu296448
Interpellations, bilan consolidé2 6281 435779 (journée et nuit)à venir
Policiers et gendarmes blessés1 144 (mis à jour le 1er nov.)267116 à 21 h, puis 43 dans la nuit53 (à 18 h)
Commerces dégradés2 500 selon les chambres de commerce69, dont 24 pillés36, dont 3 pillésnon publié

Sources : ministère de l’Intérieur (communiqué du 1er novembre ; bilans à 18 h des 31 octobre et 5 novembre rapportés par CNEWS et l’AFP) ; CCI France pour le 17 octobre.

À 18 heures, l’Intérieur comptait 296 interpellations le 31 octobre pour 320 000 manifestants, soit 0,9 pour 1 000, et 448 le 5 novembre pour 575 000, soit 0,8 pour 1 000. Les deux taux sont proches. La différence tient surtout à la suite : le 31, la soirée d’Halloween a porté le total de 296 à 779 interpellations, soit 483 de plus ; le bilan consolidé du 5 n’était pas publié à la clôture. Les blessés parmi les forces de l’ordre ne se comparent pas encore : 53 à 18 heures le 5, contre 116 à 21 heures le 31.

Lyon : affrontements en tête de cortège

C’est à Lyon que la journée a été la plus violente. Selon la préfecture, un « groupe à risque » d’« au moins 500 personnes », vêtues de noir et le visage dissimulé, s’est placé en tête du cortège dès le départ, à 10 h 30. Mortiers d’artifice, projectiles, barricades et une voiture de particulier incendiée ont suivi. La police a répliqué par des charges, du gaz lacrymogène et un canon à eau.

Lyon Mag a constaté que de jeunes manifestants, « parfois pris en étau entre les CRS et les casseurs », recevaient avenue Berthelot des « coups de matraque et de pieds ». Un photographe de l’AFP qui portait son brassard de presse a reçu cinq coups de matraque, selon l’agence. La préfecture affirme que « certains recours à des moyens de force » ont eu lieu « en situation de légitime défense ».

À 17 h 25, la préfecture du Rhône comptait 40 blessés, dont 34 policiers et gendarmes et 6 manifestants, 24 interpellations et cinq commerces dégradés.

Ailleurs : un lycée attaqué, un CRS grièvement blessé

  • Tournefeuille (Haute-Garonne) : vers 8 heures, selon la préfecture, « une trentaine d’individus particulièrement violents, équipés et préparés » ont envahi le lycée Françoise et mis le feu au local de la vie scolaire. Les pompiers ont été visés par des tirs de mortier. Personne n’a été blessé ; deux personnes ont été interpellées. Rien ne relie à ce stade ces faits aux organisateurs de la manifestation toulousaine.
  • Marseille : dix policiers ont été blessés, dont un CRS grièvement touché au thorax par un projectile, selon la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui comptait aussi vingt interpellations ; l’heure de ce bilan n’est pas précisée.
  • Nantes et Rennes : jets de pavés et affrontements en marge des cortèges (Intérieur ; CNEWS).
  • Paris : un cortège d’abord « extrêmement calme », puis des charges boulevard Voltaire après des dégradations par « des individus cagoulés » selon la préfecture de police, et des projectiles place de la Nation en début de soirée.

Pour le cocktail Molotov qui a atteint un gendarme à Paris le 31 octobre, le parquet a ouvert le 1er novembre une enquête pour « tentative d’homicide sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Personne n’avait été interpellé pour ces faits à cette date.

06 Les salaires : ce que le gouvernement peut décider, et qui paierait

À la clôture, le gouvernement n’a pris aucune décision sur les salaires. Il a fixé un rendez-vous, la conférence sociale du lundi 9 novembre.

Une conférence sociale le 9 novembre

Le communiqué de Matignon, publié en fin d’après-midi le 5, annonce une « conférence sociale » réunissant « les organisations représentatives des salariés et des employeurs ». Elle doit « permettre d’apporter des réponses aux questions de pouvoir d’achat et de salaires ». Sébastien Lecornu a demandé à Jean-Pierre Farandou de « finaliser d’ici dimanche les concertations qu’il mène depuis plusieurs jours ». David Amiel « poursuit ses échanges » avec les représentants des fonctionnaires.

Ce que demandent les syndicats

  • La CFDT, premier syndicat français, demande 100 euros net de plus par mois sur le Smic, soit environ 125 euros brut (calcul de Facta, selon l’écart habituel entre brut et net au niveau du Smic), et une révision des grilles de salaires des branches professionnelles.
  • La CGT demande 10 % de hausse du Smic, soit environ 187 euros brut par mois, et l’indexation de tous les salaires sur les prix.
  • L’Unsa rappelle que « 862 000 agents publics » sont payés au niveau du Smic (Sud Radio).
  • Toutes réclament la hausse du point d’indice, la valeur de base qui sert à calculer le traitement des fonctionnaires, ainsi que celle des pensions et des prestations sociales.

Le soir du 5, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, résumait : « La question qui est posée aujourd’hui, c’est pas “est-ce qu’on va gagner” » mais « “combien va-t-on gagner ?” ». Marylise Léon, pour la CFDT, attendait « un véritable geste significatif ».

Ce que le gouvernement peut faire seul

Le Smic s’élève à 12,31 euros brut de l’heure, soit 1 867,02 euros brut par mois pour 35 heures. Sa hausse ne passe pas par le Parlement : elle se décide par décret. Trois mécanismes existent (LCP) :

  • chaque 1er janvier, une revalorisation automatique, qui suit les prix payés par les 20 % de ménages les plus modestes ; s’y ajoute la moitié de ce que les salaires des ouvriers et employés ont gagné, en moyenne, au-delà de l’inflation ;
  • en cours d’année, une hausse automatique dès que ces prix ont augmenté de 2 % depuis la dernière revalorisation : c’est ce qui s’est passé le 1er juin 2026. Facta n’a trouvé aucun calcul officiel indiquant si ce seuil est près d’être atteint ;
  • à tout moment, un « coup de pouce » librement fixé par le gouvernement. Il n’y en a pas eu depuis 2012.

Le 4 novembre, Roland Lescure a dit que « les deux sujets sont sur la table » : avancer avant janvier la revalorisation prévue, et aller au-delà de l’inflation. Jean-Pierre Farandou a répété le 3 novembre que la hausse n’était « pas tabou », tout en mettant en garde contre ses effets sur « l’emploi ». Le patronat s’y oppose : le 23 octobre, le Medef estimait qu’une hausse exceptionnelle avant le 1er janvier risquait de « créer la pagaille dans les entreprises » (Moneyvox).

Qui paierait une hausse

Une hausse du Smic se paie à trois endroits.

  • Les employeurs versent le salaire. C’est le fond de l’opposition du Medef et de la mise en garde du ministre du Travail sur l’emploi.
  • Les comptes sociaux, par les allègements de cotisations. Sur les bas salaires, l’État réduit les cotisations patronales, d’autant plus que le salaire est proche du Smic. Ces « allègements généraux » coûtent « 75 milliards d’euros », selon Jean-Pierre Farandou, qui y voit une « trappe à Smic » : comme l’allègement diminue quand le salaire monte, les employeurs sont peu incités à payer au-dessus du minimum (AFP via Moneyvox, 7 octobre). Comme ils sont calculés en proportion du Smic, une hausse du Smic en augmente le coût, à la charge de la Sécurité sociale, dont le budget a été rejeté par l’Assemblée le 23 octobre.
  • L’État et les collectivités comme employeurs, puisque 862 000 agents publics sont payés au Smic selon l’Unsa.

Aucun chiffrage officiel du coût d’un point de coup de pouce n’a été publié à la clôture.

Le chef de l’État a mis l’accent ailleurs. Le 28 octobre, sur la chaîne YouTube HugoDécrypte, Emmanuel Macron a appelé à relancer les négociations dans les branches professionnelles, les secteurs qui négocient une convention collective, dont les grilles de salaires commencent sous le Smic, sans répondre sur un coup de pouce. Selon un calcul de la CGT, 122 branches sur 200 étaient dans ce cas à la mi-octobre. Les salariés y touchent bien le Smic, mais les premiers échelons se confondent : un salarié qualifié peut y gagner autant qu’un débutant. C’est l’autre face de la « trappe à Smic ».

07 Le gazole : la baisse est arrivée

La baisse promise par l’État s’est produite : environ 14 centimes par litre en cinq jours, dans la fourchette de 12 à 18 centimes annoncée par le gouvernement le 7 octobre. Le litre reste toutefois 35 % plus cher qu’avant la guerre.

Depuis le 1er novembre, l’État vend aux distributeurs une partie de ses réserves de sécurité, achetées avant la flambée, à charge pour eux de répercuter l’écart à la pompe.

DatePrix moyen du gazoleSource
20 février 2026, avant la guerre1,65 €DGEC
18 septembre2,38 €DGEC
31 octobre2,37 €AFP ; prix-carburant.eu (2,370 €)
4 novembre au matin2,25 €AFP (8 902 stations)
5 novembre au soir2,23 € (2,226 €)prix-carburant.eu

L’AFP et prix-carburant.eu, qui agrège les prix déclarés par les stations, donnent le même prix pour le 31 octobre. Les écarts sont des calculs de Facta.

La baisse s’est faite en deux temps : 12 centimes le 4 au matin, 14 le 5 au soir, soit 6 % de moins qu’au 31 octobre. Selon Roland Lescure, 6 600 stations sur 10 000 avaient baissé leurs prix le 4 novembre, de 15 centimes en moyenne, et 3 000 de plus de 20 centimes. Le ministre a chiffré l’économie à « 9 euros » sur un plein de 45 litres. Ce montant correspond à une baisse de 20 centimes, celle des stations les plus en avance ; à la baisse moyenne constatée, l’économie est d’environ 6,50 euros.

Le décret du 23 octobre fixe deux dates. L’État vend ses stocks jusqu’au 31 janvier 2027. Les distributeurs ont jusqu’au 31 mars pour répercuter entièrement la baisse sur les volumes achetés, un délai utile aux petites stations, approvisionnées plus tard selon Roland Lescure. Rien n’est annoncé pour l’après.

08 Le budget rejeté : pourquoi, et ce qu’il advient des promesses

Le mercredi 4 novembre, les députés ont rejeté à l’unanimité, par 458 voix, la partie « recettes » du projet de loi de finances pour 2027. Ce vote entraîne le rejet de tout le texte par l’Assemblée. Le budget de la Sécurité sociale avait connu le même sort le 23 octobre. Les deux projets partent au Sénat dans leur version initiale, « sans les amendements votés par les députés » (LCP).

Une unanimité de raisons opposées

Le texte avait été profondément réécrit par une Assemblée sans majorité. Selon LCP, la plupart des groupes l’ont jugé « indigeste », « sans cohérence » ou plein de « contradictions », mais pour des raisons contraires. La gauche dénonçait une alliance du « bloc central », les groupes qui soutiennent le gouvernement, et du Rassemblement national contre ses propositions fiscales. Le groupe Droite républicaine (LR) estimait que le texte n’apportait « ni les garanties budgétaires, ni les perspectives » nécessaires. Le Rassemblement national accusait le gouvernement de garder seul « la plume ». Selon le ministre David Amiel, le texte amendé aurait creusé le déficit de l’État de 20,7 milliards d’euros, un chiffrage contesté par la gauche.

Les promesses faites au mouvement

  • Pour les lycéens, le gouvernement avait annoncé le 26 octobre l’annulation de 836 suppressions de postes dans les collèges et lycées et la création de 500 postes de professeurs, par amendement au budget. Deux commissions de l’Assemblée avaient voté le retour de l’ensemble des 1 588 postes supprimés. Mais ces crédits figurent dans la seconde partie du budget, que les députés n’ont jamais examinée en séance : aucun de ces amendements n’a été voté par l’Assemblée (NosParlementaires). Tout dépend désormais du Sénat, qui repart du texte du gouvernement, puis de la suite de la procédure.
  • Pour Limoges, la réduction d’impôt de 75 % pour les dons à la reconstruction de la mairie, adoptée par les députés le 30 octobre, ne figure plus dans le texte transmis.
  • Pour les automobilistes, la « règle d’or », qui devait reverser en aides tout surplus de taxes sur les carburants, devait passer par un amendement ; elle n’a pas été adoptée.

Le gouvernement garde plusieurs voies pour obtenir un budget : un compromis avec le Sénat, l’article 49.3 de la Constitution, qui fait adopter un texte sans vote mais expose à la censure, des ordonnances si le Parlement n’a pas statué à l’expiration du délai fixé par la Constitution, le 17 décembre, ce qui serait une première, ou une loi spéciale qui prolongerait le budget 2026 (LCP). Le rejet ne touche pas directement le Smic, qui se décide par décret ; il réduit en revanche la marge de l’exécutif pour toute dépense nouvelle, comme le point d’indice des fonctionnaires.

09 Justice et commission d’enquête

Laurent Nuñez : « un échec », d’abord le sien

La commission d’enquête de l’Assemblée sur les violences du 17 octobre, présidée par Vincent Caure (Ensemble pour la République), a entendu le ministre de l’Intérieur le mardi 3 novembre. « Le bilan de la journée du 17 octobre est un échec », a déclaré Laurent Nuñez, qui avait proposé sa démission le lendemain des émeutes, sans qu’Emmanuel Macron l’accepte. Il a parlé d’« un défaut d’anticipation qui est d’abord le mien » (LCP).

Selon lui, le renseignement territorial avait signalé dès le 15 octobre le « potentiel insurrectionnel » de la mobilisation, l’intention de « la mouvance d’ultra gauche » de la transformer en émeute et un risque de pillages par de « jeunes délinquants ». Ce qui n’a pas été anticipé, c’est la simultanéité : heurts avec des « black blocs » place de la République, « cortèges sauvages » vers les lieux de pouvoir, pillages d’opportunité. Un dispositif plus nombreux « n’aurait sans doute pas permis à lui seul d’empêcher les incidents », a-t-il ajouté.

L’aveu confirme ce que nos éditions précédentes décrivaient : le 17 octobre, l’État a mal estimé ce qui l’attendait. Il laisse ouverte une question : comment une note du 15 octobre jugée si alarmante a-t-elle pu déboucher sur un dispositif insuffisant deux jours plus tard ?

Devant la même commission, le ministre a aussi confirmé les assignations à résidence de militants (chapitre 04).

Le lendemain, la commission a entendu des représentants de commerçants de Lyon, Paris, Bordeaux et Marseille. Tous ont décrit des heures sans policiers le 17 octobre. Une représentante des commerçants du centre de Lyon a déclaré : « Nous avons été livrés aux pilleurs et aux casseurs, sans aucun rempart, sans aucun secours. » Ils jugent les aides insuffisantes : un report de charges ou un prêt se remboursent, et peu sont assurés pour la perte d’exploitation (LCP). Le montant du fonds d’aide de l’État n’a toujours pas été communiqué.

Limoges : un suspect libéré, l’autre maintenu en détention

Deux hommes sont mis en examen depuis le 23 octobre dans l’enquête sur l’incendie de la mairie de Limoges. Le 5 novembre, la chambre de l’instruction de la cour d’appel, qui juge en appel les décisions prises pendant l’enquête, a statué sur leur détention (France 3 Nouvelle-Aquitaine ; AFP via Sud Radio).

  • L’homme de 34 ans, mis en examen notamment pour « destruction en bande organisée » et « tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique », reste en détention provisoire. Le parquet le présente comme le « meneur le plus actif » des émeutiers ; son avocat juge le dossier « assez vide ». La cour a retenu « des indices graves et concordants ».
  • L’homme de 66 ans, mis en examen pour « destruction en bande organisée » et « association de malfaiteurs », est remis en liberté sous contrôle judiciaire, avec interdiction de manifester en France. Il se dit victime d’un « affreux concours de circonstances ». Le parquet avait requis son maintien en détention.

Les deux hommes sont présumés innocents.

10 Ce qui est acquis, ce qui reste un pronostic

Ce qui est établi

  • Un rendez-vous : la conférence sociale du lundi 9 novembre, avec un objectif écrit, « apporter des réponses » sur les salaires.
  • Deux ministres ouverts à une hausse du Smic avant janvier, et l’un d’eux, Roland Lescure, à une hausse au-delà de l’inflation.
  • Un outil disponible : le décret, qui ne demande pas de vote au Parlement.
  • Des oppositions déclarées : le Medef, et la mise en garde du ministre du Travail sur l’emploi.

Ce qui reste un pronostic

Qu’un geste sur le Smic soit annoncé le 9 est plausible, mais rien ne l’assure, et sa taille est inconnue. L’écart entre les options est grand : une revalorisation simplement avancée de quelques semaines rapporterait quelques euros par mois ; la CFDT demande 100 euros net, environ 125 euros brut, et la CGT environ 187 euros brut.

OptionQui la porteCe qu’elle changeraitObstacles connus
Avancer la revalorisation prévue au 1er janvierGouvernement (Lescure)Une hausse modeste, versée plus tôtJugée insuffisante par les syndicats
Coup de pouce au-delà de l’inflationÉvoqué par Lescure ; demandé par les syndicatsUne vraie hausse ; aucune depuis 2012Opposition du Medef ; emploi selon Farandou ; coût des allègements pour la Sécurité sociale ; coût pour l’État employeur
Renégocier les grilles des branches sous le SmicEmmanuel MacronRedonne de l’écart entre les échelons, sans hausse du SmicDépend des branches et du patronat ; effets lents
Hausse du point d’indice des fonctionnairesSyndicats ; discussions avec David AmielTouche tous les fonctionnairesBudget 2027 rejeté, dépense immédiate

Sources : LCP ; AFP ; Moneyvox ; Sud Radio.

Pourquoi un rendez-vous maintenant

LectureQui la formuleCe qui l’appuieCe qui la fragilise
La rue a fait bouger le gouvernementSyndicats (Binet : « plus vous attendez, plus la facture s’élèvera »)Conférence annoncée le soir de la plus forte journée de l’automneDes concertations étaient en cours depuis le 21 octobre
Un calendrier de concertation suivi depuis octobreGouvernement (Farandou : « premier tour », puis « deuxième »)Rencontres depuis le 21 octobre ; Farandou visait dès le 29 une convergence « autour du 5 novembre »Aucune mesure en trois semaines, malgré trois samedis de manifestations
Un geste rendu nécessaire par le budget (hypothèse de Facta)—Budget rejeté à l’unanimité ; un 49.3 suppose d’éviter la censure, donc des concessionsAucun responsable n’a lié les deux sujets ; le Smic ne passe pas par le budget

Les deux premières lectures se recoupent plus qu’elles ne s’opposent. La date du 5 novembre était connue depuis le 21 octobre au plus tard : en calant ses concertations sur elle, le gouvernement suivait déjà le calendrier fixé par les syndicats. Ce que le 9 novembre apportera dira si ce calendrier débouche sur une mesure.

Les hypothèses du 1er novembre à l’épreuve

  • « Une mobilisation qui se déplace », des samedis vers la grève : compatible avec le 5, non démontrée (chapitre 03). Le samedi 7 sera le test.
  • « La dissuasion touche aussi les pacifiques », c’est-à-dire que les cortèges repoussés en périphérie et le dispositif policier décourageraient aussi les manifestants paisibles : ni confirmée ni infirmée. À Paris, un parcours plus central n’a pas attiré davantage de monde selon les autorités (65 000 contre 70 000), mais la foule du 5 n’était pas celle des samedis.

La suite du calendrier

  • Samedi 7 novembre : quatrième samedi, ou « acte IV », de la coordination des gilets jaunes, avec un rassemblement demandé place de la Concorde à Paris, non autorisé à la clôture ; l’Unef appelle aussi à manifester.
  • Lundi 9 novembre : conférence sociale à Matignon.
  • 20, 21 et 22 novembre : manifestations coordonnées contre la vie chère dans sept pays européens (Belgique, Royaume-Uni, Espagne, France, Grèce, Italie, Portugal), à l’appel de syndicats, dont la CGT et Solidaires, et d’associations pour le logement (AFP).
  • 17 décembre : fin du délai constitutionnel d’examen du budget 2027 ; d’ici là, vote du Sénat, puis choix du gouvernement.

11 Bilan de l’enquête

La grève du 5 novembre a été la plus forte journée du mouvement contre la vie chère : 575 000 manifestants selon l’Intérieur, 1,6 million selon la CGT. Après trois samedis en recul, la participation est remontée, un jour de grève consacré aux salaires et appelé par tous les syndicats. Rien ne prouve encore que les manifestants des samedis se soient reportés sur la grève : le samedi 7 le dira mieux. La grève elle-même a été inégale : forte dans l’enseignement selon les syndicats, plus faible selon les ministères, limitée dans le reste de la fonction publique.

Le gouvernement a répondu le soir même par une conférence sociale fixée au 9 novembre. Deux ministres se disent ouverts à une hausse du Smic, qu’il peut décider seul par décret, sans date ni montant. Une hausse coûterait aux employeurs, à la Sécurité sociale par les allègements de cotisations, et à l’État employeur. Les syndicats demandent de 100 euros net (environ 125 euros brut) à 187 euros brut par mois ; le patronat s’y oppose.

Les cortèges ont été tenus loin des centres commerçants à Lyon et à Toulouse, et loin des lieux de pouvoir à Paris, avec l’aval des juges. À Toulouse, un cortège maintenu sur le parcours interdit a été dispersé après des jets de projectiles. Des assignations à résidence fondées sur la loi antiterroriste ont visé des militants avant le 31 octobre ; leur légalité est contestée devant le Conseil d’État.

La journée a été calme dans l’ensemble ; à 18 heures, les interpellations rapportées à la foule étaient du même ordre que le 31 octobre. Il y a eu des affrontements à Lyon, Nantes, Rennes et Marseille, où un CRS a été grièvement blessé, et un lycée a été attaqué près de Toulouse.

Le gazole a baissé comme promis, sans revenir à son niveau d’avant-guerre. Le budget 2027 a été rejeté : les postes promis aux lycées n’ont jamais été votés et la réduction d’impôt pour Limoges est tombée. Le ministre de l’Intérieur a reconnu son « défaut d’anticipation » du 17 octobre. À Limoges, la cour d’appel a maintenu en détention provisoire l’un des deux hommes mis en examen pour l’incendie de la mairie et libéré l’autre sous contrôle judiciaire ; tous deux sont présumés innocents.

Restent ouverts :

  • le contenu des annonces du 9 novembre sur le Smic et les salaires ;
  • la participation du samedi 7 novembre ;
  • le bilan consolidé du 5 novembre et le profil des personnes interpellées ;
  • la légalité des assignations à résidence ;
  • le sort du budget 2027 et des postes promis aux lycées ;
  • les suites de l’enquête sur le cocktail Molotov du 31 octobre.
Panorama médiatique

Panorama médiatique

Corpus du 1er novembre au 6 novembre 2026, 0 h 12 : dépêches de l’AFP reprises par La Gazette France, Sud Radio et CNEWS ; LCP, Public Sénat, franceinfo, France 3 Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, Lyon Mag, Sortiraparis, Sud Radio, CNEWS, Moneyvox, Petite République ; sondage Elabe pour BFMTV via Yahoo Actualités. Le Monde, Le Parisien, Libération, BFMTV et Ouest-France n’ont pas été lus directement ; les constats valent pour ce corpus.

« La plus forte mobilisation de l’automne »

Le soir du 5, tous les médias du corpus mettent en avant la comparaison avec les samedis. L’AFP et CNEWS notent que, « dans les deux cas », chiffres officiels et syndicaux, c’est la plus forte journée de l’automne. Sud Radio titre sur un « succès populaire à travers toute la France ». Aucun média du corpus ne relève que le chiffre parisien des autorités est en léger recul sur le 31 octobre, ni que l’écart entre les deux décomptes atteint un record.

La conférence sociale et le Smic

LCP et Public Sénat publient dans l’heure le communiqué de Matignon et le relient aux demandes de la CFDT et de la CGT. LCP rappelle les règles de revalorisation du Smic et l’absence de coup de pouce depuis 2012. L’AFP écrit que le gouvernement « s’est montré ouvert » à un coup de pouce. Les médias du corpus présentent la conférence comme une première réponse, sans annoncer de décision ; seul un titre de Libération, non lu, parle d’une hausse « attendue ». Aucun ne pose la question du coût pour la Sécurité sociale.

Les violences, surtout lyonnaises

Les violences de Lyon dominent les récits régionaux et les directs. Lyon Mag rapporte à la fois les violences d’un « bloc à risque » contre la police et les coups reçus par de jeunes manifestants ; l’AFP signale les coups de matraque reçus par son photographe. CNEWS met en avant le CRS grièvement blessé à Marseille. L’attribution des violences à « l’ultra-gauche » vient du ministère et est reprise entre guillemets.

Le droit de manifester

Les médias locaux suivent de près les parcours : France 3 Occitanie et Petite République pour Toulouse, Lyon Mag pour Lyon, Sortiraparis pour Paris. Franceinfo consacre une enquête aux assignations à résidence fondées sur la loi antiterroriste, avec avocats, juristes et militants. Le sondage Elabe, repris par BFMTV, montre qu’une majorité de Français soutient à la fois le mouvement (57 %) et l’interdiction des centres-villes (68 %).

La présidentielle dans le cortège

L’AFP et CNEWS racontent l’accueil hostile réservé à Raphaël Glucksmann, candidat social-démocrate à la présidentielle, place de la République, où il est resté bloqué avant de partir. CNEWS parle de 45 minutes, l’AFP de « près d’une heure ». Jean-Luc Mélenchon défilait en tête du cortège parisien.

Erreurs relevées dans le corpus

  • LCP, 5 novembre (« Pouvoir d’achat : Sébastien Lecornu réunira syndicats et patronat lundi ») : le Premier ministre « tiendra lundi 9 octobre une “conférence sociale” ». Il s’agit du lundi 9 novembre, comme l’indique le reste de l’article.
  • Sud Radio, direct du 5 novembre : le cortège parisien suivrait « un tracé qui relie la République à la Bastille ». Le parcours autorisé allait de la République à la Nation par le boulevard Voltaire.
  • Sud Radio, même direct : l’intertitre « 1000 lycées bloqués ou 2,2 % » présente comme une même mesure deux décomptes différents. 2,2 % correspond à 81 lycées bloqués selon le ministère ; le millier est un décompte syndical de lycées bloqués ou fermés. Le texte sous l’intertitre distingue les deux.

Les écarts entre décomptes de manifestants, de grévistes ou de lycées bloqués ne sont pas des erreurs : ils tiennent à des auteurs et des méthodes différents.

Sources et méthode

Sources et méthode

Démarche

Cet article de suite a été préparé dans la nuit du 5 au 6 novembre 2026. Il part de l’édition du 1er novembre, dont les faits ont été triés avant toute recherche nouvelle : stables, à revérifier, dépassés ou rectifiés. La recherche a porté sur la période du 1er au 6 novembre, 0 h 12, et sur les questions que l’édition précédente laissait ouvertes. Les sources centrales ont été conservées et lues en entier. Les variations, ratios et écarts sont des calculs de Facta.

Rectifications

  • Salaires : l’édition du 1er novembre écrivait que, sur les salaires, « rien n’a été annoncé avant la grève du 5 novembre ». C’était exact pour les décisions, mais incomplet. Selon la CFTC, une hausse du Smic avant janvier avait été évoquée à Matignon le 21 octobre ; le Medef s’y opposait le 23 ; Roland Lescure, ministre de l’Économie, la disait « en discussion » le 24 ; Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, la jugeait « pas tabou » le 29 et visait une convergence « autour du 5 novembre » (AFP, via Moneyvox ; Sortiraparis).

Compléments

Ces faits antérieurs au 1er novembre ne figuraient pas dans l’édition précédente, sans en contredire le contenu : le rejet du budget de la Sécurité sociale par l’Assemblée le 23 octobre ; l’opposition du Medef à une hausse anticipée du Smic, le 23 octobre ; l’entretien d’Emmanuel Macron avec HugoDécrypte le 28 octobre ; les assignations à résidence (Micas) prononcées avant le 31 octobre ; la mise à jour du nombre de policiers et gendarmes blessés le 17 octobre (1 144, contre 997 au premier bilan).

Limites

  • Bilan du 5 novembre provisoire : il s’arrête à 18 heures ; aucun communiqué du ministère de l’Intérieur n’était publié à la clôture. Les chiffres sont connus par l’AFP et CNEWS. Aucun total national des manifestants blessés.
  • Ordonnances non lues : celles des tribunaux administratifs de Paris, Lyon et Toulouse, connues par la presse et la préfecture de la Haute-Garonne.
  • Non trouvés : un comptage indépendant de la participation et les méthodes des comptages publiés ; un taux de grève dans le privé ; le profil des personnes interpellées ; le nombre d’assignations à résidence ; le montant du fonds pour les commerçants ; un chiffrage officiel du coût d’un coup de pouce au Smic ; un calcul officiel du seuil de revalorisation automatique ; un appel devant le Conseil d’État contre le parcours parisien du 5.
  • Non vérifiés, donc non repris : sept policiers blessés à Pau, une saisine de l’IGPN à Marseille après le 31 octobre, la cagnotte pour la mairie de Limoges (titres de presse seulement).

Références principales

Journée du 5 novembre

Salaires et budget

Maintien de l’ordre, justice, Parlement

Carburants et Europe

Éditions précédentes : « Manifestations du 31 octobre 2026 : un troisième samedi en recul, des cortèges éloignés des centres-villes, un mouvement tourné vers le 5 novembre », Facta, 1er novembre 2026. https://factamundi.com/articles/manifestations-31-octobre-2026/ ; « Manifestations des 17 et 24 octobre 2026 », Facta, 27 octobre 2026. https://factamundi.com/articles/manifestations-17-24-octobre-2026/

3 · L’avis de Facta · Interprétation

Ce qui donne à penser

Ici, Facta propose sa lecture des faits. Chaque idée dit ce qui lui paraît le plus probable, avec quel degré de certitude, et sur quels faits elle s’appuie.

Ce sont des interprétations, distinctes de l’enquête : à vous d’en juger.

1. Sans budget voté, le Smic est le seul geste que le gouvernement peut faire seul

La question. Après le rejet du budget, que peut encore promettre le gouvernement aux manifestants ?

L’avis de Facta : presque rien qui passe par le Parlement ; le décret sur le Smic est le seul levier qu’il tient sans vote. Facta en est assez sûr.

L’Assemblée nationale n’a pas de majorité : le gouvernement de Sébastien Lecornu doit négocier chaque texte, et d’abord le budget de l’État, la loi qui fixe chaque année les impôts et les dépenses. Les députés examinent d’abord les recettes, puis les dépenses. Le 4 novembre, ils ont rejeté la partie recettes à l’unanimité. Ce vote fait tomber tout le texte, avant même que la partie dépenses soit discutée en séance. Le budget part au Sénat tel que le gouvernement l’avait écrit, sans aucune des modifications ajoutées par les députés.

Or c’est par ces modifications que passaient les promesses faites au mouvement. Le 26 octobre, le gouvernement avait annoncé aux lycéens 836 postes de professeurs sauvés et 500 créés : ils devaient être ajoutés à la partie dépenses, que les députés n’ont jamais atteinte. La réduction d’impôt pour les dons à la reconstruction de la mairie de Limoges, incendiée le 17 octobre, avait été votée ; elle a disparu avec le texte. La « règle d’or » promise aux automobilistes, qui devait leur reverser tout surplus de taxes sur les carburants, n’a jamais été adoptée. Dans son article du 1er novembre, Facta jugeait que les engagements pris envers les lycéens seraient surtout tenus par le gouvernement suivant, car presque tous s’appliquent après la présidentielle du printemps 2027. Ils sont désormais plus fragiles encore : aucun texte en discussion ne les contient.

On objectera que rien n’est perdu. Le Sénat peut réintroduire ces mesures. Le gouvernement peut aussi faire adopter un budget sans vote, par l’article 49.3 de la Constitution, en y inscrivant ce qu’il veut. C’est vrai. Mais le 49.3 permet aux députés de répondre par une motion de censure, qui, si elle est votée, renverse le gouvernement ; or tous les groupes viennent de rejeter le texte. La même incertitude pèse sur la principale demande des fonctionnaires : la hausse du point d’indice, la valeur qui sert à calculer leur traitement, est une dépense nouvelle qui suppose un budget voté.

Le Smic échappe à tout cela : sa hausse se décide par un décret du gouvernement, sans vote du Parlement. La conférence sociale du 9 novembre ne répond donc pas seulement à une grande manifestation : elle porte sur le seul terrain où le gouvernement peut tenir parole tout de suite.

Ce qui ferait changer d’avis Facta : un accord rapide avec le Sénat ou avec un groupe d’opposition, qui rétablirait les postes d’enseignants et la règle d’or dans le budget avant la fin de son examen, le 17 décembre.

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2. Le 9 novembre, seul un « coup de pouce » augmenterait vraiment le salaire minimum

La question. Qu’est-ce qui, parmi les options du gouvernement, relèverait vraiment le Smic ?

L’avis de Facta : un coup de pouce, une hausse décidée au-delà des prix ; avancer la hausse automatique de janvier ne ferait que la verser plus tôt. Facta en est très sûr.

Le Smic augmente de trois façons. Chaque 1er janvier, une hausse automatique suit les prix payés par les ménages modestes. En cours d’année, une autre se déclenche si ces prix ont monté de 2 % depuis la dernière hausse. Enfin, le gouvernement peut à tout moment ajouter un « coup de pouce », d’un montant qu’il choisit ; il n’y en a pas eu depuis 2012. Le 4 novembre, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a mis « les deux sujets sur la table » : avancer la hausse de janvier, ou aller au-delà de l’inflation.

Ces deux options n’ont pas la même portée. Avancer la hausse de janvier, c’est payer en novembre ce qui aurait été payé en janvier : le salarié gagne quelques semaines de hausse, mais en janvier son salaire est le même que sans la mesure. Seul un coup de pouce le relève durablement au-dessus des prix. Matignon a fixé lui-même l’objectif de la conférence : « apporter des réponses aux questions de salaires ». À cette aune, une date avancée répondrait sur le calendrier, pas sur le niveau des salaires.

Le débat sur le prix d’un coup de pouce oppose d’ordinaire les syndicats au patronat, qui juge qu’une hausse avant janvier créerait « la pagaille dans les entreprises ». Mais les comptes publics paieraient aussi. Sur les bas salaires, l’État réduit les cotisations sociales des employeurs : la réduction est la plus forte au niveau du Smic et diminue à mesure que le salaire s’en éloigne. Ce barème se mesure en multiples du Smic. Si le Smic monte, un salarié payé un peu au-dessus s’en retrouve, à salaire inchangé, plus proche et ouvre droit à une réduction plus forte, et des salaires qui sortaient de la zone aidée y rentrent. C’est la Sécurité sociale qui porte ce manque de cotisations, et son budget a lui aussi été rejeté par l’Assemblée, le 23 octobre. Ces réductions coûtent déjà 75 milliards d’euros en tout, selon le ministre du Travail ; le surcoût d’un coup de pouce, lui, n’a fait l’objet d’aucun chiffrage officiel. L’État paierait enfin comme employeur : 862 000 agents publics sont payés au Smic, selon le syndicat Unsa.

On objectera, avec le ministre du Travail, qu’un Smic plus cher peut coûter des emplois, et, avec Emmanuel Macron, qu’il vaut mieux relancer les négociations dans les branches professionnelles, où 122 grilles de salaires sur 200 commencent sous le Smic, selon la CGT. Ces objections portent sur l’opportunité d’un coup de pouce, que Facta ne tranche pas, pas sur le mécanisme : renégocier les branches ne relève pas le Smic.

Dans son article du 1er novembre, Facta écrivait que les salaires étaient la seule grande demande des manifestants restée sans réponse. C’était vrai des décisions, pas des discussions : une hausse avant janvier se discutait au gouvernement depuis le 21 octobre, et Facta ne l’avait pas relevé.

Ce que Facta en conclut. Le 9 novembre se jugera sur un seul point : un coup de pouce chiffré, ou non. Une annonce sans montant ni date, ou une simple avance de calendrier, laisserait entière la question des grévistes, « combien ? ».

Ce qui ferait changer d’avis Facta : une hausse avancée qui s’ajouterait à celle de janvier au lieu de la remplacer ; elle relèverait alors bien le Smic, et ce serait un coup de pouce sous un autre nom.

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3. Fermer le centre de Lyon était justifié ; éloigner le cortège parisien des institutions ne l’était pas

La question. Les préfets ont-ils raison de tenir les manifestations loin des centres-villes ?

L’avis de Facta : oui quand un danger précis est établi, comme à Lyon ; à Paris, la proximité de l’Élysée et de l’Assemblée n’est pas un danger. Facta penche pour cette lecture.

Le 17 octobre, des cortèges surtout pacifiques ont été suivis d’émeutes et de pillages ; 2 500 commerces ont été dégradés selon les chambres de commerce. Le 26, Emmanuel Macron a demandé que les défilés passent « en dehors des centres-villes », pour protéger les commerces. Dans son article du 1er novembre, Facta jugeait que cette règle déplaçait surtout les cortèges syndicaux, déclarés et encadrés, alors que les groupes qui cherchent la casse ne suivent aucun parcours ; il prévoyait qu’elle pourrait devenir la règle ordinaire. C’est ce qui se dessine : la veille de la grève, les tribunaux administratifs de Paris, Lyon et Toulouse l’ont validée.

Lyon oblige Facta à corriger une partie de son analyse. La préfecture du Rhône y a refusé l’arrivée place Bellecour, au cœur de la presqu’île commerçante, « compte tenu des violences et des dégradations extrêmement importantes du 17 octobre ». Le 5, un groupe d’au moins 500 personnes vêtues de noir s’est placé en tête du cortège déclaré, selon la préfecture. Les groupes violents peuvent donc suivre un parcours syndical. Mais les ponts vers la presqu’île étaient barrés, et Lyon, où la journée a été la plus violente de France, ne compte que cinq commerces dégradés, selon la préfecture. Le motif était précis, et la journée l’a étayé.

Paris est un autre cas. L’intersyndicale voulait défiler de la Bastille à la place de la Concorde, proche de l’Assemblée nationale, de l’Élysée et de Matignon. La préfecture de police l’a refusé en invoquant la proximité de ces « centres de pouvoir ». Le motif n’est plus la protection des vitrines, mais la distance avec ceux à qui la manifestation s’adresse : une grève pour les salaires s’adresse au gouvernement, qui décide du Smic. On objectera que le 17 octobre, selon le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, des « cortèges sauvages » ont marché vers les lieux de pouvoir. Mais ces cortèges n’étaient pas déclarés ; le 5, le défilé syndical parisien a d’abord été « extrêmement calme », selon la préfecture de police elle-même. Facta applique le même critère à toute manifestation, quel qu’en soit le camp : une restriction se justifie par un danger établi, pas par la proximité des institutions.

Le critère vaut aussi pour les syndicats : une interdiction jugée mal motivée se conteste devant le juge, elle ne s’ignore pas. À Toulouse, l’intersyndicale a maintenu un parcours interdit par la préfecture, alors que le tribunal administratif venait de confirmer l’interdiction ; son cortège a été chargé après des jets de projectiles par quelques personnes cagoulées, puis dispersé, manifestants pacifiques compris.

Ce qui ferait changer d’avis Facta : la publication des motifs du juge parisien, s’ils faisaient état d’un risque de violence propre au trajet vers la Concorde, et non de la seule proximité des institutions.

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