Cybersécurité · Europe

Frigos de supermarchés piratés : après la France, une seconde vague en Europe, ce qui est établi et ce qui ne l’est pas

Faits arrêtés au mercredi 4 novembre 2026, 0 h 03 (heure de Paris)Avis de Facta du 4 novembre 2026Publié le 4 novembre 2026

  1. L’essentiel2 minLe sujet en bref
  2. L’enquête28 minLes faits, les sources, la chronologie
  3. L’avis de Facta7 minNotre interprétation, à part

1 · L’essentiel

Ce qu’il faut retenir

7 faits établis par l’enquête. Chacun renvoie aux chapitres qui l’établissent.

  1. 1 Deux fois en trois semaines, le froid de magasins européens a été déréglé à distance.

    Dans la nuit du 11 au 12 octobre, environ 700 supermarchés français ont été touchés, selon le ministre de l’Économie. Dans la nuit du 1er au 2 novembre, l’AFP cite neuf pays, dont la Belgique, la Suède, l’Irlande et l’Italie ; des cas sont aussi rapportés en Allemagne et au Royaume-Uni. Frigos et congélateurs ont été mis en dégivrage, la fonction qui les chauffe brièvement pour faire fondre la glace : ils se sont réchauffés, et des denrées ont été jetées.

    Les preuves →ch. 01Chronologie

  2. 2 En novembre, les enseignes ont annoncé un peu plus de 150 magasins et commerces touchés, dont la moitié en Belgique.

    Aucun organisme n’a publié de décompte, et la raison de la concentration belge n’est pas établie. Les pertes vont de presque rien à plus de 360 000 euros pour un magasin allemand, selon son propriétaire.

    Les preuves →ch. 02ch. 01

  3. 3 La cible est un petit boîtier qui règle le froid, parfois accessible depuis Internet.

    Le frigoriste, l’entreprise qui pose et entretient le froid, s’y connecte pour dépanner sans se déplacer. Si la page de réglage est à une adresse publique, n’importe qui peut tenter d’y entrer. Pour la France, l’agence nationale de cybersécurité (ANSSI) parle de « défauts de sécurisation élémentaires », dont des mots de passe faibles. Pour novembre, aucune autorité n’a publié de preuve de la voie d’entrée.

    Les preuves →ch. 03ch. 06

  4. 4 Des autorités ont demandé de retirer ces boîtiers d’Internet trois semaines avant la nuit de novembre.

    La France l’a fait le 12 octobre, la Belgique et l’Allemagne le 14. La société Censys recense les appareils joignables en ligne pour une gamme de la marque danoise Danfoss, une partie seulement du parc. Du 11 octobre au 2 novembre, ces boîtiers sont passés de 1 825 à 220 en France, et de 1 166 à environ 800 ailleurs dans le monde. La France venait d’être frappée. Ailleurs, les acteurs invoquent des magasins indépendants sans décision commune, des travaux inachevés et le coût du remplacement.

    Les preuves →ch. 05

  5. 5 Les textes européens examinés par Facta n’obligent presque pas les magasins à protéger ce boîtier, et personne n’a annoncé payer les pertes.

    Dans l’alimentation, la directive de cybersécurité NIS 2 couvre l’industrie et la vente en gros, pas le magasin, sauf si l’État le juge indispensable. Les lois nationales, qui peuvent aller plus loin, n’ont pas toutes été lues. Pour les pertes, tout dépend de contrats et d’assurances non publics, et aucune action en justice n’est connue.

    Les preuves →ch. 08ch. 09

  6. 6 Aucune intoxication n’est rapportée, mais aucun contrôle extérieur des produits n’est connu.

    L’agence belge de sécurité alimentaire a rappelé la règle : chaque magasin mesure ses températures et retire les produits en cas de dépassement ou de doute. En octobre, en France, la chaleur a aussi provoqué des départs de feu, sans nombre, gravité ni cause publiés ; aucun n’est signalé en novembre.

    Les preuves →ch. 10ch. 11

  7. 7 Personne n’a revendiqué, et aucune autorité n’a désigné de responsable.

    Les auteurs, le motif et le lien entre les deux nuits restent inconnus, et aucune interpellation n’a été annoncée. Des experts privés évoquent un État, le plus souvent la Russie, qui dément en général de telles opérations, ou des pirates isolés.

    Les preuves →ch. 12

2 · L’enquête de Facta

Ce qui s’est passé, en détail, avec les sources

Chronologie

Chronologie

L’objet de cette affaire est un petit ordinateur installé dans le magasin, appelé contrôleur et que cet article nomme boîtier : il règle le froid des meubles et des chambres froides, et un technicien peut y accéder à distance.

Quelques noms reviennent. Danfoss est un groupe danois qui fabrique ces boîtiers. Copeland est un fournisseur américain de réfrigération, propriétaire de la marque Dixell. L’ANSSI est l’agence française de cybersécurité, et le CERT-FR son centre d’alerte. Censys, Claroty, Forescout, Lupovis, Sekoia, Synacktiv, SentinelOne et Sophos sont des sociétés de cybersécurité : elles vendent leurs services, et leurs analyses ne sont donc pas désintéressées.

Des premières alertes aux deux nuits d’attaques

Le temps se lit de haut en bas, une ligne par date, sans échelle ; les longues périodes sans événement sont signalées. Une colonne par type : attaques, failles et alertes, réponses publiques ; les deux nuits d’attaque sont encadrées. Cliquer sur un événement pour le lire en entier avec sa source.

Les événements dans l’ordre, chacun avec son type : attaques, failles et alertes, réponses publiques ; les deux nuits d’attaque sont encadrées. Toucher un événement pour le lire en entier.

Attaques
Failles et alertes
Réponses publiques
Temps ↓
2016
Failles et alertes2016 et 2021Vieux boîtiers abandonnés

Danfoss cesse de suivre ses deux modèles les plus anciens : ils ne reçoivent plus de mises à jour.

Cooling Post

// 2022 · … environ 6 ans …
2022
Attaques2022Premiers cas connus

Selon une note de Danfoss, des militants visent 16 supermarchés russes et 40 magasins en Israël.

Forescout

… environ 3 ans …
mars 2025
Failles et alertesMars et août 2025Correctifs Danfoss

Danfoss corrige des failles de son modèle récent, dont l’une permettait d’entrer sans mot de passe.

Censys

… environ 10 mois …
janv. 2026
AttaquesDepuis janvier 2026Revendications en série

Plus de 20 attaques contre du froid sont revendiquées dans l’année, selon Forescout.

Forescout

… environ 7 mois …
août 2026
Failles et alertesAoût 2026Démonstration publique

Claroty montre comment prendre la main à distance sur ce modèle et modifier températures et horaires, et publie aussi des failles de boîtiers Copeland, corrigées en février.

Claroty, The Grocer

AttaquesFin août 2026Bases américaines

Des congélateurs d’au moins six magasins de bases militaires américaines passent en dégivrage. Le Pentagone traite ces pannes comme un piratage présumé.

Reuters, 29 octobre

oct. 2026
AttaquesNuit du 11 au 12 octobrePremière vague, en France

Le froid de centaines de supermarchés est déréglé à distance, avec des pertes et des départs de feu. Le parquet de Paris ouvre une enquête, le CERT-FR publie son alerte le 12.

CERT-FR, Reuters

Réponses publiques13 octobre700 magasins en France

Le ministre de l’Économie Roland Lescure annonce environ 700 supermarchés sur 10 000. Danfoss écrit à ses clients de se déconnecter.

AP, NOS

Réponses publiques14 octobreBelgique et Allemagne alertent

Les autorités belge et allemande de cybersécurité demandent de retirer ces boîtiers d’Internet.

Security.NL

Attaques20 au 30 octobreEssais de connexion

Lupovis observe des essais de connexion avec les mots de passe d’usine.

Help Net Security

Réponses publiques21 octobreL’ANSSI devant le Sénat

Son directeur général, Vincent Strubel, attribue l’attaque française à des défauts élémentaires.

Public Sénat

nov. 2026
AttaquesNuit du 1er au 2 novembreSeconde vague, en Europe

Des magasins sont touchés notamment en Belgique, Suède, Irlande, Italie et Allemagne.

Euronews, dpa

Failles et alertes2 novembreNouvelle mesure

Censys, qui recense les appareils joignables sur Internet, compte encore 220 boîtiers Danfoss en ligne en France et 138 en Belgique.

Censys

Réponses publiques2 novembreEnquête belge

Le parquet fédéral belge ouvre une enquête.

RTBF

Réponses publiques3 novembreDeux réunions de crise

La Commission européenne réunit ses services, l’agence européenne de cybersécurité Enisa, Europol et le réseau européen de crise cyber.

RTBF

Légende :

De l’abandon des plus vieux boîtiers aux réunions de crise européennes du 3 novembre 2026.

Sources :

Cooling Post, Forescout, Censys, Claroty, The Grocer, Reuters, CERT-FR, AP, NOS, Security.NL, Help Net Security, Public Sénat, Euronews, dpa, RTBF.

Limites :

L’échelle du temps n’est pas continue avant octobre 2026. La proximité de deux événements ne prouve aucun lien entre eux.

Contexte et explications

01 La nuit du 1er au 2 novembre

Pendant la nuit de dimanche à lundi, magasins fermés, le froid a été mis à distance en dégivrage dans plusieurs pays ; les pertes vont de presque rien à plus de 360 000 euros pour un seul magasin.

Le geste est simple. Les évaporateurs, ces échangeurs où se forme le givre, passent en mode dégivrage : au lieu de produire du froid, le meuble se réchauffe. Le gérant de plusieurs magasins bruxellois a trouvé ses compresseurs à l’arrêt et ses meubles soufflant de l’air chaud.

L’attaque s’est découverte par étapes. Le dirigeant de Sabcobel, un installateur belge qui gère des systèmes de froid de la chaîne Delhaize, situe le début vers minuit. Danfoss dit avoir reçu les premiers signalements vers 2 heures, comme un magasin suédois de Stockholm. Bruxelles suit vers 3 heures, la Sicile à 4 heures. Ces heures sont celles où l’on s’en aperçoit, pas forcément celles de l’attaque.

Les températures varient beaucoup. En Belgique, des surgélateurs à −22 °C sont montés à environ 15 °C. À Lilienthal, près de Brême, les installations ont atteint 30 °C, selon le propriétaire du magasin. Aux Pays-Bas, un entrepôt de produits congelés est passé de −20 à −10 °C avant une intervention rapide. En Suède et en Estonie, on parle de 50 °C : c’est un réglage imposé à l’appareil, pas la température atteinte par les aliments.

Les pertes sont tout aussi inégales. Carrefour Belgique parle de quelques congélateurs. Une boucherie belge estime sa perte entre 10 000 et 15 000 euros après avoir refroidi une partie des produits à temps. Le responsable d’un magasin Delhaize à Hoepertingen, en Belgique, compte au moins 60 000 euros, et le propriétaire du supermarché de Lilienthal plus de 360 000 euros. Aucun total n’existe.

La remise en route a été rapide. Le 3 novembre, Delhaize, Carrefour et Spar disaient leurs magasins belges revenus à la normale.

02 Combien de pays, combien de magasins

Neuf pays sur la liste de l’AFP, onze avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, douze ou plus selon un relevé non confirmé ; les enseignes déclarent un peu plus de 150 sites, soit environ un cinquième de la vague française.

L’AFP, reprise par Euronews, cite la Belgique, l’Estonie, la Finlande, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède. Reuters écrit huit, sans les énumérer. Des cas ont ensuite été rapportés en Allemagne et au Royaume-Uni. Le média spécialisé belge RetailDetail va jusqu’à douze, en ajoutant notamment le Danemark et la Roumanie, mais d’après une compilation publiée sur X par un service d’analyse, sans confirmation de ces pays. La Grèce ne figure sur aucune de ces listes : un boucher d’Athènes a décrit à une télévision grecque un réglage forcé à 150 °C, sans que la date soit précisée. Aucun organisme n’a publié de décompte.

Partout, on ne parle pas d’attaque avec la même certitude. Certains n’ont pas confirmé qu’il s’agissait d’un piratage plutôt que d’une panne, d’où la colonne ci-dessous.

PaysQuiDéclaréPart du réseau (calcul Facta)Qui parle d’attaqueSource
BelgiqueDelhaize, Carrefour, Intermarché, Spar, Ikea à Mons76 magasins (40, 15, 15, 5, 1)Carrefour 2 % ; Intermarché 10 %Enseignes, installateur ; parquet saisi ; le ministre de l’Intérieur n’excluait aucune hypothèse le 2 au soirRetailDetail, RTBF, CNBC
Pays-BasBoucheries, petits commerces, un entrepôtAu moins 17 entreprises ; aucune grande chaîne connue—DanfossNOS
SuèdeICA, Coop23 et 7 magasinsCoop 1 %Coop : incident de cybersécurité. ICA : attaque présumée. Le centre national de cybersécurité traite plusieurs incidentsCybersecurity Dive, NBC
IrlandeSuperValu (groupe Musgrave)13 magasins6 %Musgrave : incident de cybersécuritéEuronews
PortugalIntermarché7 magasins—Le groupe, selon qui l’attaque semble avoir visé un prestataireEuronews
ItalieCoop de Sicile, une entreprise en ToscaneAu moins 5 sites—Médias et agence nationale de cybersécurité ; la police vérifie le lien avec les autres casEuronews, VRT
LuxembourgDelhaize4 magasins—EnseigneEuronews
EstonieChaîne Selver, clients d’une entreprise de froidAu moins un magasin—Médias, entreprise de froid Kitman ColdtechRTBF
FinlandeKesko, grand distributeur finlandaisUne poignée sur 1 100Moins de 1 %Kesko : cause à l’étude. Le centre national aurait constaté des attaques réussies, selon la presse finlandaiseCybersecurity Dive, RTBF
Allemagne (hors liste AFP)Magasins à Lilienthal, Wuppertal, Wetter, peut-être Raesfeld ; un magasin de la chaîne Edeka à ReisbachQuelques sites—Police, avec prudence ; Raesfeld encore à l’étudedpa, Reuters
Royaume-Uni (hors liste AFP)Petites entreprises de viandeUn petit nombre, effet minime—Centre national de cybersécurité britannique ; date non préciséeReuters, Cybersecurity Dive

Ces chiffres situent l’événement. En additionnant les lignes chiffrées, on obtient 152 sites, dont la moitié en Belgique : un ordre de grandeur, pas un bilan, qui mêle magasins et entreprises néerlandaises et laisse de côté les pays sans nombre. Le plus souvent, chaque réseau a été touché pour une petite part.

Danfoss et Copeland reconnaissent que des boîtiers à eux ont été visés. Aucun ne dit combien.

03 Comment un boîtier de froid se retrouve sur Internet

La maintenance à distance relie ces boîtiers au réseau, le chemin le plus simple passe par Internet, et il suffit ensuite de dérégler une fonction normale du meuble.

Le boîtier reçoit les mesures des meubles et des chambres froides, et permet de régler températures, horaires de dégivrage et alarmes. Il embarque une page de réglage accessible par navigateur : un technicien intervient sans se déplacer, et la maintenance coûte moins cher.

Il existe plusieurs façons d’établir cette liaison. La plus sûre passe par un réseau privé protégé, souvent appelé VPN. La plus risquée laisse la page de réglage à une adresse publique, que toute personne peut atteindre. On dit alors que le boîtier est exposé.

Deux façons de relier le froid d’un magasin

Deux chemins du technicien du frigoriste jusqu’au meuble froid, en passant par le boîtier du magasin. En haut, l’accès passe par un réseau protégé. En bas, l’accès passe par Internet, à une adresse publique, jusqu’au boîtier relié par la box ou le modem ; un pirate, qui trouve le boîtier avec un moteur de recherche d’appareils, emprunte la même porte que le technicien.

Deux façons de relier le froid d’un magasinAvec un réseau protégéTechniciendu frigoristeRéseau protégéBoîtierdu magasinMeuble froidAvec une page de réglage exposéeTechniciendu frigoristeInternetadresse publiqueBoîtiervia la box ou le modemMeuble froidPirateMoteur de recherched’appareilsmême porte que le technicien
Légende :

Avec un réseau protégé, seul le prestataire atteint le boîtier. Avec une page de réglage exposée, toute personne qui la trouve peut tenter d’y entrer.

Sources :

CERT-FR, Claroty, Forescout.

Limites :

Schéma de principe. Il ne décrit pas l’installation d’une enseigne particulière.

Cette liaison risquée tient parfois à un abonnement ordinaire. Au Royaume-Uni, la société UK Cyber Defence a trouvé plus de 800 contrôleurs de froid et de bâtiment exposés, surtout sur des lignes grand public ou de téléphonie mobile, ce qu’elle attribue à des prestataires cherchant le plus rapide. En Suède, Coop juge plus exposés ses magasins touchés parce qu’ils étaient reliés en 4G, sans dire s’ils avaient une page publique.

Qui a choisi cette configuration ? Les réponses divergent, et aucun contrat n’est public. Selon Forescout, la documentation de plusieurs fabricants présentait la maintenance par Internet comme une option prévue. Synacktiv parle d’une mauvaise configuration opérée par l’enseigne. Les Mousquetaires, groupe français d’Intermarché, disent leurs systèmes gérés par Danfoss ; on ne connaît pas de réponse de Danfoss sur ce point. Le cas varie donc sans doute d’un magasin à l’autre.

Trouver ces boîtiers ne demande aucun talent particulier. Des moteurs de recherche spécialisés, comme Shodan ou Censys, balaient en permanence Internet et listent les appareils qui répondent.

Une fois entré, le pirate n’a pas besoin de virus. Le dégivrage est une fonction normale : à intervalles réguliers, un élément chauffant ou un gaz chaud fait fondre la glace. Il suffit d’en changer les horaires ou la durée. En France, selon Le Monde cité par le site spécialisé SecurityWeek, les cycles sont passés d’une heure à huit heures, ce qui a retardé les alarmes. C’est pourquoi un congélateur peut chauffer : il sait déjà le faire.

04 Deux nuits, ou une série en cours ?

Rien ne dit que c’est fini : ces deux nuits s’inscrivent dans une série plus longue, et des boîtiers restent en ligne.

Le mot « vague » suggère deux événements bien distincts. Les faits sont moins nets. Les premiers cas connus datent de 2022. Forescout recense plus de 20 attaques revendiquées contre du froid en 2026 par des groupes militants, surtout prorusses, sans lien établi avec ces deux nuits. Fin août, les pannes des bases américaines ont pris la même forme ; des sources anonymes citées par le média américain Nextgov y voient la main de l’Iran, sans rapport affirmé avec l’Europe.

La nuit d’octobre n’était peut-être pas seulement française. Le 13 octobre, un analyste de Sekoia disait à Reuters que des magasins d’Espagne, du Portugal, de Pologne, d’Allemagne et de Belgique étaient aussi touchés, sans détail. Danfoss conseillait le même jour à ses clients néerlandais de se déconnecter. Sud Radio rapportait une nouvelle salve dès la nuit suivante contre des boîtiers Dixell ; aucune autre source lue ne le recoupe.

Les deux grandes nuits frappent par leur régularité. Le 11 octobre et le 1er novembre sont des dimanches, à 21 jours d’écart exact. Les deux fois, l’attaque intervient quand le personnel est absent, ce que Censys relève aussi, et elle retarde la découverte. Deux dates ne font pas une règle, et un imitateur pouvait copier le jour comme la méthode.

Rien ne ressemble à une fin. Le CERT-FR prévient depuis octobre que des campagnes sont probablement toujours en cours. Le 2 novembre, Censys comptait encore un peu plus de 1 000 boîtiers Danfoss joignables dans le monde. Les cas allemands, connus après coup, datent selon l’agence de presse allemande dpa de la même nuit ou du même week-end : ce n’est pas une nouvelle attaque. Aucune attaque datée d’après le 2 novembre n’est signalée, hormis peut-être le cas grec.

05 Trois semaines d’alertes

Les magasins pouvaient être prévenus : la France a débranché vite, ailleurs moins, parce que personne ne décide pour tout un réseau, que les travaux prennent du temps et que remplacer coûte cher.

Les alertes n’ont pas manqué. Le CERT-FR a publié le 12 octobre, puis révisé son texte le 13 et le 16 : supprimer l’exposition sur Internet, vérifier les plages de dégivrage, ne rétablir l’accès que par un réseau protégé. Le 14 octobre, le Centre belge pour la cybersécurité (CCB) et l’office allemand de sécurité informatique (BSI) demandaient la même chose. Le centre suédois de cybersécurité dit avoir repéré de nombreux appareils exposés et demandé leur mise à jour. Danfoss a écrit à ses clients, et la plupart de ses clients néerlandais se sont déconnectés, selon le groupe. La Belgique était donc alertée trois semaines avant d’être le pays le plus touché.

Censys permet de mesurer l’effet. Son décompte ne porte que sur une famille de boîtiers Danfoss, ceux qui répondent sous le nom StoreView, mais c’est le seul à couvrir toute la période. En France, ces boîtiers joignables sont passés de 1 825 le 11 octobre à 537 le 14, puis à 220 le 2 novembre : 88 % de moins. Hors de France, ils sont passés de 1 166 à 966, puis à environ 800 (calcul Facta, ordre de grandeur) : environ 30 % de moins. Ce dernier relevé suit l’attaque, et une partie du recul vient sans doute de boîtiers débranchés cette nuit-là. Les premiers jours, boîtiers à jour et boîtiers périmés ont reculé au même rythme : les exploitants français ont surtout débranché, sans mettre à jour.

La France s’est débranchée bien plus vite que les autres pays

Boîtiers joignables depuis Internet. France : 1 825 le 11 octobre, 537 le 14 octobre, 220 le 2 novembre. Hors de France : 1 166 le 11 octobre, 966 le 14 octobre, environ 800 le 2 novembre.

La France s’est débranchée bien plus vite que les autres paysFranceHors de France05001 0001 5002 0001 8251 16611 oct.53796614 oct.220environ 8002 nov.← 19 jours →
Légende :

Boîtiers Danfoss StoreView joignables depuis Internet, 11 octobre-2 novembre 2026.

Sources :

Censys, rapports du 14 octobre et du 2 novembre ; calcul Facta pour le dernier chiffre hors de France.

Limites :

Une seule famille de boîtiers d’une seule marque. Un boîtier exposé n’est pas forcément vulnérable, ni attaqué. Le relevé du 2 novembre suit l’attaque.

Pourquoi tant de magasins sont-ils restés en ligne ? Les acteurs donnent eux-mêmes plusieurs raisons.

06 Mot de passe ou faille : ce que cela change

Pour la France, l’ANSSI a parlé de défauts élémentaires ; pour novembre, aucune autorité n’a publié de preuve de la voie d’entrée. La réponse décide moins du remède que de savoir qui en répond.

Un boîtier exposé ne s’ouvre pas tout seul. Il faut un moyen d’entrer, et il en existe deux principaux, en plus du passage par le compte d’un prestataire : un mot de passe, souvent celui d’usine jamais changé, ou une faille, c’est-à-dire un défaut du logiciel. Un correctif est la mise à jour qui répare ce défaut. Danfoss en a publié en 2025 pour son modèle récent : l’une des failles permettait d’entrer comme administrateur, sans mot de passe, avec un code calculable d’après la date du jour.

Tout le monde demande le même remède : retirer ces boîtiers d’Internet. Ce qui change, c’est la responsabilité.

Ce qui s’est passéQui cela désigne d’abord
Mot de passe d’usine jamais changéCelui qui exploite ou installe le boîtier
Faille sans correctif disponibleCelui qui a vendu le produit, si le boîtier était encore suivi
Correctif disponible mais non installéCelui qui devait l’installer, et celui qui devait l’en informer

Pour la France, l’ANSSI, la mieux placée, tranche en faveur des défauts élémentaires. Pour novembre, personne n’a parlé avec ce niveau de précision : seuls s’expriment des parties prenantes et des chercheurs, et ils divergent. Transposer l’explication française à la Belgique ou à la Suède reste une déduction raisonnable, pas un fait établi.

QuiCe qu’il ditLimite
Sur la France, en octobre
Vincent Strubel, ANSSI, 21 octobreÉcarte les failles publiées : « défauts de sécurisation élémentaires », dont des mots de passe faiblesDétail technique non publié
Richard Horne, directeur du Centre national de cybersécurité britannique, 3 novembreConnexion directe et mots de passe par défautN’enquête pas en France. La ministre britannique chargée du cyber évoque le même jour des failles connues et des mots de passe faibles
CCB belge, 14 octobre, résumé par le site néerlandais Security.NLInterfaces apparemment publiques ; correctifs disponibles depuis un an et demi pour les failles exploitéesRésumé de presse, antérieur à l’audition de l’ANSSI
CERT-FRNe relie aucune attaque à une faille préciseNe se prononce pas
Sur novembre
Danfoss, novembreAux Pays-Bas : pas de réseau protégé, mot de passe d’origine conservéPartie prenante : cette explication le décharge en partie
Copeland, 3 novembreDes boîtiers de sa marque visés en lien avec des failles déjà publiéesSans détail ; va contre son intérêt, ce qui lui donne du poids
Sabcobel, 2 novembreEn Belgique : une mise à jour ne suffit pas à fermer la faille, il faut modifier le matérielInstallateur concerné, sans détail
Kevin Beaumont, chercheur, 2 novembrePage de réglage exposée, même faille qu’en octobre, beaucoup de boîtiers sans correctifDit l’avoir vérifié auprès de contacts, sans détail
Lupovis, 20 au 30 octobreEssais de connexion avec les mots de passe d’usineObserve ses propres capteurs, vraisemblablement des leurres : la société est spécialisée dans ces pièges. Ne voit pas ce qui se passe dans les magasins

Les chiffres ne simplifient pas la réponse. Le 11 octobre, 63 % des boîtiers français exposés n’avaient pas le correctif de la faille sans mot de passe (calcul Facta). Pour ceux-là, un pirate n’avait pas besoin de mot de passe, ce qui ne prouve pas qu’il ait procédé ainsi.

Pour le magasin, le bon geste dépend du boîtier, une fois retiré d’Internet. S’il est abandonné par le fabricant, il faut le remplacer : selon le CERT-FR, une remise à zéro ne le rend pas sûr. S’il est encore suivi, il faut installer le correctif. S’il est à jour, il faut encore changer le mot de passe d’origine.

07 Pourquoi la Belgique ?

On ne le sait pas : ni le nombre de boîtiers en ligne, ni la piste des prestataires, ni la façon de compter ne suffisent seuls. Ce chapitre est une analyse de Facta, pas le résultat d’une enquête officielle.

La Belgique concentre 76 des 152 sites déclarés. Rapporté à sa population, cela donne environ 6 magasins par million d’habitants, contre environ 10 pour la France en octobre (calcul Facta). En une nuit, ce petit pays a donc subi une attaque d’un ordre comparable à celle qu’a connue la France.

Une première explication suit la carte des portes ouvertes : les pirates seraient allés là où il restait le plus de boîtiers exposés. Elle a un appui. Au 2 novembre, après la France, la Belgique est le pays d’Europe où Censys en compte le plus, environ 12 par million d’habitants contre 3 à 5 en France, en Suède et aux Pays-Bas.

PaysBoîtiers Danfoss en ligne au 2 novembreSites déclarés touchésBoîtiers ayant tous les correctifs
France220Aucun signalé41 %
Belgique1387668 %
Pays-Bas511737 %
Suède503058 %
Luxembourg644 sur 6
Irlande3132 sur 3
Estonie2Au moins 12 sur 2

Source : Censys, 2 novembre, et tableau des déclarations ci-dessus. Censys mesure ce qui restait en ligne en fin de journée, pas ce qui était ouvert la nuit précédente, et ne compte pas les boîtiers Copeland.

Mais cette carte a des trous. La France garde 220 boîtiers en ligne, dont environ 130 sans tous les correctifs, contre environ 44 en Belgique, et aucun incident français n’est signalé cette nuit-là ; RetailDetail évoque une possibilité non confirmée. En Pologne, l’un des douze pays les plus exposés le 11 octobre, 81 % des boîtiers n’avaient pas tous les correctifs, et aucun cas de novembre n’y est rapporté. L’Irlande, à l’inverse, annonce 13 magasins pour 3 boîtiers encore visibles. La déconnexion française explique peut-être une partie de l’écart, sans suffire.

La Belgique est aussi, parmi les grands parcs, le mieux à jour et le plus touché. Si seule la faille comptait, elle aurait dû l’être moins. Cet indice penche vers les mots de passe ou les prestataires, avec une forte réserve : la mesure suit l’attaque. Avant, rien ne la distinguait de la France : le 11 octobre, 76 % de ses boîtiers contre 74 % n’avaient pas tous les correctifs. Ces chiffres sont plus élevés que les 63 % cités plus haut, qui ne visaient qu’une seule faille.

Une deuxième explication suit les listes de clients : les pirates viseraient moins des pays que des réseaux, à travers un prestataire ou un même compte d’accès. Cela éclairerait une régularité : Intermarché touché en France, en Belgique et au Portugal, Carrefour en France et en Belgique, Delhaize en Belgique et au Luxembourg. Au Portugal, les Mousquetaires disent que l’attaque semble avoir visé un prestataire externe. En Allemagne, l’association qui exploite un magasin de Wetter dit la même chose de sa société de maintenance. Forescout rappelle qu’un même accès peut valoir pour de nombreux magasins.

Elle a ses faiblesses aussi. Aucun prestataire n’a confirmé, ni n’est nommé. Les grandes enseignes reviennent peut-être simplement parce qu’elles sont partout. Le hacker éthique néerlandais Sijmen Ruwhof voit au contraire dans la variété des victimes le signe que personne ne visait une enseigne précise. Un seul installateur n’explique pas non plus le cas Delhaize : Sabcobel dit connaître une vingtaine d’installations touchées sur plusieurs centaines qu’il gère, quand Delhaize déclare environ 44 magasins. Les deux chiffres ne comptent pas la même chose, et on ne sait pas quelle part de Delhaize il gère.

Une troisième explication tient à la façon de compter. Le chiffre belge est précis parce que les enseignes et le ministre ont parlé tôt. L’Allemagne et le Royaume-Uni n’ont donné que quelques cas, et un petit commerce sans enseigne connue n’apparaît nulle part.

Comparer la liste des magasins touchés à celle des boîtiers exposés et à celle des prestataires permettrait de trancher. Les enquêteurs peuvent le faire ; rien n’en a été publié.

08 Ce que le droit impose

Les textes européens examinés n’obligent pas un magasin à protéger son boîtier, sauf si l’État l’a désigné comme opérateur indispensable ; les lois nationales restent à vérifier une à une.

La directive NIS 2 s’arrête au commerce de gros. Ce texte européen oblige les entreprises concernées à gérer leurs risques informatiques et à déclarer leurs incidents. Pour l’alimentation, son annexe II vise la distribution en gros et la production industrielle. Les autorités finlandaise et suédoise de l’alimentation lisent le texte de la même façon : le magasin qui vend au consommateur n’y entre normalement pas. Un grand groupe peut être concerné pour ses centrales d’achat ou ses usines. Presque tous les sites déclarés touchés sont des magasins ; on ne sait pas si l’entrepôt néerlandais et l’entreprise toscane sont couverts. Un État peut aller plus loin que la directive, et ces lois n’ont pas toutes été examinées.

En France, la loi attend toujours. La directive devait entrer dans le droit français en octobre 2024. Le projet de loi dit Résilience, qui doit l’y faire entrer, adopté par le Sénat en mars 2025, a été retiré le 6 octobre 2026 de l’ordre du jour de l’Assemblée. En juillet 2026, la Commission avait renvoyé la France, l’Irlande, l’Espagne et les Pays-Bas devant la Cour de justice de l’Union pour ce retard, en demandant des sanctions financières. Le lien avec les attaques reste faible : une loi reprenant la limite de NIS 2 n’aurait pas couvert ces magasins. Selon le site français Génération-NT, l’ANSSI a rappelé n’avoir aucun moyen de contraindre la grande distribution à sécuriser ces équipements.

La Belgique pose une question précise. Une autre directive, dite CER, permet à un État de désigner une « entité critique », un opérateur jugé indispensable, soumis à des obligations particulières. En Belgique, la loi de décembre 2025 couvre l’alimentation jusqu’à la distribution, l’autorité devait désigner ces entités au plus tard le 17 juillet 2026, et une entité désignée devient automatiquement soumise à NIS 2. Une grande enseigne belge a-t-elle été désignée ? Rien de public ne le dit. Si c’était le cas, NIS 2 s’appliquerait à elle.

Côté fabricants, le droit arrive trop tard pour ce matériel. Le règlement européen sur la cyber-résilience oblige depuis le 11 septembre 2026 à signaler les failles activement exploitées, y compris pour les produits déjà vendus. La sécurité dès la conception et le suivi des mises à jour ne vaudront que pour les produits mis sur le marché après le 11 décembre 2027. Aucun correctif ne sera donc imposé par ce texte pour un boîtier abandonné en 2016 ou 2021.

Reste une recommandation sans force obligatoire : le guide de l’ANSSI déconseille depuis 2014 d’exposer ces systèmes. Son directeur regrette qu’elle ne soit pas toujours suivie.

09 Qui paie

Pour l’instant, les pertes sont déclarées par les commerçants, et personne n’a annoncé les prendre en charge : aucun juge n’a statué, et la nouvelle directive sur les produits ne s’appliquera pas.

Les sommes en jeu sont connues par bribes. Le patron des Mousquetaires avançait en octobre des dizaines de millions d’euros pour la France, une estimation sans inventaire ; rien de comparable n’existe pour novembre.

La nouvelle directive européenne sur la responsabilité du fait des produits semble la voie naturelle, puisqu’elle couvre désormais les logiciels. Elle ne jouera pas ici. Elle vise les produits mis sur le marché à partir du 9 décembre 2026, et elle exclut les dommages aux biens à usage exclusivement professionnel. Un stock de supermarché est dans ce cas.

Restent les contrats et les assurances, qui ne sont pas publics. Intermarché disait en octobre que l’assurance de ses magasins ne couvrait pas ce type d’incident, sans que cela vaille pour tous les contrats. Aucune action en justice contre un fabricant ou un installateur n’est connue. La première obligerait à ouvrir ces contrats.

Trois métiers se renvoient la question. Le fabricant conçoit le boîtier et décide combien de temps il le met à jour. L’installateur le pose, le connecte et l’entretient. Le commerçant l’exploite et paie, parfois seul face à son frigoriste.

ActeurCe qu’il ditCe qu’on avance à son sujetCe qui reste ouvert
DanfossLa plupart des unités touchées sont anciennes ou mal à jour. Il conseille de longue date de migrer.Les Mousquetaires disent que les systèmes étaient gérés par Danfoss et qu’il lui revient de porter plainte ; on ne connaît pas de réponse de Danfoss sur ce point. La fédération française du commerce demande une transparence totale.Qui a été prévenu, et quand ? Que prévoyait la documentation d’installation ?
Copeland, DixellDes attaques ont pu viser des appareils qui ne sont plus suivis.La NOS, audiovisuel public néerlandais, dit n’avoir pas obtenu de réponse concrète.Combien de boîtiers, dans quels pays ?
InstallateursEn Belgique, Sabcobel dit avoir travaillé sans relâche à protéger ses clients.De façon générale et à propos du Royaume-Uni, sans viser cette société, UK Cyber Defence voit dans l’accès direct le fait de prestataires pressés.Que disent les contrats sur la sécurité et les mises à jour ?
Enseignes et commerçantsChez U, les magasins passent par des frigoristes et n’achètent pas directement au fabricant.Sijmen Ruwhof juge que les entreprises ont dormi.Qui connaissait l’inventaire réel de chaque magasin ?

10 Les aliments : quel risque pour le client ?

Aucune intoxication n’est rapportée, mais le contrôle des produits est laissé au magasin lui-même.

La règle a été dite le jour même en Belgique. L’agence belge de sécurité alimentaire (AFSCA) rappelle que chaque magasin se contrôle lui-même : il mesure la température de ses meubles et surtout celle des produits. En cas de dépassement ou de doute, il retire et ne vend plus. Les seuils sont de −18 °C pour le surgelé, 7 °C pour la plupart des produits frais, 4 °C pour la viande et le poisson frais.

Pour le client, cela veut dire qu’aucun contrôle extérieur connu n’a porté sur les produits restés en rayon le lundi matin. Aucun rappel de produits ni consigne publique aux acheteurs de cette matinée-là n’a été trouvé. Plusieurs alarmes ont fonctionné, mais pas partout à temps : un magasin de Stockholm n’a remarqué l’attaque que des heures plus tard. Claroty a par ailleurs montré qu’on pouvait couper le froid en affichant des températures normales ; rien de tel n’a été rapporté dans ces attaques.

L’odeur ne renseigne pas. Selon le microbiologiste Frank Devlieghere, de l’université de Gand, un produit qui sent bon n’est pas forcément sûr, et les bactéries ne se voient pas. Il est plus strict pour le réfrigérateur, où le risque monte au-delà de 7 à 9 °C, que pour le congélateur.

Tout ce qui a été jeté n’était pas forcément dangereux. Le même Devlieghere applique la règle mais la juge trop stricte : selon lui, un surgelé ne devient risqué qu’au-dessus de 0 °C, et une analyse éviterait de jeter. C’est son avis, précise-t-il, pas la loi. En Suède, une inspectrice de l’environnement a indiqué à la radio publique qu’un produit resté sous 8 °C peut parfois être utilisé, par exemple cuisiné, si le magasin garantit sa sûreté. Le média qui la cite précise que rien ne prouve que les stocks déjà jetés pouvaient être sauvés, surtout là où l’appareil a vraiment chauffé.

L’approvisionnement général n’est pas en cause selon les responsables. Le commissaire européen à l’agriculture, Christophe Hansen, juge la sécurité alimentaire non menacée pour l’instant. Le ministre belge de l’Intérieur, Bernard Quintin, ne voit aucun problème général, les centres de distribution belges n’étant pas touchés.

11 Les feux : une question sans réponse

Des départs de feu ont été signalés en France en octobre, mais personne n’en a publié le nombre, la gravité ni la cause.

Le parquet de Paris a fait état de pertes alimentaires et de départs de feu. Reuters écrit que certains appareils ont pris feu sous l’effet de la chaleur. Aucun feu n’est signalé en novembre.

Ce point dépasse le gaspillage. Un meuble qu’on peut faire chauffer à distance, dans un magasin fermé, pose une question de sécurité physique, à laquelle aucune autorité n’a encore répondu publiquement.

12 Qui est derrière ?

On ne le sait pas : personne n’a revendiqué, aucune autorité n’a désigné de responsable, et cette technique laisse trop peu de traces pour distinguer un amateur d’un État.

Les enquêtes restent nationales, a rappelé la Commission européenne après ses deux réunions du 3 novembre, consacrées selon elle à l’échange d’informations. Le parquet fédéral belge en conduit une, la police allemande examine plusieurs cas, la police suédoise avait reçu une dizaine de plaintes. Aucune interpellation n’a été annoncée.

La porte-parole du CCB belge estime qu’on ne le saura peut-être jamais. Pour Tom Hegel, de SentinelOne, se connecter à une page exposée ne laisse presque aucune trace, et un adolescent ressemble alors à un service de renseignement. Cette limite pèse sur toutes les thèses, qui restent inégales.

ThèseQui la défendCe qui l’appuieCe qui la fragiliseCe qui trancherait
Sabotage lié à un État, la Russie étant la plus citéeFredrik Blix, consultant suédois, évoque une volonté de créer le malaise dans les pays soutenant l’Ukraine. Rafe Pilling, de Sophos, cite un État testant ses capacités, parmi deux scénarios.Lupovis dit que les essais venaient de réseaux déjà utilisés par des adversaires russes. Des groupes prorusses revendiquent des attaques contre du froid depuis janvier, sans lien établi.Savoir d’où vient une connexion ne dit pas qui s’en sert. Aucune autorité ne reprend cette thèse. Les premiers cas de 2022 visaient aussi 16 magasins russes. Moscou dément en général de telles opérations.Une attribution officielle, des éléments techniques publiés
Pirates isolés, amateurs ou militantsKen Munro, de la société de sécurité Pen Test Partners, en octobre. Rafe Pilling, pour son second scénario. Kevin Tellier, de Synacktiv, juge que ce peut être n’importe qui.La facilité technique, l’absence de demande. Les groupes militants recensés par Forescout agissent de cette manière.L’absence de revendication cadre mal avec une recherche de notoriété, alors que ces groupes affichent d’ordinaire leurs actes.Une interpellation, un message revendiquant
Criminels cherchant de l’argentPeu de défenseursLe procédé serait un moyen de pression possibleAucune rançon rapportée, ce que Tom Hegel lit comme un indice de sabotage. Sijmen Ruwhof relève la même absence.La révélation d’une demande restée privée

Le lien entre les deux nuits n’est pas établi. Les méthodes se ressemblent. Sabcobel parle d’un mécanisme identique. La Commission juge que ce ne sont pas des incidents isolés. Mais la recette était publique dès août, avec les travaux de Claroty, et décrite partout après le 12 octobre. La ressemblance ne prouve donc pas qu’il s’agisse des mêmes auteurs. Reuters dit n’avoir pu établir ni ces auteurs ni ce lien.

Certains voient une attaque préparée à l’avance. L’argument est moins solide qu’il n’en a l’air. Il repose sur la simultanéité et sur les essais relevés par Lupovis jusqu’au 30 octobre, dont son dirigeant tire l’idée d’une mise en place avant un déclenchement commun. Or les heures connues sont celles des signalements, étalées sur plusieurs heures. Une seule société voit ces essais. Et un programme parcourant une liste publique d’appareils produirait le même effet sans grands moyens.

Christophe Hansen parle d’une tentative délibérée de perturber la chaîne alimentaire. Cela veut seulement dire que ces réglages n’ont pas changé seuls : le mot ne dit rien des auteurs.

13 Bilan de l’enquête

Ce qui est établi. Dans la nuit du 1er au 2 novembre, le froid de magasins a été déréglé dans plusieurs pays, et des denrées ont été détruites. Enseignes, installateurs ou autorités parlent d’attaque dans la plupart de ces pays ; la cause reste à l’étude chez Kesko en Finlande. Danfoss et Copeland reconnaissent que des boîtiers à eux ont été visés. Les alertes publiques remontaient à trois semaines. Pour la France, l’ANSSI a décrit des équipements exposés et mal protégés.

Ce qui ne l’est pas. Les auteurs, le motif, le lien entre les deux nuits. La voie d’entrée de novembre. La raison de la concentration belge. Le nombre total de sites et le coût. Le nombre et la gravité des feux d’octobre. La part de responsabilité de chacun.

Ce qu’il faut en retenir. La leçon la plus sûre porte sur la France, où une autorité a parlé : l’attaque n’avait pas besoin de moyens rares, et les précautions étaient connues. Pour novembre, la même lecture reste probable, sans être démontrée. Une chose vaut partout : les textes européens examinés laissaient la décision à des milliers de commerçants et de frigoristes, et l’alerte, même répétée, n’a pas suffi à retirer tous ces boîtiers d’Internet en trois semaines. La suite dépendra de deux réponses : qui devait agir, et qui paiera. Le 3 novembre, Richard Horne, directeur du Centre national de cybersécurité britannique, décrivait ces attaques comme un signe précoce de perturbations plus fréquentes causées par du matériel ancien.

Ce qu’il faudra regarder. Un nouvel incident, en particulier une nuit de dimanche à lundi. Une attribution ou une revendication. La comparaison, par les enquêteurs, des magasins touchés et des prestataires. La désignation ou non de grandes enseignes comme entités critiques en Belgique. Le sort du projet de loi Résilience. Une première action en justice.

Panorama médiatique

Panorama médiatique

Corpus : articles et reportages de l’AFP (via Euronews et Toute l’Europe), Reuters, AP, NBC, CNBC, TechCrunch, Cybersecurity Dive, Help Net Security, NOS, VRT, RTBF, dpa, franceinfo, Public Sénat, Génération-NT, Latin Times et France 24, publiés entre le 12 octobre et le 3 novembre 2026.

Cyberattaque ou « problème technique » : les enseignes n’ont pas parlé d’une seule voix

Les 2 et 3 novembre, le vocabulaire a varié. Le site spécialisé Help Net Security signale que Colruyt et Intermarché parlaient de problèmes techniques. L’AFP note qu’ICA ne confirmait pas de cyberattaque ; le lendemain, ICA parlait à Cybersecurity Dive d’une attaque présumée. En Belgique, le porte-parole de Carrefour n’envisageait rien d’autre qu’une attaque, quand le ministre de l’Intérieur n’excluait aucune hypothèse.

La faille ou la négligence : deux récits de la même cause

Plusieurs articles posent la faille comme explication : Help Net Security pour octobre, et le Latin Times, site d’actualité, qui présente même comme confirmée une vulnérabilité commune aux deux nuits, ce qu’aucune autorité n’a dit pour novembre. D’autres suivent l’ANSSI : Public Sénat et Génération-NT, le second plus sévère envers les enseignes. La NOS met en titre l’accusation d’un expert contre les entreprises. Cybersecurity Dive qualifiait l’attaque de sophistiquée en octobre, là où Reuters rapportait une attaque facile à mener, selon trois experts.

Le cadre de la menace : du gaspillage à la guerre hybride

Franceinfo met en titre le mot « terrorisme », prononcé par un directeur de supermarché suédois, sans qualification judiciaire. Reuters place l’événement dans le contexte des menaces dites hybrides, ces actions hostiles sous le seuil de la guerre, en précisant que Moscou dément et que rien n’est établi. Toute l’Europe rapporte que des experts privilégieraient le sabotage. La VRT, audiovisuel public flamand, et la NOS restent sur le terrain des victimes, du gaspillage et de la cause technique.

Erreurs relevées dans le corpus

MédiaFormulationFait exactEffet
Franceinfo, 2-3 novembrePlus de 150 supermarchés français touchésEnviron 700, selon le ministre de l’ÉconomieMinimise la vague française
RTBF, 2-3 novembreEnviron 150 magasins touchés en FranceEnviron 700Minimise la vague française
Reuters, 3 novembreDes dizaines de supermarchés en FranceDes centaines, selon les dépêches d’octobre de la même agenceMinimise la vague française
RTBF, 2-3 novembreUne chute soudaine de la température chez SuperValuUne hausse : le froid a été coupéInverse le phénomène
Franceinfo, 2-3 novembreDes frigos débranchés à distanceDes réglages modifiés : les meubles ont été mis en dégivrageFausse le mécanisme

Les bilans français de 300 à 500 magasins publiés en octobre ne figurent pas ici : ce sont des chiffres provisoires. Les écarts sur le nombre de pays non plus, car le décompte a évolué au fil de la journée.

Sources et méthode

Sources et méthode

Démarche. Enquête menée sur Internet dans la nuit du 3 au 4 novembre 2026, à partir de sources conservées. Les pages ont été téléchargées peu après la clôture des faits et peuvent avoir évolué. Les calculs (somme des sites, parts de réseau, évolutions, rapports par habitant) sont de Facta ; les populations sont des chiffres arrondis (Belgique 11,8 millions, France 68,5, Pays-Bas 18, Suède 10,6).

Ce qui a changé depuis l’article de Facta du 13 octobre. Cet article portait sur la France et ne contient aucun fait à rectifier. Il ne donnait pas encore le chiffre national de 700 magasins, annoncé le jour même, et ne citait pas les cas signalés hors de France. Il tenait la voie d’entrée pour non établie ; depuis, l’ANSSI s’est prononcée pour la France.

Sources principales.

Limites.

  • Censys ne compte qu’une famille de boîtiers d’une marque ; le relevé du 2 novembre suit l’attaque. Hors de France, le chiffre de cette date est un ordre de grandeur déduit de la formule « un peu plus de 1 000 ». Il n’existe aucune mesure équivalente pour Copeland sur la période.
  • Le « douze pays » de RetailDetail repose sur un relevé de réseau social, non vérifié dans ces pays.
  • L’absence d’incident français le 2 novembre repose sur le silence des articles lus, pas sur une déclaration officielle.
  • La nature des capteurs de Lupovis est déduite de son activité : la société n’en donne pas le détail. Le mécanisme par lequel l’allongement du dégivrage retarde les alarmes n’est pas précisé par la source.
  • Les lois nationales reprenant NIS 2 n’ont pas été examinées pays par pays. L’annexe II vient d’une reproduction, et le texte du projet de loi Résilience n’a pas été lu.
  • La position du CCB vient d’un résumé de Security.NL : l’avis original n’a pas été lu.
  • Aucun accès aux contrats, aux assurances, aux dossiers d’enquête ou aux installations. Danfoss n’a pas été interrogé par Facta sur les propos des Mousquetaires.

Accès refusés ou incomplets. The Hacker News, Xenospectrum, 7sur7, LSA, CNews, Labomaison, Brussels Times et Lovguiden n’ont pas répondu au téléchargement automatique. France 24 a été lu seulement sous forme de résumé. Le Monde, Bloomberg, BBC, The Guardian, 01net, Le Soir et Børsen ne sont connus que par les reprises citées. Aucun accès payant n’a été contourné.

3 · L’avis de Facta · Interprétation

Ce qui donne à penser

Ici, Facta propose sa lecture des faits. Chaque idée dit ce qui lui paraît le plus probable, avec quel degré de certitude, et sur quels faits elle s’appuie.

Ce sont des interprétations, distinctes de l’enquête : à vous d’en juger.

1. Identifier les pirates, État ou adolescent, ne retirera aucun boîtier de froid d’Internet

La question. Faut-il d’abord savoir qui a attaqué le froid des supermarchés ?

L’avis de Facta : non ; quel que soit l’auteur, le remède reste de retirer ces boîtiers d’Internet, et beaucoup y sont encore. Facta en est assez sûr.

En octobre puis en novembre, des pirates ont déréglé à distance le froid de magasins européens, à travers de petits boîtiers de réglage accessibles en ligne. L’affaire est souvent racontée comme un épisode de guerre. Franceinfo met en titre le mot « terrorisme », prononcé par un directeur de magasin suédois. Des consultants et des sociétés de sécurité citent la Russie parmi leurs pistes ; aucune autorité ne reprend cette thèse.

L’auteur ne sera peut-être jamais connu. Se connecter à une page de réglage ouverte ne laisse presque aucune trace : selon Tom Hegel, de la société SentinelOne, un adolescent ressemble alors à un service de renseignement.

Supposons qu’il le soit. Un adolescent est interpellé demain : selon le recensement de la société Censys, un peu plus de 1 000 boîtiers d’une seule gamme de la marque Danfoss restent joignables dans le monde, et la méthode, publiée dès août par des chercheurs, reste disponible pour le suivant. Moscou est désignée demain : les mêmes boîtiers restent en ligne, et le conseil reste de les retirer.

Le récit de guerre a pourtant un effet, quelle que soit l’intention de ceux qui l’emploient. Face à une puissance étrangère, magasins, installateurs et fabricants sont les victimes d’un conflit qui les dépasse. Face à une page laissée ouverte, on peut leur demander des comptes.

On objectera que l’auteur compte : si un État teste ses capacités, comme l’envisage un expert de la société Sophos, la riposte relève des gouvernements. Mais un test annonce une suite : cette hypothèse rend le retrait plus urgent, pas moins.

Ce qui ferait changer d’avis Facta : une enquête publiée montrant que les pirates avaient un accès que le retrait d’Internet n’aurait pas fermé, par exemple un logiciel piégé chez un fabricant.

S’appuie surfait 3fait 7ch. 12Panorama médiatique

2. Les boîtiers français ont quitté Internet après l’attaque, pas après douze ans de conseils

La question. Pourquoi une alerte ne suffit-elle pas à faire retirer ces boîtiers d’Internet ?

L’avis de Facta : une alerte générale ne dit à personne que son boîtier est exposé ; il faut prévenir chaque magasin nommément. Facta en est assez sûr.

Le froid d’un supermarché est réglé par un petit boîtier, parfois laissé accessible sur Internet pour le dépannage à distance. Depuis 2014, un guide de l’agence française de cybersécurité, l’ANSSI, recommande de ne pas exposer ce type d’appareil. Le 11 octobre, la société Censys, qui recense les appareils en ligne, comptait pourtant 1 825 boîtiers d’une gamme de la marque Danfoss en France. C’est une partie du parc seulement.

Dans la nuit qui suit, des pirates dérèglent le froid d’environ 700 supermarchés français. Trois jours plus tard, il reste 537 boîtiers en ligne. Selon Censys, l’accès a surtout été coupé, sans réparation : ce geste ne demande aucun remplacement.

Hors de France, l’alerte est arrivée sans l’attaque. Le 14 octobre, les autorités belge et allemande demandaient le même retrait. Censys comptait alors 966 boîtiers hors de France ; près de trois semaines plus tard, environ 800, soit un sixième de moins, et ce relevé suit déjà la nuit de novembre. La Belgique, prévenue, a concentré la moitié des magasins annoncés touchés.

Facta y voit une cause simple. Une alerte s’adresse à tous et ne désigne personne : elle ne dit pas au boucher que le boîtier posé par son frigoriste est en ligne. Aux Pays-Bas, les victimes sont surtout des boucheries et des magasins de quartier. Le fabricant, qui vend aussi par des grossistes et des installateurs, ne connaît pas toujours le magasin final. Après 700 supermarchés touchés, annoncés par un ministre, chacun avait une raison d’aller vérifier.

On objectera que la comparaison est grossière : « hors de France » inclut des pays non alertés, dont les États-Unis, et d’autres freins existent, comme les travaux en cours. C’est vrai. Mais un indice va dans le même sens : selon Danfoss, qui a écrit à ses clients néerlandais, la plupart se sont alors déconnectés. Un message direct semble porter, même si le fabricant est ici juge et partie.

Ce que Facta en conclut. Les boîtiers exposés se trouvent dans des moteurs de recherche spécialisés, et beaucoup passent, selon une société britannique, par des abonnements Internet ordinaires ou mobiles. L’opérateur connaît son abonné : une autorité pourrait lui transmettre les adresses pour qu’il prévienne chaque client.

Ce qui ferait changer d’avis Facta : des relevés montrant qu’un pays alerté par communiqué, jamais frappé, a retiré ses boîtiers aussi vite que la France.

S’appuie surfait 1fait 4ch. 05ch. 07

3. La protection des boîtiers doit peser d’abord sur les gros frigoristes, pas sur les petits commerçants

La question. À qui faudrait-il imposer la protection de ces boîtiers de froid ?

L’avis de Facta : aux grandes entreprises du froid, qui peuvent sécuriser des centaines de magasins d’un coup ; la loi européenne le permet peut-être déjà. Facta penche pour cette lecture.

Un petit boîtier règle le froid de chaque magasin. Le frigoriste, l’entreprise qui installe et entretient le froid, le pose et s’y connecte à distance ; le commerçant l’utilise et perd sa marchandise en cas d’attaque. La directive européenne de cybersécurité NIS 2 oblige certaines entreprises à gérer leurs risques informatiques. Dans l’alimentation, elle couvre l’industrie et la vente en gros, pas le magasin. La réponse qui vient à l’esprit est donc d’y faire entrer les magasins.

Pour une grande enseigne, cela se défend. Mais beaucoup de supermarchés européens appartiennent à des indépendants. Il faudrait contrôler des milliers de commerçants sur un appareil souvent géré par un prestataire.

L’échelle est tout autre chez le frigoriste. Le belge Sabcobel, par exemple, gère plusieurs centaines d’installations. L’exemple dit la taille du levier, pas une faute : la société dit avoir commencé à sécuriser les siennes. Si une telle entreprise fait passer tous ses accès par un réseau protégé et change ses mots de passe, des centaines de magasins sont couverts d’un coup.

Faut-il changer la loi pour cela ? Peut-être pas. NIS 2 vise aussi les « fournisseurs de services gérés », catégorie que Facta n’a vue appliquée au froid nulle part. Le texte désigne ainsi qui assure l’installation ou la maintenance de systèmes d’information, chez le client ou à distance, et il compte comme système tout appareil qui traite automatiquement des données numériques. Il s’applique à partir d’environ 50 salariés. Un grand frigoriste répond peut-être à cette définition.

C’est une lecture de Facta, pas une décision : aucune autorité trouvée ne le dit, et l’on peut soutenir que ce texte vise les métiers de l’informatique, pas ceux du froid. La Commission européenne peut trancher ; si la réponse est non, c’est ce point qu’il faudrait modifier. Les petits frigoristes resteraient dehors.

On objectera que cela dédouane les enseignes. La société Synacktiv parle d’une mauvaise configuration opérée par l’enseigne. Facta parle ici d’efficacité, pas de culpabilité : qui a fauté dans quel magasin relève des contrats, qui ne sont pas publics, et des juges.

Ce qui ferait changer d’avis Facta : des contrats montrant que les enseignes imposaient l’accès direct à leurs frigoristes, qui n’auraient alors pas eu ce choix.

S’appuie surfait 3fait 5ch. 08ch. 09données extérieures, sourcées dans le texte

4. Les autorités n’ont publié ni bilan des départs de feu, ni contrôle des produits en rayon

La question. Le risque pour les personnes a-t-il été vérifié ?

L’avis de Facta : pas assez ; les départs de feu d’octobre restent sans bilan, et seul le magasin vérifie ses produits après l’attaque. Facta en est assez sûr.

Les pirates ont forcé frigos et congélateurs en dégivrage, ce qui les fait chauffer. Le récit dominant parle de marchandise jetée. Pourtant, cette chaleur a eu un autre effet : le parquet de Paris a fait état de départs de feu en France en octobre, et Reuters écrit que certains appareils ont pris feu. Trois semaines plus tard, personne n’en a publié le nombre, la gravité ni la cause.

Le même vide entoure les produits vendus le lendemain. En Belgique, l’agence de sécurité alimentaire rappelle que chaque magasin se contrôle lui-même : il mesure les températures, surtout celle des produits, et retire en cas de doute. Encore faut-il qu’il sache qu’il y a quelque chose à vérifier, et c’est le boîtier attaqué qui règle aussi les alarmes. Une panne ne fausse pas volontairement ces signaux ; un pirate le peut. Un magasin de Stockholm n’a vu le problème que des heures plus tard. En août, la société de cybersécurité Claroty a montré qu’on pouvait couper le froid tout en affichant des températures normales.

Personne n’a rapporté ce trucage dans ces attaques, qui étaient voyantes : de l’air chaud dans les appareils, parfois 30 °C. Une version discrète, où la température monte quelques heures avant de revenir à la normale, ne ferait rien jeter.

On objectera que le danger est théorique. Aucune intoxication n’est rapportée, un magasin a sa réputation à perdre, et le microbiologiste Frank Devlieghere, de l’université de Gand, juge même trop strict le seuil appliqué aux surgelés. Facta ne dit donc pas que des clients ont été exposés. Il dit qu’aucun contrôle extérieur connu ne permet de l’écarter.

Ce que Facta en conclut. Deux gestes coûteraient peu : publier le bilan des départs de feu d’octobre et, après une attaque, faire vérifier par un tiers un échantillon de magasins touchés, avec des thermomètres indépendants du boîtier.

Ce qui ferait changer d’avis Facta : un bilan montrant des feux sans gravité, et des résultats publiés d’inspections menées dans les magasins touchés.

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